11/05/2013

Trance (2013)

trance,danny boyle,james mcavoy,vincent cassel,rosario dawson,danny sapaniDans le genre bétassou, Trance se propulse sans coup férir au sommet de la pile. Le jeu consiste une heure trente durant à balader le spectateur sur le registre de qui manipule qui manipule qui manipule qui, etc. Une mise en abyme poussive, facilitée par le recours à l’hypnose, libérant toutes les interprétations et contre-interprétations possibles et désinhibant aussi sec les concepteurs de cette machine infernalement bête de tout souci de crédibilité.

trance,danny boyle,james mcavoy,vincent cassel,rosario dawson,danny sapaniUn jeune commissaire priseur (James McAvoy) dérobe une toile de Goya au nez et à la barbe des gangsters avec lesquels il est en cheville. Mais pour avoir reçu un violent coup à la tête, il ne se souvient plus, et en dépit des tortures qui lui sont infligées, où il a dissimulé le trésor. Le chef de la bande (Vincent Cassel) de guignols Gros-Jean comme devant fait alors appel aux services d’une hypnothérapeuthe de charme et de choc (Rosario Dawson) pour faire rejaillir (au sens propre comme au figuré) de l’inconscient de son patient le précieux souvenir. Rien ne tient vraiment debout – pas d’enquête policière, des bandits manchots qui se retrouvent à leur tour sous suggestion pour prouver leur bonne foi, une spécialiste de l’hypnose qui négocie aussi sec des parts de marché dans l’affaire et dont on voudrait ensuite nous faire croire qu’elle est blanche comme neige – mais rien non plus ne résiste au bulldozer narratif mené à tombeau ouvert. Comme à son habitude, Danny Boyle filme avec ses pieds : tout est laid, bête et ridicule, jusqu’au dénouement qui pulvérise les scores du grotesque. Seul intérêt de cette pitoyable aventure : Rosario Dawson, belle à damner un garde du Vatican (chacun son truc).

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09/05/2013

Evil Dead (2013)

evil dead,fede alvarez,sam raimi,bruce campbell,jessica lucas,lou taylor pucci,elizabeth blackmore,jane levy,shidoh fernandezQuatre jeunes adultes se retrouvent dans une cabane perdue au fond des bois pour aider une cinquième, Mia (Jane Levy), la sœur de David (Shiloh Fernandez), à enterrer sa vie de droguée. Évidemment, l’étape du sevrage s’annonce particulièrement éprouvante. Elle atteint son paroxysme lorsque la petite troupe de bons sentiments s’aperçoit que l’odeur nauséabonde que Mia a dans le nez ne provient pas de ses hallucinations champinogènes mais de du sous-sol où sont pendus et éviscérés des chats par dizaines. Parmi ces catacombes, un livre fermé à tours de fil de fer barbelé, semblant hurler (mais dans le silence nul ne l’entend) « ne m’ouvrez surtout pas sinon vous allez tous crever », ne laisse aucun doute sur la nature sataniste des rituels qui s’y déroulent.

evil dead,fede alvarez,sam raimi,bruce campbell,jessica lucas,lou taylor pucci,elizabeth blackmore,jane levy,shidoh fernandezChacun dans le groupe a sa fonction. En sa qualité d’infirmière, Olivia (Jessica Lucas) injecte des calmants par seringues et sait faire les pansements. Prof d’histoire et sorte de monsieur-je-sais-tout-avant-les-autres, il revient à Luc (Lou Taylor Pucci) de ne pouvoir résister à la tentation d’ouvrir le livre dont-on-sait-qu’il-est-maudit et d’en lire, à haute voix, les déplorables sentences qui vont tirer le démon de sa tanière pour s’adonner à son passe-temps favori : les pires ravages. On n’a pas très bien compris la fonction de Natalie (Elizabeth Blackmore), sinon celle de boucher les trous et d’avoir de beaux bras qu’elle perdra l’un après l’autre. Comme les poupées que les enfants sadiques aiment bien démembrer. Quant à David, il est le beau gosse du coin, fière allure, l’œil qui frise, mais bourré de remords (pour avoir jadis abandonné sa sœur aux mains de leur mère folle) et aussi rempli de courage, ce qui va s’avérer fort utile. Mia, enfin, est la victime expiatoire idéale, qui passe du statut de droguée jusqu’à la moelle à celui de créature littéralement pénétrée par le Mal. Ce qui revient à l’équation drogue = poison (Evil Dead 2 abordera le douloureux problème de l’addiction à la cigarette).

evil dead,fede alvarez,sam raimi,bruce campbell,jessica lucas,lou taylor pucci,elizabeth blackmore,jane levy,shidoh fernandezCe teen horror movie n’apporte en réalité pas grand chose à la grandiose version de 1981 signée Sam Raimi, sinon un très très généreux supplément d’hémoglobine (il en pleut même comme par temps de mousson). En revanche, l’humour ravageur que portait le génial Bruce Campbell dans le rôle de Ash a complètement été englouti dans les limbes scénaristiques. Quelques situations, voire certaines répliques autorisent à esquisser un sourire, mais il n’est pas sûr que leur potentiel très légèrement comique ait été volontaire. Alors, quel besoin d’adapter une pépite parodique du film d’horreur pour en faire un ersatz monochrome et finalement monotone (car déjà fait cent fois), dépourvu d’originalité et d’audace (car la surenchère outrageante a maintes fois été exécutée par d’autres et par des meilleurs que l’inconnu Fede Alvarez) ? On en vient hélas toujours à la même réponse :  pour faire tourner la planche à dollars.

