30/11/2011
Les Neiges du Kilimandjaro
La bonté a un héros : Michel (Jean-Pierre Daroussin). Bien que syndicaliste, il glisse son nom parmi les employés tirés au sort pour composer le contingent de licenciés d’une usine en crise du port de Marseille. Elle a aussi son anti-héros : Christophe (Grégoire Leprince-Ringuet), tout jeune ouvrier lui aussi retenu dans la fournée des partants.
Ni l’un ni l’autre n’accepte vraiment le coup du destin, mais chacun y répond à sa manière. Le premier, ne couvant guère l’espoir d’un nouveau travail la cinquantaine venue, se transforme bon gré mal gré en préretraité docile et s’occupe de sa progéniture et de la progéniture de celle-ci. Le second, désemparé avec ses deux frangins à charge, organise un mauvais coup et dérobe, lors d’une prise d’otages brutale, les économies et l’argent d’un voyage (d’où le Kilimandjaro du titre) que Michel et Marie-Claire (Ariane Ascaride), son épouse, s’étaient vu offrir à l’occasion de leurs trente ans de mariage. À cette occasion, Denise (Marilyne Canto) et Raoul (Gérard Meylan) sont également dépouillés de leurs cartes bancaires.
La scène traumatisante du vol constitue le nœud narratif à partir duquel Guédiguian déploie sa trame en allées et venues d’un domicile à l’autre : de celui de Michel et Marie-Claire, militants embourgeoisés devenus propriétaires d’une petite maison de l’Estaque avec terrasse et barbecue dominant la mer, à celui de Christophe, locataire à bout de ressources d’un appartement sans serrure dans une cité des quartiers nord. La géographie a ici toute son importance. L’Estaque est le secteur traditionnel et populaire de Marseille où Guédiguian a planté le décor de bon nombre de ses films. Quant aux quartiers nord, ils représentent aux yeux hypnotisés de la France entière la zone de non-droit absolue. Le peuple d’hier d’un côté, celui d’aujourd’hui de l’autre. Deux lieux, deux temps, deux cinémas. De l’un à l’autre, le réalisateur trace des fils sensibles que dessinent les parcours incessants de Michel et Marie-Claire qui, après avoir retrouvé et dénoncé leur voleur, sont pris de remords lorsqu’ils découvrent qu’il s’agit de l’un d’eux, un ouvrier. Ils ne vont cesser de chercher à réparer, non pas le ou les gestes provoqués par une légitime colère, mais les erreurs incombant à l’injustice d’un « système ».
Guédiguian compose, dans un savoureux exercice d’équilibre entre légèreté et gravité, un nouveau conte de Marseille où ses protagonistes habituels interrogent les fondements même de leur engagement politique et social. Leurs certitudes gorgées du soleil de la Méditerranée sont ébranlées par la violence dure et revendicative de Christophe qui, intraitable, ne sait accepter ni même concevoir leur repentance. À la mécanique barbare du système qui met en prison ceux qui ont faim même quand toute plainte est levée, ils répondent, à leur manière, par un geste d’une magnanimité sans égale. Certains trouveront les ficelles un peu grosses, l’approche passablement manichéenne, on peut s’amuser de certaines caricatures revendicatives, mais la fable de Guédiguian fait mouche de bout en bout pour la foi qu’elle développe ces « pauvres gens » dont parle Hugo et leur insoupçonnable réserve de bonté. Il est de pire religion.
