14/07/2012
La Maison sur la colline
La même est une autre. Tel pourrait être le slogan de ce beau film de 1951, signé du décidément génial Robert Wise. Adapté d’un roman de Dana Lyon par Ellick Moss et Franck Partos, La Maison sur la colline (House on Telegrah Hill) suit l’itinéraire d’une jeune femme de la haute bourgeoisie polonaise (Valentina Cortese), survivante du camp de concentration nazi de Bergen-Belsen durant la Seconde Guerre mondiale, qui, au sortir du conflit, endosse l’identité de sa meilleure amie, décédée durant sa détention. Victoria Kowelska devient ainsi Karin Dernakova, dont la tante, qui vit à San Francisco, élève Chris, le fils qu’elle a pu faire extrader avant d’être internée.
Alors que la vraie Karin Dernakova était encore en vie, une codétenue reprocha à Victoria de ne soutenir son amie chancelante que par intérêt pour, ensuite, gagner les États-Unis et s’offrir une meilleure vie à bon compte. Ce qu’il adviendra donc. Évidemment, un soupçon de duplicité assombrit aussitôt l’image, jusque là immaculée, de la transfuge. Le doute n’est ensuite plus permis lorsque, confrontée à New York à Alan Spender (Richard Basehart), le tuteur de Chris (entre-temps la vieille tante est morte), elle défend ses positions bec et ongle, et accepte même le compromis qui lui est proposé concernant le partage de la fortune familiale. In fine, elle épouse Spender : l’usurpation est consommée.
Commence alors le second volet du film, qui, tel un filtre de nuance, vient corriger ce savoureux portrait de femme. Les époux gagnent la « maison sur la colline », dont la situation offre un point de vue généreux sur la ville de San Francisco. Les y attendent Chris, et la gouvernante de celui-ci, Margaret (Fay Baker), dont la confrontation avec la vraie-fausse Karin Dernakova, attendue, réserve son comptant d’intrigue. Lequel des deux, de l’orphelin de neuf ans et de sa mère de substitution, se demande-t-on, démasquera l’étrangère ?
Dès lors, se met en place une redoutable mécanique psychologique dont certaines situations ne sont pas sans rappeler Fritz Lang (The House by the river), mais plus encore Alfred Hitchcock (Rebecca, Soupçons, et bien plus encore Vertigo). Progressivement, de coupable aux yeux du spectateur, Karin devient victime, en proie à un stratagème complexe dont les réels aboutissants ne seront clairement révélés qu’à la toute fin du film, lors d’une scène en clair-obscur aux frontières du fantastique (douze ans plus tard Wise tournera La Maison du diable). Face à la menace, la confusion de son identité se résout, à la fois lors d’une confession auprès de son confident, le major Marc Bennett (William Lundigan) que Victoria/Karin a rencontré au moment de la libération du camp, et lorsque la situation l’oblige à intervenir pour écarter Chris du danger qui le cerne, comme s’il s’était agi de son propre fils. Son ardeur à défendre, non plus ses propres intérêts, mais ceux de son ami défunte, légitime l’usurpation d’identité, qui n’apparaît plus comme un vice originel mais comme le bras armé du destin. Car, en fin de compte, l’imposteur est un autre.



12:41 Publié dans Films très bien vus, Nuits blanches | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : la maison sur la colline, robert wise, valentina cortesa, richard basehart, fay baker, william lundigan, dana lyon, ellick moss |
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