07/04/2013

Dead Man Down (2013)

dead man down,niels arden oplev,colin farrell,noomi rapace,terrence howard,dominic cooper,isabelle huppertVictor (Colin Farrell) infiltre le gang pour lequel il travaille parce que son chef, Alphonse (Terrence Howard), est responsable du meurtre de sa famille. Béatrice (Noomi Rapace), défigurée dans un accident de voiture, espionne Victor, son voisin de balcon, parce qu’elle l’a vu assassiner un meurtre dans sa cuisine. Darcy (Dominic Cooper) mène l’enquête sur la mort d’un de ses collègues, tandis qu’Alphonse reçoit des menaces anonymes qui le mettent en transe. Tous ces fils, agités de vengeance, s’entrecroisent au nom de rebondissements qui n’en sont pas vraiment et d’invraisemblances qui le demeurent, pour aboutir à un final spectaculaire et romantique à la fois sur le ton de la difficile rédemption.

Dans l’arrière-boutique, Isabelle Huppert (la mère de Béatrice) fabrique des cookies ou fait cuire un poulet, elle ne sait plus. Elle est sourde, ne sort pas de son appartement, collectionne les Tuperware et les photos de famille : pour elle, la vie est belle. Dehors, on nous dit que c’est le printemps, mais ça sent encore l’hiver. On ne peut se fier à personne.

01/04/2013

Mystery (2012)

mystery,lou ye,qin hao,hao lei,qi xi,mei fing,nuits d'ivresse printanière,love and bruises,une jeunesse chinoise,brian de palma,les incorruptibles,eisenstein,shame,steve mcqueenUn homme dans une mégapole chinoise, Wuhan, mène une double, voire triple vie. Empreint d’une certaine nonchalance, Yongzhao (Qin Hao) va de l’épouse Lu Jie (Hao Lei) à la maîtresse Sang Qi (Qi Xi), chacune lui ayant donné un enfant, tout en s’accordant une aventure avec une jeune étudiante. Jamais rassasié, il embrasse, étreint, réconforte, rassure, mais s’esquive aussi brusquement, dissimule, se ment sans doute à lui-même tout autant qu’aux autres. Entre ses rendez-vous galants à l’hôtel et ses deux domiciles, il semble qu’il arrive à gagner sa vie. Pourquoi pas, se dit-on, même si cela fait beaucoup pour un seul homme.

mystery,lou ye,qin hao,hao lei,qi xi,mei fing,nuits d'ivresse printanière,love and bruises,une jeunesse chinoise,brian de palma,les incorruptibles,eisenstein,shame,steve mcqueenPersonnage central, Yongzhao est le mystère du film, observé par deux maîtresses-femmes qui finissent par prendre conscience de ses turpitudes. La vengeance, savamment engeancée par ricochet de l’une à l’autre, vient alors enrayer cette suave mécanique amoureuse, provoquant un retournement de situation : le dominant devient le dominé. Hormis sa capacité à satisfaire ses concubines, la toute puissance de Yongzhao s’avère relative : Lu Jie, issue d’une famille fortunée qui gère la société où il travaille, détient le pouvoir de l’argent ; Sang Qi, quant à elle, lui a donné un fils, avantage inestimable dans un pays où la loi sur l’enfant unique est toujours en vigueur. En réalité, Yongzhao est faible, mais on ne sait s’il est dominé par ses pulsions ou par ses femmes (dont sa mère).

mystery,lou ye,qin hao,hao lei,qi xi,mei fing,nuits d'ivresse printanière,love and bruises,une jeunesse chinoise,brian de palma,les incorruptibles,eisenstein,shame,steve mcqueenPlutôt que de creuser le mystère (la place de l’homme au sein de ce gynécée), Lou Ye l’embrouille. Il ne se suffit pas de cette matrice psychologique, inscrite pourtant dans le cadre intriguant d’une société chinoise à géométries variables où les tours-champignons côtoient les bidonvilles et dont la corruption s’impose comme une clé essentielle de réussite. Le cinéaste, qui avait su préserver la fluidité de Nuits d’ivresse printanière, insère une vague intrigue policière parmi les méandres du trio infernal, puisque l’amante étudiante de Yongzhao aurait été lapidée et projetée sur la chaussée avant d’être renversée par un chauffard. Pourquoi pas, se dit-on encore, même si, du coup, cela commence à faire beaucoup pour un seul film.

mystery,lou ye,qin hao,hao lei,qi xi,mei fing,nuits d'ivresse printanière,love and bruises,une jeunesse chinoise,brian de palma,les incorruptibles,eisenstein,shame,steve mcqueenCar Lou Ye et son coscénariste Mei Fing (déjà associés pour Love and Bruises) se délectent à multiplier les invraisemblances narratives, comme dans les séries B américaines qui font rimer tentation, passion et (auto)destruction. Quand ce n’est pas un coup de théâtre (c’est la concubine qui titre les marrons du feu), c’est un coup du sort (le policier chargé de l’enquête est aussi le meilleur ami de l’amant de l’étudiante) qui intervient, comme s’il fallait tenir en haleine le spectateur avec des rebondissements qui en réalité le navrent (de fait, l’histoire s’inspire de plusieurs témoignages glanés sur Internet et amalgamés). À quoi s’ajoute un filmage volontairement chaotique en caméra subjective, suggérant à la fois la surveillance et la proximité, et proprement superfétatoire…