18:56 Publié dans Films très bien vus, Sorties 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : les neiges du kilimandjaro, robert guédiguian, jean-pierre daroussin, ariane ascaride, grégoire leprince-ringuet, marilyne canto |
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24/11/2011
Sleeping Beauty
Pour célébrer le nouveau millénaire, la ville d’Avignon accueillait en 2000 une exposition majeure intitulée La Beauté in fabula. Le Palais des Papes était le cadre principal d’un cheminement labyrinthique qui, d’escaliers en corridors, organisait des confrontations stimulantes entre œuvres anciennes et contemporaines, réfléchissant les points de vue par-delà les âges, agençant, stratifiant et déstructurant les représentations multiples, infinies et apparemment contradictoires de la Beauté, « ce qui plaît universellement ». De même, la rousse et délicate Lucy (Emily Browning), une Alice nubile, arpente un chemin initiatique au pays des merveilles. Elle incarne, au sens propre du terme, dans sa chair, la Beauté, qu’elle offre plus qu’elle vend, mais qu’elle vend aussi, quitte à brûler l’argent qu’on lui tend en retour.
Lucy est un corps, et n’est peut-être que cela, mais un corps à disposition, qui fait des photocopies à la chaîne pour une assistante jalouse de sa jeunesse et maquillée comme un camion. Une bouche que pénètre une sonde et qui ne peut déglutir. Un corps au travail, qui nettoie et récure dans des tenues anonymes, qui sert à table en dessous chics. Un corps provoquant, perturbant pour ses colocataires mais attirant pour les inconnus, femmes, hommes, des lounge bars que la jeune fille, étudiante le jour, fréquente la nuit. Des lèvres, les petites et les grandes, que l’on convoite, une nuque que l’on brûle, des jambes que l’on entrave, des membres que l’on compulse et ausculte. De l’une à l’autre de ces manipulations, de l’un à l’autre de ces regards étrangers dans lesquelles elle se reflète, Lucy – cordon ombilical du film – se projette ou se jette, à corps perdu, telle Alice sombrant dans le vide.
Plus on apprend sur Lucy, moins on sait. Et moins on sait, plus on croit comprendre (possible définition de la Beauté). On croit comprendre que Lucy est seule, que, comme dans les contes initiatiques, elle fuit quelque chose (une mère alcoolique et violente, des amants sans lendemain, elle-même ?) et que le sommeil est à la fois sa perte et sa rédemption. Jeune fille à la dérive, à l’instar de la Laura Palmer de David Lynch, elle trouve refuge auprès d’un ami d’enfance qui vit en reclus, jusqu'à l’accompagner dans ses derniers instants. De même, Belle au bois dormant, elle repose pour satisfaire les désirs finissants des vieillards. Puis c’est quand elle veut voir que tout bascule, car on ne peut être à la fois acteur et spectateur de sa propre mort.
Maîtrisé et délicat, le premier film de Julia Leigh capture l’attention, de la même manière qu’il ne lâche un seul instant sa protagoniste. On pense à la distinction moderne d’Eyes wide shut ou à la grâce pervertie d’Exotica. Mais la présence opaline d’Emily Brown finit d’en faire un objet unique et précieux.
09:12 Publié dans Films bien vus, Sorties 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : sleeping beauty, julia leigh, emily brown, eyes wide shut, stanley kubrick, exotica, atom egoyan |
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22/11/2011
Beauty
Quelle est la beauté du titre ? Tout indique le jeune playboy à la plastique irréprochable dont François (Deon Lotz), lourd Afrikaner d’une quarantaine d’années, tombe amoureux. Sans doute, mais la réponse semble un peu courte, trop évidente. Et l’histoire n’est pas si simple.
François van Heerden est le riche propriétaire d’une scierie qui vient de marier une de ses filles. C’est à cette occasion qu’il repère Christian (Charlie Keegan), fils d’un de ses vieux amis : jeune, beau, séduisant, le garçon, qui poursuit des études de droit tout en « faisant mannequin », a la vie et, de toute évidence, les conquêtes faciles. L’homme mûr ne voit d’ailleurs que ça, il est ébloui par cette aisance, cette facilité gracieuse qui se déploie sous ses yeux comme une proie offerte, et que bientôt il va traquer. De son côté, il a appris à vivre son homosexualité en clandestin : des mails échangés permettent à un petit groupe de bears de se retrouver autour de canettes de bières avant de partouser dans l’obscurité approximative d’une chambre sinistre. « Folles et métis » sont formellement interdits. Des muscles repus, des chairs flasques servent à une consommation mécanique.
