25/09/2011
Chaque soir à neuf heures (1967)
Chaque soir à neuf heures (Our Mother's House) a été réalisé en 1967 par le trop rare metteur en scène britannique Jack Clayton (1921-1995), auteur d'une troublante adaptation du Tour d'Écrou de Henry James – Les Innocents, avec Deborah Kerr — et de Gatsby le magnifique, d'après Fitzgerald. Il avait fait une entrée fracassante dans le monde du cinéma avec Les Chemins de la Haute ville (1959), pour lequel Simone Signoret obtint l'Oscar de la meilleure actrice et qui annonçait le mouvement réaliste britannique, veine dans laquelle Clayton ne s'attarda pourtant pas.
Ainsi, Chaque soir à neuf heures s'inscrit dans un territoire aux limites de la déraison, celui d'une grande demeure d'un quartier résidentiel anglais où évolue une fratrie de sept frères et sœurs autour de leur mère mourante. Quand celle-ci expire sur son lit de douleurs, les enfants, livrés à eux-mêmes, décident de n'en rien dire à l'extérieur et de mettre en terre le cadavre dans le jardin. Élevés dans la foi chrétienne, et vouant un véritable culte à leur mère qu'ils identifient à une sainte, ils tentent chaque soir à neuf heures de communiquer avec elle lors de séances de transe entre comédie dramatique et folie. Elsa, l'aînée, tente de régenter cette petite communauté comme l'aurait fait sa mère, qui s'était donné pour credo : ce que Dieu donne, Dieu reprend. Appliqué avec intégrisme, ce précepte manquera de causer la perte de la plus jeune des enfants.
Progressivement, tout ce petit monde perd pied, jusqu'à l'arrivée de Charles Hook, qui se présente comme le lointain mari et père répudié des enfants. Le jeu de séduction, de méfiance et de répulsion qui s'installe entre lui et les gamins donne une dimension supplémentaire au film, le tirant d'une possible dérive fantastique vers un conflit d'intérêts plus classique, où les enfants, dont l'esquisse jusqu'ici développée leur conférait presque un statut de monstres, deviennent des victimes. La dimension sadique qu'ils incarnaient exclusivement entre eux est désormais partagée par leur père putatif, jusqu'à la révélation finale de l'origine du mal.
D'une perversité toute british, mis en scène avec minutie, Chaque soir à neuf heures ressemble à un conte d'apprentissage dont certains des codes ont été confondus. Remarquable d'ambiguité, Dirk Bogarde donne à la figure de l'usurpateur l'aisance arrogante dont il avait déjà offert une variation pour son personnage de Hugo Barrett dans The Servant (Jospeh Losey, 1963).
12:41 Publié dans Films très bien vus, Nuits blanches | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : chaque soir à neuf heures, jack clayton, dirk bogarde, deborah kerr, joseph losey, simone signoret |
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