mystery,lou ye,qin hao,hao lei,qi xi,mei fing,nuits d'ivresse printanière,love and bruises,une jeunesse chinoise,brian de palma,les incorruptibles,eisenstein,shame,steve mcqueenQu’est-il arrivé à Lou Ye ? Certes, la censure de son pays (où il a enfin pu revenir travailler) est passée par là, si bien que le nom du cinéaste ne figure pas au générique des copies distribuées en Chine. Mais il semblerait que ce soit des scènes de violence qui aient été coupées. Cela n’enlève rien au fait que le réalisateur d’Une jeunesse chinoise passe radicalement à côté de son sujet, sur les brisées du Shame de Steve McQueen par exemple. Au lieu de cela, abusant des ralentis, des réminiscences musicales et du découpage alterné, il s’évertue, dans la scène du vrai-faux meurtre, à plagier celle de l’escalier des Incorruptibles de Brian de Palma, qui lui-même s’inspirait d’Eisenstein. Oui, ça fait vraiment beaucoup (trop).

21/02/2013

Les Misérables (2012)

les misérables,tom hooper,hugh jackman,anne hathaway,eddie redmayne,sacha baron cohen,helena bonham carter,amanda seyfried,aaron tveit,victor hugoTrop de notes ! s’exclamait le monarque au compositeur fantasque. Mais voilà, Amadeus était Mozart et Tom Hooper, pour avoir brillé lors du Discours d’un roi, n’est pas un génie. Ses Misérables, énième adaptation manquée du roman fleuve de Victor Hugo, sont emportés corps et âme – et voix ! – par les flots torrentiels d’une musique pâtissière et vomitive qui laisse littéralement pantois.

Dès les premières images d’un chantier naval plus Cecil B trois mille tu meurs, on sait que « cela » commence et que « cela » ne s’interrompra pas près de deux heures durant. « Cela » s’appelle un braillement.

les misérables,tom hooper,hugh jackman,anne hathaway,eddie redmayne,sacha baron cohen,helena bonham carter,amanda seyfried,aaron tveit,victor hugoQu’il y a-t-il à sauver de ce naufrage cinématographique ? Les acteurs, horriblement filmés, sont rendus à chaque image un peu plus laids les uns que les autres (comprendre : les pauvres sont moches), au fur et à mesure qu’ils se décomposent à hurler les affres et déboires que traversent leurs personnages bradés au rayon de la surperformance que nécessite l’entertainment moderne.

les misérables,tom hooper,hugh jackman,anne hathaway,eddie redmayne,sacha baron cohen,helena bonham carter,amanda seyfried,aaron tveit,victor hugoAu concours de la plus épouvantable grimace, si Hugh Jackman (Jean Valjean), les yeux perpétuellement injectés de sang pour toute expression sensible, l’emporte haut la main devant une Anne Hathaway défaite dans tous les sens du terme, Eddie Redmayne (Marius) explose dans la catégorie du meilleur espoir : de joie, de tristesse, de colère ou de remords, le céladon du moment porte toujours la larme à l’œil et la lèvre qui vacille. Tandis que Russel Crowe (Javert) allonge sentencieusement les pas le long de précipices vertigineux annonçant son funeste sort, heureusement Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter sauvent l’honneur (et trompent enfin l’ennui) en composant des Teynardier délicieusement venimeux quand tout le reste de la distribution a depuis longtemps sombré dans la mièvrerie pâteuse et indigeste.

Ni opéra baroque déjanté ni réflexion sociale à l’heure de la crise la plus terrible du siècle, ces misérables bankables boxent frauduleusement dans la catégorie des pantalonnades de triste mémoire. Hugo n’en finit pas de glousser dans sa tombe.

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09/01/2013

Une histoire d'amour (2013)

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L’histoire : un très riche banquier (Benoît Poelvoorde) s’attache les services d’une call girl (Laetitia Casta) pour éprouver sexuellement des situations de domination jusqu’à mettre sa propre vie en danger. En même temps, il lui promet le mariage et un pactole d’un million de dollars en gage d’amour. Elle, qui vit avec un homme plus âgé (Richard Bohringer), ne demande rien mais enregistre, s’attache, veut croire aux promesses, sans trop comprendre qu’elles font partie d’un jeu où le mépris est la munition de l’autodestruction. À la fin, elle le tue.

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04/01/2013

Jack Reacher (2012)

jack reacher,tom cruise,christopher mcquarrie,rosamund pike,robert duvall,richard jenkins,david oleyowo,werner herzog,jai courtney,alexia fast– Bon, Coco, faut m’trouver un bon moyen de rebondir. J’ai épuisé le filon de Mission Impossible jusqu’à la lie. Besoin d’une nouvelle franchise, tu vois, un block qui cartonne au box office et qu’on pourra refourguer pendant une bonne décennie… T’aurais pas ça en magasin ?

– Si, bien sûr, le bazar déborde d’idées. Mais, dis-moi, tu veux te refaire une virginité côté East End où t’es vraiment en manque de liquidités ?…

– M’en fous des intellos ! M’en fous aussi de ces peigne-culs de démocrates de Hollywood ! Ça fait longtemps que je me torche avec les Oscar des autres. Non, je veux redevenir total bankable all over the world et leur montrer à tous ces baveux qui est The Boss !

