20.05.2010

Robin Hood

Robin1.pngOublier tout, et l’histoire et la légende, et Errol Flynn et Walt Disney. Ridley Scott et Russel Crowe – qui est coproducteur et à l’origine du projet –, ont choisi le personnage de Robin des Bois comme un concept, l’ont greffé à une trame historique donnée et, surfant sur la vague chic et choc des Tudor, ont cherché à en tirer des enseignements pour aujourd’hui. Dame ! La spéculation boursière qui, depuis quelques semaines, frappe la Grèce comme l’éclair s’abat sur le pèlerin, donne même un écho supplémentaire à cette interprétation libre du héros au grand cœur de la forêt de Nothingham : comme les méchants chefs d’État européens veulent faire payer les pauvres Hellènes pour renflouer les caisses vides de leur pays, Jean Sans Terre ne met-il pas à genoux son propre peuple en vue de redorer la triste cagnotte que lui a léguée son Richard Cœur de Lion de frère ? Un film de gauche, donc ! – ou libéral, disons, pour rester in the british mood.

Sous ses apparences de superproduction hollywoodienne – ce qu’il est –, Robin Hood ne laisse néanmoins pas de surprendre. D’abord, pas plus Crowe que la toujours éclatante Cate Blanchett (même la tête dans le purin) ne sont des perdreaux de l’année. Il est d’ailleurs dit que Lady Marianne est restée longtemps vieille fille(tiens, tiens) avant d’épouser Sir Robert Loxley ; quant à Robin Longstride, il ne fait guère de doute qu’il a roulé sa bosse. Au moins ne peut-on reprocher au film de tomber dans le péché de jeunisme. Robin3.pngCe petit détail confirme cependant au Naïf (cher au regretté Paul Guth) qui découvre cette nouvelle version d’une aventure qui a bercé son enfance qu’au concept, répond un produit monté de toutes pièces par et pour des stars.

De même, si Ridley Scott n’a jamais surpassé son monument Blade Runner, il reste, mieux qu’un excellent faiseur, un des grands metteurs en scène américains. Alors, pourquoi ça ne fonctionne pas ? D’habitude, Hollywood sait produire du divertissement haut de gamme avec pareils ingrédients. Mais sans doute tout cela respire-t-il trop le bon coup : Mensonges d’État, le précédent Scott, n’a pas fonctionné aux États-Unis. Crowe sort lui-même de l’échec de Jeux de pouvoir, tandis que Cate Blanchett s’est retiré des écrans depuis Benjamin Button, il y a deux ans. Ces trois-là avaient donc besoin, pour relancer leur carrière, d’un retour en force, et gagnant si possible, pari qui semble être accompli au vu des premiers scores du box-office des deux côtés de l’Atlantique.

Robin2.pngRobin Hood est d’ailleurs un film qui se regarde, quoique vraisemblablement trop long d’une bonne demi-heure. Décors et costumes sont soignés, l’interprétation est en tous points impeccable (Crowe viril à souhait, Blanchett aussi, avec un touche Katherine Hepburn version Aviator) et la mise en scène parfaitement efficace. Seul pêche un scénario qui, au-delà des libertés prises avec tout ce que l’on savait déjà (pourquoi pas), tente de faire avaler quelques sérieux boas constrictor au spectateur déjà repu de pop-corn et de coca. C’est ainsi que l’on découvre, avec ravissement, que la psychanalyse n’a pas attendu le bon docteur Freud pour pallier traumas refoulés et carences en protéines paternelles. De même, la fin apparaît comme un modèle de bâclage, entre la surprise du chef que réserve Lady Marianne sur le champ de bataille où ces pleutres de Frenchies seront humiliés, une scène de débarquement d’avant la Normandie, et le grand n’importe quoi du banquet royal final à déconseiller aux âmes sensibles.

En clôture des ultimes plans, où tous nos amis gentils sont réunis et réjouis – même le père Tuck en est ! – là, au fin des bois de Nothingham, commence, nous dit-on, la légende… De la magie comme dans Excalibur, de la douceur comme dans Peau d’âne, voilà ce qui fait cruellement défaut à ce Robin Hood faussement malin, testostéroné en diable et finalement tellement convenu.

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