Van Heerden est un de ces innombrables individus qui évoluent au sein d’une société conservatrice dont ils n’osent défier les codes parce qu’elle les broirait. Ils se coulent impavidement dans le moule, épousent les principes les plus réactionnaires (un racisme assumé), y compris ceux qui dénoncent leurs propres déviances (une homophobie qui va de soi), et entretiennent une frustration progressivement monstrueuse. Le contrôle est l’arme absolue. Mais la douleur a ses limites. Lorsque les digues s’affaissent, l’objet du désir ne devient plus qu’un simple objet aux mains du bourreau. Le désir perdu, la beauté souillée, le mal est fait.
Oliver Hermanus filme son malheureux sobrement (peut-être trop à distance d'ailleurs – il serait intéressant de comparer Beauty et Loin du Paradis, de Todd Haynes, sur une trame similaire), l’observe dans ses silences comme dans ses contradictions, dans ses errements et ses failles. Il dévoile la réalité cachée d’une Afrique du Sud sans image et surtout sans mot, loin de Mandela et d’Invictus, loin du Cap et de Johannesburg, au cœur de l’ancien État-Libre d’Orange, jadis fief des afrikaners. De cet ordre et de cette morale, de ce désir et de cette violence, il ne reste au final qu’une immense tristesse, celle que provoque la beauté à jamais interdite.
21:00 Publié dans Films bien vus, Rayon Gay, Sorties 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : beauty, oliver hermanus, deon lotz, charlie keegan, loin du paradis, todd haynes |
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21/11/2011
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne
Touche-à-tout parfois de génie, Spielberg réussi la prouesse de créer un objet tout à fait unique à partir d’un dessin pourtant bien identifié. L’univers de Hergé est restitué avec précision et délicatesse, tandis que la haute qualité de l’animation (plus que la 3D qui n’apporte pas grand-chose) contribue à fonder un climat singulier, parfois presque étrange, aux limites du rêve (la cité marocaine). Le soin apporté aux décors, aux costumes, aux moindres détails – de la mèche rebelle de Tintin à la truffe bionique de son compère Milou – fait partie des grands plaisirs que réserve ce film fourmillant d’inventivité : il se passe toujours quelque chose en arrière-plan ou dans un coin de l’écran. Pourtant, « quelque chose » aussi cloche un peu… Précisément le fait que tout soit à sa place, trop bien huilé, le doigt sur la couture et rien ne dépasse, si bien que le spectateur, comme au Futuroscope, n’a guère d’autre choix que de suivre ce parcours appliqué, sinon aseptisé, du wonder boy Spielberg. Le film est un peu à l’image de ce Tintin dont on a peine à croire qu’il est interprété par l'athlétique Jamie Bell. Botoxé comme Nicole Kidman, Tintin expose sa plastique impeccable mais les rides d’expression font cruellement défaut. La perfection, à la longue, c’est un peu barbant…
08:25 Publié dans Pilotage automatique, Sorties 2011 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : tintin, steven spielberg, jamie bell, nicole kidman |
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20/11/2011
L'Ordre et la Morale
La raison pour laquelle la France, à la fin du 20° siècle, ne lâche pas la Nouvelle-Calédonie, c’est le nickel – comme aujourd’hui la Guyane c’est le spot spatial de Kourou. Sinon, ces territoires n’existent pas depuis Paris.