– Ok , ok, Tom, pas besoin de s’énerver… je vois le tableau… Voilà, je te propose de prendre tout le monde à rebrousse-poil. Ils attendent que tu leur tendes la joue gauche avec un film artisticomachin sous alibi droitsdelhommistes qu’ils pourront dégommer avant même de l’avoir vu…

– C’est sûr, man…

 – Ouis, comme cette daube avec Kubrick…

– Même moi j’ai rien pipé… surtout quand j’ai vu mon compte en banque !

– Alors, on va leur donner exactement l’inverse ! Un film pour les masses – c’est quand même eux les plus nombreux, non ? – avec personne derrière la caméra, mais toi devant et toi aussi qui produis…

jack reacher,tom cruise,christopher mcquarrie,rosamund pike,robert duvall,richard jenkins,david oleyowo,werner herzog,jai courtney,alexia fast– Ben ouais, Coco, j’imaginais pas autre chose, mon image c’est sacré…

– Ok, ok… Mais plus fort encore : on va donner au monde ce qu’ils attendent que The Big Boss leur donne…

– Euh… ouais, mais quoi encore…

– Ben suis mon regard, man…

– T’es pas en train de me draguer, non ! ? J’en ai lourdés pour moi que ça, tu sais…

– Ben non… je te regarde parce que The Public il attend The Big Boss, c’est-à-dire Toi !!! The Big Tom !

– Yo ! Je le sens bien là…

– Voilà, j’ai ce truc sous le coude. Ça s’appelle Jack Reacher, c’est le nom du héros – hyper positif, ça va sans dire, c’est aussi le nom du film, comme ça on y réfléchit pas à deux fois…

– Ouais, c’était le problème avec Mission Impossible, on avait du mal à identifier le balèze qui réglait l’addition pour les autres…

jack reacher,tom cruise,christopher mcquarrie,rosamund pike,robert duvall,richard jenkins,david oleyowo,werner herzog,jai courtney,alexia fast– Là, aucun problème. Jack Reacher, c’est le Boss, et c’est toi et c’est aussi le film… Reacher, c’est un type, on sait pas d’où il vient, mais quand il arrive, les bad guys ont intérêt à faire le dos rond. Sauf qu’y’en a toujours qui veulent la ramener… Normal, sinon, y’aurait pas d’histoire… Et justement, j’en ai une d’histoire. Un type genre sniper qui tue des innocents comme ça dans la rue…

– Reacher !?…

– Ben non, je te dis que c’est le méchant…

– Waw ! Il est vraiment très méchant…

– Plus le méchant est méchant, plus le film est méchamment réussi, c’est le principe ! T’as compris ça, t’as tout compris…

– Yo, man !

– Donc, le sniper dégomme à tout va, mais c’est une buse, alors il laisse plein d’indices et se fait arrêter dans les cinq premières minutes du film…

– Tu te fous de ma gueule !? Cinq minutes et c’est plié ?! Le film doit faire au moins deux heures, je veux du lourd ! Et moi, j’interviens quand !?!

– Calmos, calmos… Précisément, c’est trop facile : y’a un lézard, et c’est là que t’interviens… Le type, il donne ton nom à son avocate, elle sait pas pourquoi (c’est une buse aussi), mais toi tu débarques avant même qu’elle ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait…

– J’aime mieux ça…

– Ben ouais, le truc, c’est que Jack Reacher a toujours une longueur d’avance et il devine tout avant tout le monde…

jack reacher,tom cruise,christopher mcquarrie,rosamund pike,robert duvall,richard jenkins,david oleyowo,werner herzog,jai courtney,alexia fast– Ben, comment il fait ?

– C’est simple : les autres sont vraiment des buses, et toi t’es un dieu !

– J’adore ! J’y aurais jamais pensé tout seul !

– Donc, y’a anguille sous roche, et là tu prends les commandes du film et tu les quittes plus… Le film va reposer sur le même principe, genre : l’habit ne fait pas le moine…

– Un moine ?! Quel moine ?

– Laisse béton. On croira que le méchant, c’est untel et pas l’autre, tu vois le genre ? Idem pour les sympas, si bien qu’à la fin, ce sera totale surprise sauf pour…

– Euh…

– Sauf pour…

 

– L’avocate ?

– Ben non, sauf pour Jack Reacher, puisqu’il comprend tout ! Infaillible, le gars… En plus, sympa, il explique tout à tout le monde, comme ça tout le monde est raccord.

– Sûr, man ! J’adore ton plan!

– No problemo.jack reacher,tom cruise,christopher mcquarrie,rosamund pike,robert duvall,richard jenkins,david oleyowo,werner herzog,jai courtney,alexia fast

– Mais ça fait pas un peu Ethan Hunt quand même ?…

– Ben non, puisqu’il s’appelle Jack Reacher, c’est même écrit sur l’affiche !

(Rires.)

– T’es trop fort, Coco ! Je veillerai à t’obtenir un passeport russe, promis ! (Rires.) Mais, dis-moi, tu n’oublies pas qu’il me faut une course-poursuite en caisse genre cette taffiotte de Gosling dans Drive

– C’est in the pocket

– Et une fusillade, tu sais que c’est inscrit dans mes gênes, et je dois être plus fort que le sniper, sinon c’est même pas la peine de penser à tes royalties…

– Vendu !

– Bon, et pour mon sex appejack reacher,tom cruise,christopher mcquarrie,rosamund pike,robert duvall,richard jenkins,david oleyowo,werner herzog,jai courtney,alexia fastal, tu me réserves quoi ? j’en ai marre de ces rumeurs persistantes à mon sujet.

