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03/10/2010

Sans queue ni tête

SQ1.jpg« Sans queue ni tête », le titre, est à prendre au pied de la lettre. Le récent lapsus de l’ancienne ministre Rachida Datti aurait pu servir de bande annonce, tant les « fellations » (ici on parle de pipes) et l'« inflation » constituent l'alpha et l'oméga de ce film sans conséquences mais pas inconséquent.

Alice Bergerac (Isabelle Huppert) se prostitue, Xavier de Maistre (Bouli Lanners) psychanalyse. L’un et l’autre exercent leur profession consciencieusement, sans vraiment avoir conscience que la mécanique froide avec laquelle ils opèrent est révélatrice de leur propre dérapage, incontrôlé. « Tu es cynique par conformisme et mou par habitude », lance l’épouse du thérapeute, elle-même dans le métier, à celui-ci, réplique qui révèlera la fracture et déclanchera la séparation. De son côté, c’est sous le coup d’un rapport « à risque » qu’Alice Bergerac, une pute de luxe qui se métamorphose au gré des désirs de ses clients, perd brutalement de sa belle assurance et fuit à son tour l’environnement où elle vit et exerce. Chacun aura besoin d’une délocalisation en  milieu neutre (lui l’hôtel, elle l’appartement d’une amie), d’une mise à distance de sa propre condition, pour y voir un peu plus clair sur soi-même. Chacun aura besoin de rencontrer l’autre pour s’esquisser dans le miroir ainsi tendu, un miroir à la Cocteau, où l’on se mouille.

SQ2.jpgLes correspondances entre les métiers de psychanalyste et de prostituée ont été évoquées par d’autres que Jeanne Labrune. Les situations qu’elle met en scène et les dialogues qui les tendent restent néanmoins savoureux. « Je suis full », déclare un médecin impudent (Matthieu Carrère) en balayant du regard son agenda. « Plein, plein, plein… » s’égare malicieusement Isabelle Huppert en face de lui : « Plein aux as ? » À maintes reprises, les rôles sont ainsi inversés : les patients décryptent l’inconscient de leur praticien, tandis que les clients soutiennent la professionnelle. Les uns et les autres comptabilisent, le temps, les pipes, le fric. Comme souvent chez Jeanne Labrune, les objets désignent les transferts. Ici un compotier ou un lustre, là un ange de l’époque classique circulent d’un individu, d’un lieu à l’autre, véhiculant le lapsus, l’association d’idée. Ce principe renforce l’élégante légèreté qui environne les personnages, permettant de passer, sans ostentation ni mélodrame ni brutalité, du sourire aux larmes. Car voilà un point commun supplémentaire entre les putes et les psys : ils pleurent aussi sur eux-mêmes.

 

Commentaires

Huppert géniale comme d'hab

Écrit par : Sandy | 07/10/2010

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