En 1988, la loi Pons renforce cette emprise en étouffant un peu plus les revendications culturelles kanakes. Cette crispation inutile (sur laquelle, de fait, reviendra par la suite le gouvernement de Michel Rocard avec les Accords de Matignon) va servir de méthode aux autorités pour répondre aux indépendantistes qui ont pris en otage une vingtaine de gendarmes. Clairement, la seule issue envisagée dès le départ du conflit par Jacques Chirac est l’assaut brutal qui, selon les raisonnements de son entourage, devraient lui permettre de gagner les voix de l’électorat frontiste, et donc de faire la différence face à François Mitterrand lors du second tour de l’élection présidentielle. Raisonnements à courte vue qui se solderont par un désastre en termes de vies humaines et de morale.
Les négociations entamées par le capitaine du Gign Legorjus (Mathieu Kassovitz), bien qu’il se fasse allègrement balader tant par le Flnks que par l’Élysée (auprès de qui il pensait pouvoir trouver appui), sont torpillées par les enjeux politiciens que portent sur place le ministre des Dom-Tom de l’époque, Bernard Pons.
Kassovitz metteur en scène parvient à déjouer les codes du film d’action à l’américaine (pour lui, cette page-là semble être tournée) pour exposer toutes les ambiguïtés de la situation, pas seulement politiques d’ailleurs mais aussi, au sein même des forces de l’ordre, les divergences qui opposent militaires et gendarmes. Le scénario, sans pesanteurs, est suffisamment descriptif pour exposer un état des lieux complexes, tandis que la mise en scène, rigoureuse, impose le paradoxe d’un décor paradisiaque qui devient le tombeau de militants pères de famille dépassés par une situation dont il ne sont que les pions. L’impéritie et l’hypocrisie du pouvoir en Nouvelle-Calédonie depuis des siècles sont à l’origine de ces événements. Si les Kanaks, qui respectent par-dessus tout la parole – la palabre –, en viennent à prendre les armes pour sauver leurs traditions, c’est bien que, de parole, l’État français n’en a plus de crédible depuis longtemps à offrir aux territoires dits ultramarins qu’il traite comme toujours comme de lointaines colonies. Il y a deux ans les grèves aux Antilles et en Guyane, récemment les incidents de Mayotte, fondés par une économie inégalitaire, le confirment.
08:46 Publié dans Films bien vus, Sorties 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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19/11/2011
La Femme du Cinquième
La Femme du Cinquième est un film en morceaux. Comme pour un miroir brisé, les fragments rassemblés ne pourront jamais en recomposer à l’identique la surface. Ces éclats : le visage encore juvénile d’Ethan Hawkes qui apparaît en sous-couche du personnage d’écrivain neurasthénique qu’il interprète ; la représentation d’un Paris hors-temps, entre le réalisme fantastique d’un appartement proustien où une dame en noir (Kristin Scott Thomas) répand ses fluides, et l’étrange sordide d’un hôtel en périphérie, tête de pont de trafics mystérieux en tous genres. Le soin apporté au cadre, aux lumières, au jeu des comédiens, toujours sur le fil du rasoir, rappelle certaines des qualités qui s’imposaient déjà dans le précédent film de Pawel Pawlikowski, le lumineux My summer of love (2005). Seul ici le scénario se perd. Adapté d’un roman de Douglas Kennedy, La Femme du 5e accumule les mystères pour n’en résoudre aucun. Est-ce le livre ? est-ce le scénario ? la narration dérive, s’étire. L’instabilité psychologique du personnage principal ne laisse planer aucune terreur, on a vite fait de deviner le piège auquel il se tend lui-même. Entre tensions vaines et ellipses incompréhensibles, le film se noie, et d’autant plus tristement qu’il est balayé de superbes fulgurances visuelles. Mais c’est peut-être aussi cet inachèvement qui le rend attachant.