– Elles sont toutes folles de toi… Irrésistible, le type.

– Elles ?

– Ouais, l’avocate et aussi une lycéenne prépubère qui te dragues dans un bar. Elles raffolent de ton corps de rêve…

– Je le kiffe trop, ton scénar. C’est vrai que pour 35 balais, j’assure un max, faudrait pas rater ça, tiens, tâte un peu…

– Hum, ouais… une autre fois… En revanche, je te garantis plusieurs bagarres contre des armoires à glace et des blanc-becs qui pourraient être tes fils si t’avais l’âge d’en avoir…

– Et je m’en tire impec ?

– À peine une égratignure. Histoire de changer ton maillot de corps face caméra. Indestructible le boss, je te dis !

– Trop cool, Coco. Et à la fin, j’emballe ?

– Ouais, enfin, faut pas que tes fans pensent que tu vas passer devant monsieur le maire, non plus ! Pense au sequel. Non, on laisse planer le suspens, et surtout on finit avec un résumé de tout le film pour être sûr que les gars préoccupés par leur pop corn et leur sprite auront bien tout compris en sortant de la salle… Infaillible, indestructible, irrésistible, that’s Jack Reacher !

– P…, c’est toi qui devrais avoir l’Oscar, Coco !

– Ouais, on verra ça. Arrange-moi plutôt un rendez-vous avec Poutine, paraît qu’il investit grave dans le bon cinoche en ce moment.

24/09/2012

The Bourne Legacy (2012)

the bourne legacy, jason bourne, tony gilroy, paul greengrass, jeremie renier, rachel reisz, edward norton, joan allen, matt damonOn connaissait les sequels et les prequels, mais The Bourne Legacy ressortit au rayon des nouveautés, puisqu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une suite au dernier volet de la trilogie Bourne, incarné par Matt Damon, mais d’une action en parallèle. Ainsi, pour faire couture, des scènes du film de Paul Greengrass (2007) sont insérées dans l’opus de Tony Gilroy (scénariste des précédents), au fur et à mesure que s’enchaînent les aventures d’Aaron Cross, un agent tueur « nouvelle génération ». En effet, du programme Treadstone est né le projet Outcome, à la fois différent et totalement similaire… Bref, comment faire du neuf avec du vieux, et surtout de la copie sans le dire. Jérémie Rénier, remarqué dans Jeffrey Dahmer, apprécié dans l’oscarisé Démineurs, peine à faire oublier son illustre modèle. Objet cinématographique hélas trop facilement identifié, The Bourne Legacy, film pop-corn où Rachel Reisz et Edward Norton distillent un peu de leur crédibilité, confirme la panne d’inspiration qui, depuis plusieurs années maintenant, paralyse les studios hollywoodiens, réduits à enchaîner les suites ou à épuiser les franchises (The Amazaing Spiderman, 2012).

31/08/2012

Abraham Lincoln, chasseur de vampires

abraham lincoln,benjamin walker,dominic cooper,tim burton,dark shadows,timur bekmambetov,charles de gaulleIl ne suffisait sans doute pas à Abraham Lincoln d’avoir abrogé l’esclavagisme, d’avoir triomphé des États Confédérés du Sud, d’avoir signé la loi du Homestead Act qui joua un rôle essentiel dans la conquête du Grand Ouest, ni même d’avoir été le premier président républicain de l’histoire des États-Unis (bonus), pour justifier aux yeux des teenagers surinformés du 21° siècle la dénomination de héros. Face aux resucées hyper bodybuildées des surhommes de la compagnie Marvel, pour ne citer que l’écurie la plus convenable, il fallait au Grand Homme de la Nation faire preuve de dons supérieurs, puisés au plus profond de ses propres qualités de bravoure, d’honnêteté et de sens de la justice, et mis au service d’une noble cause qui nous concerne tous depuis l’apparition de Harry Potter et de Buffy : la chasse aux vampires.

abraham lincoln,benjamin walker,dominic cooper,tim burton,dark shadows,timur bekmambetov,charles de gaulleEn effet, cela nous avait échappé, Lincoln (Benjamin Walker) eut à affronter les ténèbres, comme il l’écrit à son meilleur ami Henry (Dominic Cooper), un mort vivant tombé du bon côté de la force. Un épisode méconnu que Tim Burton a contribué à produire, et l’on comprend pourquoi. De Sleepy Hollow, la Légende du cavalier sans tête à Dark Shadows, en passant par Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, pour ne citer que les pierres de touche d’une filmographie elle-même déjà légendaire, Burton aura, plus que tout autre cinéaste, contribué à alimenter et à illustrer la mythologie d’une Amérique en mal d’affranchissement de ses racines européennes. Il puise bien évidemment ses références parmi le vivier du Vieux Continent, mais aussi auprès des écrivains Nathaniel Hawthorne, Edgar Allan Poe ou Washington Irving (inventeur du surnom de Gotham pour désigner la ville de New York, qui sera ensuite repris dans Batman, adapté par Burton), et ne manque pas de s’inspirer de l’esthétique baroco-comique de la Hammer, pionnière en son genre.

abraham lincoln,benjamin walker,dominic cooper,tim burton,dark shadows,timur bekmambetov,charles de gaulleMais voilà, ce n’est pas Tim Burton qui est aux manettes de cet Abraham Lincoln, chasseur de vampires (imagine-t-on un Charles de Gaulle chasseur de farfadets ?), mais l’obscur – quoique remarqué par Roger Corman, le pape de la Hammer (qui n’est pas infaillible) – Timur Bekmambetov. Du reste, il n’y a pas que le metteur en scène qui semble pointer aux abonnés absents de ce blockbuster du pauvre, il manque de tout dans ce biopic frénétique, à commencer par un scénario digne de ce nom et de celui qu'il porte en titre… Tout repose sur une surmultiplication de combats à effets spéciaux forts dans l’effet et faibles dans le spécial. Une recette perdante qui a pour conséquence de provoquer l’hypnose et l’endormissement de l'inconscient spectateur qui se sera déplacé dans les salles, vu que le film est un superbe bide, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique.

