03/07/2012
The Deep Blue Sea
The Deep Blue Sea est, comme son titre l’indique, un film en eaux profondes. Il commence presque là où Chez les heureux du monde s’arrêtait : le suicide d’une femme. L’infortunée Lily Bart (Gillian Anderson), au début du 20° siècle, perdue dans un monde d’artificialité et d’hypocrisie, passait à côté de l’amour véritable et finissait dans la déchéance que la société mondaine réserve aux cœurs nobles. Hester Collyer (Rachel Reisz), quelque cinquante ans plus tard, poursuit la quête d’un amour absolu par-devers les normes, les préjugés, les conventions et le poids infiniment redoutable des habitudes.
Une palissade en clair-obscur, un mur rendu chaleureux par la pénombre, des fenêtres miroitantes s’éveillent à la nuit jusqu’au premier étage d’une bicoque qui sent bon les années cinquante. À la fenêtre, Hesther replie de lourds rideaux et se rapproche à pas comptés du poêle dans la fente duquel elle glisse les pièces de monnaie qui libèreront l’arrivée du gaz. La scène est emplie par la musique enveloppante d’un concerto pour violon de Samuel Barber, mélodie entêtante qui semble recouvrir le temps, caresser le visage de la désespérée pour réveiller des moments anciens, à la tonalité plus lumineuse, dont on devine qu’ils sont la clé de l’histoire à naître. Cette entrée musicale, puissante, sublime, donne le ton d’un film qui ne se contente pas d’effleurer ses personnages, mais les étreint, les empoigne par la force des sentiments, pour les abandonner comme corps sur la grève, à bout de souffle, mais rassasiés d’une vérité qui, aussi effroyable soit-elle, les éclaire.
Hester est mariée au riche juge Collyer (Simon Russell Beale), un homme plus âgé qu’elle qui a construit sa carrière sous la domination d’une mère castratrice. Il en a hérité la triste pondération qu’impose un esprit dominé par la raison. Un mariage de raison, donc. Hester s’affronte à cette belle-mère revêche qui incarne la pesanteur d’un siècle qu’elle a laissé derrière, celui dans lequel s’est en vain débattue Lily Bart, une époque contre laquelle elle n’a d’autre choix que de bâtir des digues. Car Hester, elle-même fille d’un pasteur modeste qui lui a appris la retenue, est portée par un élan impérieux qui contredit son éducation, qui la submerge, qui l’enflamme pour Freddie Page (Tom Hiddleston).
Cet aviateur charmeur et jovial, revenu de la guerre avec des histoires de combat et des faits d’armes à n’en plus finir, exprime, à travers sa belle ardeur, plus que la volonté de vivre d’un esprit léger, la nécessité de fuir une mort qu’il a touché de près. On ne peut être animé par le goût du danger sans être, dans les profondeurs de l’être, attiré par le souffre des ténèbres. Freddie aime Hester, mais pas comme celle-ci l’entend, ni l’attend. Elle le chérit au-delà de chaque jour. Mais il ne peut lui offrir d’autre quotidien que le sien. Ce n’est pas une question d’argent ou de condition sociale. C’est qu’elle conçoit la passion comme un enjeu romantique, de feu et de glace, de vie et de mort, quand lui ne s’attache qu’à prendre l’instant présent comme il est.
Femme instruite, cultivée, sans doute considérée d’avant-garde par la société corsetée du Londres de l’après-guerre, elle vante les peintres cubistes, quand lui préfère se plonger dans l’impressionnisme de Monet. Leur soudaine dispute dans le musée n’est pas qu’affaire de détails. Elle est, d’une certaine manière, la cause directe du suicide manqué qui provoque la fin de la liaison. Plusieurs échanges, ramenés du passé, piochés dans les quelques heures durant lesquelles le couple bascule, nous en font entrevoir la véritable raison. Et pourtant, malgré la mélodie mystifiante, les chants traditionnels ou de bistrot qui ponctuent la narration, malgré le luxe vétilleux de la reconstitution qui semble vouloir tout donner à voir – mais jamais trop – et la mise en scène élégiaque, qui sait s’arrêter aux limites de l’emphase, The Deep Blue Sea, le beau film de Terence Davies, maintient jusqu’à son terme, et encore au-delà, l’énigme entêtante de son existence.
08:45 Publié dans Films très bien vus, Sorties 2012 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : the deep blue sea, terence davies, rachel reisz, gillian anderson, simon russell beale |
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Commentaires
Davis est 1 cinesate majeur et injustement méconnu
je suis ok avec toi : deep blue sea est une splendeur
Enzo
Écrit par : Enzo | 05/07/2012
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