15:21 Publié dans Cas de conscience, Sorties 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : la femme du cinquième, pawel pawlikowski, ethan hawke, kristin scott thomas |
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18/11/2011
The Artist
Difficile de ne pas tomber sous le charme du nouvel Hazanavicius, qui délaisse la parodie des OSS117 pour un "à la manière de" énergiquement et suavement accompli. Dujardin y développe une game comique en demi-teinte, malgré le muet qui implique le surjeu, joli tour de force. Ce bel hommage au cinéma, tendre et cruel, jamais fade, fourmillant au contraire de clins d'œil savoureux, fait inévitablement penser au chef-d'œuvre de Stanley Donen Chantons sous la pluie, dont il est un lointain mais fringant cousin. Que du plaisir.
Et maintenant, dansons !
20:03 Publié dans Faut qu'ça danse !, Films bien vus, Sorties 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : michel hazanavicius, jean dujardin, stanley donen, gene kelly |
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06/11/2011
La Mort d'un prof (1971)

Dans le genre – foisonnant – des films de collège (de garçons), qui a donné, tout particulièrement outre-Manche, quelques chefs-d’œuvre (If…) et un certain nombre de titres sirupeux mais attachants (Another country), Mort d’un prof (Unman, Wittering and Zigo, 1971) de John Mackenzie trouve sa place parmi les curiosités tel un bibelot d’artisanat local qu’une maladresse bienvenue aura distingué des pièces standards.
Adapté du théâtre (Giles Cooper), le film développe une dramaturgie solide dont le point de départ est l’accident tragique survenu à un enseignant. Le dénommé Pullman s’est mystérieusement rompu les os en chutant du haut d’une falaise escarpée de la côte sauvage anglaise. Accident ou meurtre ? Pour Ebony (David Hemmings), jeune professeur remplaçant, le doute n’est permis guère longtemps, le crime étant revendiqué sans ciller par les adolescents de la 5e B dont il a désormais la charge.

Ceux-ci, dès son premier jour de classe, imposent un rapport de force d’abord feutré, puis de plus en plus menaçant, où l’autorité du maître est franchement contestée par la supériorité numérique du groupe. De joutes verbales en insolences corruptives, de sommations irrespectueuses en assauts de violence déclarés, la tension croît irrésistiblement autour du professeur qui refuse de participer au jeu dangereux dont il est la cible avec son épouse. Il assiste, à la fois sidéré et fasciné, aux rapports pervers mis en place par les collégiens, bien éduqués mais séditieux, tentant d’en décrypter les arcanes – entre la confrérie secrète propre au système éducatif anglo-saxon et la secte – pour mieux en débusquer l’énigmatique meneur.
Cette fable sadique, où les adolescents ambigus, à la fois organisés et hésitants, durs et fragiles, sont dépeints tels de jeunes loups affamés de pouvoir et de sexe (le piège de l'homoérotisme étant adroitement escamoté), se déploie jusqu’aux limites du fantastique. Les couloirs, tantôt silencieux, tantôt bruyants, souvent incertains, de l’établissement scolaire, les sentiers fouettés par le vent et les embruns qui forlongent la falaise, mais plus encore le chemin de sous-bois qui relie le collège à la chaumière isolée où loge Ebony (chevalier blanc comme l’ébène) plantent le décor du conte cruel où la meute aux abois poursuit aveuglément ses proies. Dans la nuit, les herbes folles se déchaînent. L’angoisse, qui s’installe dès les premiers instants, selon le schéma bien connu du renversement de situation où la grégarité inculte domine sans ambages celles de l’esprit, va crescendo dans l’intolérable moral. Pour autant, Mackenzie ne bascule jamais du côté du gore. Outrages mais sans outrances. De fait, si la mise en scène s'affirme sans grande originalité, la direction d’acteur pousse la comédie dramatique aux confins de l’hystérie sans jamais – et là est la clé – y sombrer. Ce délicat équilibre au-dessus du précipice permet au réalisateur de maintenir son sujet dans un espace de crédibilité qui en maintient jusqu’au dénouement la vénéneuse tension.
12:03 Publié dans Films bien vus, Nuits blanches | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : la mort d'un prof, john mackenzie, david hemmings, giles cooper, unman, wittering and zigo |
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