26/07/2012

Jane Eyre

jane eyre,cary fukunaga,mia wasikowska,michael fassbender,jane campion,robert young,orson welles,franco zeffirelliLes adaptations du beau roman de Charlotte Bronte se suivent… et se ressemblent. Celle signée Cary Fukunaga n’apporte rien de plus que la précédente, que l’on a déjà oubliée (Robert Young, 1997) ni que celle d’avant (Zeffirelli, 1996) ni que celle d’avant, etc.

Il est regrettable de constater qu’après le relativement prometteur Sin Nombre, le réalisateur soit tombé dans le conformisme le plus lénifiant. On le sent parfois loucher vers Jane Campion, mais ce n’est qu’une pâle illusion d'optique. Tout est manqué, aussi bien le romantisme que le potentiel fantastique de l’histoire, parce que résultant d’une absence dramatique de parti pris. L’enfance de Jane est outrageusement bâclée, et Mia Wasikowska n’a guère plus à offrir que sa pâleur diaphane à une partition aussi insipide qui s'étire en longs flashbacks.
Quant à Fassbender, qui aurait certainement eu le potentiel d’un Orson Welles pour élever le rôle, il est constamment empêtré par une mise en scène sans imagination. Ce Jane Eyre est une tisane pour vieilles dames. D’ailleurs, elles étaient fort nombreuses dans la salle, tandis que la canicule régnait en maître au dehors.

22/07/2012

Effraction

effraction,joel schumacher,nicole kidman,nicolas cage,michael cimino,michael haneke,david fincherJoel Schumacher est capable du pire, mais pas du meilleur. Même dans ses films les plus formellement acceptables, tel 8 mm, voire Veronica Guerin, il y a quelque chose de rance qui traîne dans les encoignures. Telle est sa marque de fabrique. Non seulement Effraction ne déroge pas à la règle mais il laisse la détestable impression d’avoir été complice d’une beuverie qui aurait mal tourné et que l’on préfèrerait oublier pour avoir tenu le mauvais rôle. En l’occurrence, celui du voyeur.

Sur le schéma passablement éprouvé de la bonne famille bourgeoise prise en otage par des crapules, on a vu mieux, comme La Maison des Otages de Cimino ou Funny Games de Hanecke. Dans le registre du huis clos paranoïaque, même Fincher s’en tirait avec les honneurs dans le pourtant faible Panic Room. Pour ne pas parler du cinéma mainstream qui raffole de ce type de canevas. Bref, Effraction arrive bien après la tempête. On objectera que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Précisément, Schumacher ne transforme rien, il se borne à dupliquer, en pire, ce qu’il y a déjà eu de pire. Le scénario et les dialogues sont abjects, les acteurs touchent le fond du cabotinage éhonté (Kidman a de nouvelles lèvres et Cage des implants flambant neuf : beau couple de freaks). En réalité, c’est le spectateur qui est pris en otage durant 1 h 30. Berk.

20/06/2012

Bad Influence (1990)

bad influence,curtis hanson,rob lowe,james spaderVu Bad Influence sur la foi de la (relativement) bonne impression laissée il y a peu par La Rivière sauvage. De toute évidence, à tous les coups Curtis Hanson ne gagne pas. Ici l’alors juvénile James Spader (enfin, en 1990 il avait tout de même trente ans bien tassés) est la proie sur laquelle le pin up boy Rob Lowe jette son infernal dévolu. Sous prétexte de l’aider à vaincre sa timidité, le fringant gigolo au sourire carnassier retourne comme une crêpe le blanc-bec inhibé fort en maths, et l’entraîne dans un piège redoutable de perversité vaine et de bêtise accomplie.

Car tout ici est affaire de yin et de yang, de jour et de nuit, de plein et de vide, d’actif et de passif, blablabla. Bref, le scénario, qui balaie les vraisemblances comme on se mouche, repose intégralement sur un système absolument et irréversiblement binaire. Pour faciliter la compréhension du spectateur qui aurait oublié de brancher son cerveau, les acteurs s’emploient même à dénuer leur interprétation de toute parcelle d’ambiguïté (pas d’homosexualité larvée ni de dédoublement de personnalité en possibles bouées de sauvetage) : Spader, comme souvent, est l’incarnation de la naïveté déconcertante. Very very bad Lowe est un copié-collé de la beauté du diable en mode mannequin Redoute, ce qui ne lui suffit pas pour être crédible. Le tout, des costumes aux décors (et même la coupe de cheveux un poil mulet du beau Rob), se noie dans l’esthétique plastique à deux balles des années quatre-vingt branchées.
Mauvaise pioche, donc.

bad influence,curtis hanson,rob lowe,james spaderSans être passionnant, il semble me souvenir que le précédent Faux témoin, du même Curtis Hanson, ne réservait pas autant de tonneaux de nullité à deux balles. À vérifier, le cas échéant…

