14/03/2012

La Désintégration

la désintégration,philippe faucon,rashid debbouze,yassine azzouz,mohamed nachit,ymanol perset,zahra addioui,kamel laadailiQu’est-ce qui se désintègre ? Le fameux lien social ? les hommes ? le monde comme il va ? Désintégration est un titre fou, pour une histoire simple. Fou parce qu’il prend le contre-pied de ce principe d’« intégration », tant de fois prononcé ou proféré qu’il en a été littéralement vidé de son sens. Intégration désintégrée, car elle ne veut plus rien dire.

Ne plus vouloir rien dire, c’est le constat auquel aboutit proprement Ali (Rashid Debbouze), pas seulement parce que la centaine de cv qu’il a envoyés son restés sans réponse, mais parce que lui et les siens, ses parents en premier, ont depuis des années et des décennies joué le jeu de l’intégration, à savoir : courber le dos, accepter les tâches subalternes et les rôles de substitution, être de bons Arabes. Au lieu de cela, ce sont, pour certains, toujours trop nombreux, de « sales Arabes ».

la désintégration,philippe faucon,rashid debbouze,yassine azzouz,mohamed nachit,ymanol perset,zahra addioui,kamel laadailiLa frustration et la colère d’Ali trouvent une attention particulière dans le regard intéressé que lui porte Djamel (Yassine Azzouz), lequel réunit autour de lui un petit groupe qu’il forme à un islam intégriste et entraîne à devenir djihadistes : Nasser (Mohamed Nachit) et Nico, devenu Hamza (Ymanol Perset). Ali, qui jusqu’ici portait peu d’intérêt à la religion, s’y consacre corps et âme pour combler le vide dépressif qui s’est installé en lui. Aussi bien sa mère (Zahra Addioui) que son frère (Kamel Laadaili) sont impuissants à le convaincre d’un islam bienveillant et tolérant. Le jeune homme n’entend plus rien que les mots murmurés à son oreille par Djamel, dont les intonations sont presque douces, alors que ses objectifs sont terribles.

la désintégration,philippe faucon,rashid debbouze,yassine azzouz,mohamed nachit,ymanol perset,zahra addioui,kamel laadailiSans jamais être démonstratif, Philippe Faucon observe cette contamination des esprits qui rend les corps désemparés, puis dociles, telles des marionnettes. Ce qui est alors désintégré, ce sont d’ailleurs moins les chairs, les os et les organismes que les cœurs et les intelligences : l’humanité. Faucon continue de film en film, hier pendant la guerre d’Algérie, aujourd’hui dans la banlieue lilloise, son auscultation d’une jeunesse qui doit faire ses preuves avant de faire ses choix, à laquelle en définitive on ne laisse, et de moins en moins, guère de chances ni même d’espoir. Son cinéma, tour à tour âpre et tendre, dont l’immigration constitue une trame récurrente, est également généreux : ici, comme à chaque fois, il permet à ses comédiens de livrer une vérité rare et précieuse.

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