12/06/2012
La Rivière sauvage (1995)
La Rivière sauvage (1995) fait partie de ces innombrables longs métrages qui passent entre les mailles du filet de la cinématographie pour finir sous la forme d’une vieille VHS dont on se demande, après une journée de vain rangement, ce qu’elle fait encore là. Tiens, et si on y jetait un coup d’œil (las)… Aussi loin du chef-d’œuvre que du nanar, n’ayant même pas bénéficié d’un succès fracassant au box-office qui aurait fait d’eux des reflets de leur temps, ces films n’ont vraisemblablement eu pour autre légitimité que d’entretenir le tiroir caisse des têtes d’affiche ou assurer les arrières de la maison de production. La recette est simple : un duo de vedettes complémentaires, un scénario vu mille fois où des prototypes de la famille moyenne américaine sont confrontés à de dangereux criminels, un bon petit suspens angoissant qui va crescendo… ma non troppo. Et au finish, le clan des vraies valeurs l’emporte sur les mauvais garçons qui menacent l’équilibre consubstantiel du sacro-saint american way of life. Ça vaut son pesant de popcorns.
À ma droite, Gail (pétulante Meryl Streep) tente de revivre sa jeunesse en revenant sur le terrain de ses exploits passés : descendre en canot les rapides les plus dangereux des États-Unis où elle s’illustra dans une autre vie. En maîtresse femme castratrice, quoiqu’à l’esprit ouvert (toujours le mot pour rire au coin des lèvres, c’est dire qu’elle maîtrise la situation), elle embarque son fils, se déleste de sa fille (trop jeune, donc inutile), et accepte in extremis son mari, un illustrateur à lunettes (sosie de Dustin Hoffman) qui tire la gueule. En fait, ils sont au bord du divorce, tout semble les séparer – elle blonde, sportive et joviale, lui poivre et sel, fluet et taciturne – et cette aventure, inutile d’être devin pour le comprendre, est celle de la dernière chance. Ambiance…
Mais la comédie romantico-comique annoncée ne tarde pas à se corser. À peine n’ont-ils pas embarqués qu’ils croisent, à ma gauche, Wade (ce roquet racé de Kevin Bacon), un type dont on comprend d’emblée qu’il est louche parce qu’il boit des bières quand tout le monde est aux jus de fruits. Bref, la famille Oasis plongée dans un remake de Delivrance. Sauf que tout est propre, et pas seulement les paysages passés au kärcher teuton. C’est à peine si Meryl Streep apparaît épaules nues dans une mare au crépuscule, tandis que Kevin nusty Bacon (qui nous aura heureusement fait admirer son torse tout en sèche nervosité quelques plans plutôt) l’épie adossé perversement contre le tronc immmmmense d’un arbre. La goutte trop salace qui fera déborder le vase arachnéen de Meryl (dont on n’ose imaginer la réaction plongée dans le Bus 678 de Mohamed Diab) et rendra les Oasis méchants, très méchants… L’aventure, la vraie, commence…
Bon, on se moque, on se moque, mais au final, c’est bien Curtis Hanson (qui trois ans plus tôt avait déjà testé avec succès le coup de la famille ébranlée par un élément-corrupteur-venant-de-l’extérieur avec la terrifiante Main sur le berceau et l’improbable Rebacca de Mornay en parfait alien pré-Prometheus) qui emporte le morceau. Malgré ses très très grosses ficelles (au propre comme au figuré), La Rivière sauvage se laisse voir sans qu’on ait le temps de dire stop, alors qu’on l’a pensé d’emblée très fort. La faute à qui, ou à quoi ? Au savoir-faire. Celui d’un metteur en scène inégal mais efficace, qui se révèlera le tour suivant avec L.A. Confidential, puis confirmera avec le génial Wonderboys ou le bluffant 8 Mile (ensuite moins). Celui d’un couple d’acteurs béton, la sculpturale, et universellement reconnues comme telle, Meryl Streep, l’actrice qui peut tout faire, et le savoureusement vénéneux Kevin Bacon, un des acteurs les plus intrigants de sa génération (trop, sans doute, pour pouvoir durer à Hollywood). Pas si surprenant, en conséquence, que de bons ingrédients (ajoutons une pincée de John C. Reilly) et un bon chef en cuisines produisent à l’arrivée un bon divertissement (des familles). Tout est bien qui finit bien.
08:43 Publié dans Nuits blanches, Pilotage automatique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : la rivière sauvage, curtis hanson, meryl streep, kevin bacon, john c. reilly, rebecca de mornay, les femmes du bus 678, mohamed diab, la main sur le berceau |
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