29/05/2012

Sur la route

cannes 2012,sur la route,walter salles,sam riley,garret hedlund,alan ginsberg,william burroughs,viggo mortensen,kirsten dunst,kristen stewart,elizabeth mossEn 1957, Jack Kerouac parvient à écrire, en trois semaines et sur un très très long rouleau de papier de 36 mètres de long, son grand roman, sa pièce maîtresse, Sur la route, à la fois consécration littéraire et aboutissement d’une expérience humaine : le choc Neal Cassidy. Sous les traits de Sal Paradise (Sam Riley) et Dean Moriarty (Garret Hedlund), le livre fait état des nombreux trajets et des rencontres que firent les deux premiers génies de la Beat Generation, d’un bout à l’autre des États-Unis, de San Francisco à New York, en passant fréquemment par Denver ou plus inopinément par le Mexique, ensemble, à plusieurs (les écrivains Allen Ginsberg et William Burroughs, les petites femmes de Ned/Dean : LuAnne Anderson, Carolyn Robinson), tout le long d’une irrépressible et violente attirance comme seuls deux contraires peuvent l‘éprouver. Il y eut de la fusion et de la destruction entre eux. Cassidy était un démon dans une silhouette d’ange. Kerouac s’en retira, avant d’y brûler à son tour.

cannes 2012,sur la route,walter salles,sam riley,garret hedlund,alan ginsberg,william burroughs,viggo mortensen,kirsten dunst,kristen stewart,elizabeth mossDe cette barbarie créatrice où la mort est omniprésente sous prétexte d’éclats de vie, Walter Salles ne retient rien, sinon le dévergondage au long cours de post-adolescents tapageurs. Il oublie que Cassidy écrivait et inspira Kerouac, fait passer ce dernier pour un gringalet introverti, et jette un voile pudique, sinon moralisateur, sur leur homosexualité, sans doute parce que c’est plus simple. Son film est nourri à l’eau tiède d’un cinéma sans point de vue, destiné à alimenter les soirées-débats de la culture mainstream. Il fait œuvre de pédagogie, il distraie, en un mot il muséifie Kerouac.

08/04/2012

My Week With Marilyn (again)

my week with marilyn, michelle williams, simon curtis, kenneth branagh, dominic cooper, eddie redmayne, judi dench, derek jacobi, emma watsonLondres, 1956 : commence le tournage du Prince et la Danseuse, de et avec Laurence Olivier (Kenneth Branagh), qui choisit Marilyn Monroe (Michelle Williams) pour lui donner la réplique et, espère-t-il, une deuxième jeunesse devant la caméra. Mais comme dans la pièce originale de Terence Rattigan qui voit se confronter deux mondes, celui de la haute aristocratie et celui du music-hall, tout oppose les deux monstres sacrés. D’abord leurs statuts : elle est une star de cinéma qui espère devenir une grande actrice, il est un grand acteur qui aspire au rang de star. Ensuite leur jeu : l’instinct contre le métier.

my week with marilyn, michelle williams, simon curtis, kenneth branagh, dominic cooper, eddie redmayne, judi dench, derek jacobi, emma watsonCe choc des mondes et des générations se produit sous le regard bienveillant d’un tout jeune 3e assistant réalisateur, Colin Clark (Eddie Redmayne), qui, quelques décennies plus tard, tirera un livre de son expérience magnétique. Cette semaine (et quelques autres jours) avec Marilyn offre un point de vue décalé sur celle qui fut, et reste certainement, la personnalité la plus célèbre au monde, la plus mystérieuse et, pour cela-même, la plus fascinante. On n’y apprend cependant rien de plus qu’ailleurs, sinon que l’actrice était double, ou triple, ou plus encore, tantôt euphorique, souvent au bord du gouffre. Simon Curtis s’applique à reconstituer les aléas d’un tournage pour le moins compliqué (mais lequel ne l’était avec Miss Monroe ?), sans point de vue cinématographique, sinon celui de la belle image et celui de servir les acteurs, biopic oblige.

my week with marilyn, michelle williams, simon curtis, kenneth branagh, dominic cooper, eddie redmayne, judi dench, derek jacobi, emma watsonDe fait, la distribution est aux petits oignons et sauve cette bande-annonce d’un film que l’on ne verra jamais de l’ennui. Ce n’est pourtant pas Michelle Williams qui emporte le morceau. Actrice jusqu’ici oubliable, elle ne parvient jamais à transcender son modèle. Quand on pense avoir frôlé l’icône, la copie, soit par un détail physique, soit par une maladresse d’interprétation, vient rompre l’illusion. Face à elle, Kenneth Branagh excelle au contraire en Laurence Olivier, tant les deux acteurs-metteurs en scènes estampillés Shakespeare on stage ont en commun. Il y a une mise en abîme saisissante à voir Branagh fardé, vieilli, flétri au contact de la pulpeuse américaine.

Ensuite, le juvénile Eddie Redmayne a presque des senteurs de Terrence Malick époque Tree of life qu’exhalent l’innocence de ses tâches de rousseur, Judi Dench (Sybil Thorndike) impose son autorité capiteuse avec une générosité savoureuse, et Dominic Cooper (Milton Greene) n’en finit pas de promener ses allures, qui lui vont bien, de post-adolescent hystérique mal dégrossi de Mamma Mia

Au final, il reste de cette bluette clipée le désir ardent de se replonger dans Blonde, l'ouragan d'une vie inventé par l'immense Joyce Carol Oates.

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11/03/2012

Extrêmement fort et incroyablement près

extrêmement fort et incroyablement près,stephen daldry,tom hanks,sandra bullock,thomas horn,max von sydow,jeffrey wright,alexandre desplat,jamie bell,julianne moore,nicole kidman,martin scorsese,hugo cabret,billy elliot,the hours,the readerN’y aurait-il pas un léger problème avec Stephen Daldry ? Quand Billy Elliot était doté d’une énergie assez irrésistible (on en danse encore) incarnée par la stupéfiante élasticité de Jamie Bell, quand The Hours emportait le morceau grâce à un thème littéraire audacieux emprunté à Virginia Woolf, un traitement plutôt original et une interprétation en or (Julianne Moore en tête, injustement éclipsée par Nicole big nose Kidman), The Reader posait déjà les limites d’un cinéma qui semblait d’autant plus appliqué que Daldry le roulait dans un sentimentalisme un poil inconvenant eu égard au sujet (une ancienne garde de camp nazi confrontée à son passé). Ici, rebelote.

On retrouve quelques thèmes chers au cinéaste : l’enfance interpelée, le trouble des origines, le poids du souvenir et de l’absence, l’instinct de survie. Et les grands sentiments. Un parti pris possiblement courageux et à contre-courant d’une époque où cynisme et désabusement sont hissés en étendards d’un conformisme qui n’ose dire son nom. Mais comme un peintre saturerait les couleurs, le metteur en scène pousse le volume à ses extrêmes, ouvrant bien trop grandes les vannes de la machine à pleurer.

extrêmement fort et incroyablement près,stephen daldry,tom hanks,sandra bullock,thomas horn,max von sydow,jeffrey wright,alexandre desplat,jamie bell,julianne moore,nicole kidman,martin scorsese,hugo cabret,billy elliot,the hours,the readerIl y a plusieurs problèmes avec Extrêmement fort et incroyablement près. L’histoire tient à peu près la route : le parcours initiatique d’un gamin, Oscar Schell (Thomas Horn) qui ne se résout pas à la disparition tragique de son père (Tom Hanks) dans une des tours du World Trade Center le jour fatidique que l’on sait. Malheureusement, le film paraît après l’extrêmement délicat et incroyablement meilleur Hugo Cabret, de Martin Scorsese, qui déjà suivait l’enquête d’un orphelin cherchant à résoudre une énigme que son père lui avait léguée post-mortem. Ici, une clé dans une enveloppe, le nom « Black » inscrit dessus et une coupure de journal. Autre réminiscence : chez Daldry, l’investigation s’appuie sur une série de déductions logiques, à partir de listes, de classements, de croisements, aboutissant à des rencontres improbables de Black en Black identifiés dans l’annuaire de New York. Des superpositions de hasards, de coïncidences, des tranches d’humanité post-lelouchiennes qui font furieusement penser au pêle-mêle poétique d’Amélie Poulain. Bref, déjà vu.

extrêmement fort et incroyablement près,stephen daldry,tom hanks,sandra bullock,thomas horn,max von sydow,jeffrey wright,alexandre desplat,jamie bell,julianne moore,nicole kidman,martin scorsese,hugo cabret,billy elliot,the hours,the readerEnsuite, autant le jeune comédien principal incarne, physiquement et artistiquement, le fils idéal, autant le rôle qu’il endosse est insupportable. C’est là un des travers du cinéma contemporain US : par paresse peut-être ou manque d’une réelle imagination plus certainement, certains scénaristes se croient obligés de faire de leurs jeunes héros des surdoués, avec répliques et raisonnements d’adultes, plutôt que d’essayer de développer une fantaisie déductive propre à l’enfance. Billy Elliot, Hugo Cabret ont l’un une puissance, l’autre une naïveté propres à supporter un univers original qui transporte tout un contexte et tout un monde et nous font croire au merveilleux. Oscar Schell, en revanche, fait partie de ces gosses qui ont réponse à tout, sont vieux avant d’avoir vécu et dont on veut nous faire croire que la rédemption est un bout au fond à gauche du chemin de la douleur. À l’arrivée, on obtient un garçon hystérique qui s’automutile pour exprimer aux sourds et malentendants sa douleur (en un parallèle victimaire avec l’holocauste plus que douteux), handicapé d’une logorrhée suicidaire qui fait dire à son grand-père (ou plutôt écrire, le bonhomme étant muet) : « Je suis fatigué, je vais me coucher. »

extrêmement fort et incroyablement près,stephen daldry,tom hanks,sandra bullock,thomas horn,max von sydow,jeffrey wright,alexandre desplat,jamie bell,julianne moore,nicole kidman,martin scorsese,hugo cabret,billy elliot,the hours,the readerLe spectateur n’a pas cette chance, puisque le film n’en finit pas de finir comme il n’en a jamais terminé de commencer (le système « en boucle » de The Hours fonctionne à plein régime et à vide, durant 2 h 08 mn). Il reste à peine quelques poires pour la soif, comme les interprétations de Max Von Sydow ou Jeffrey Wright, qui, lorsqu’ils apparaissent, réveillent instantanément la tension d’un récit embué et englué. L’hommage aux victimes du 11 septembre s’y dissout, le film demeurant écrasé de bout en bout par un sous-texte psychanalytique aux semelles de plomb, une musique sirupeuse à souhait d’Alexandre Desplat qui surfait du Alexandre Desplat, une surcharge artistique (du cadre aux décors) écœurante comme une pâtisserie trop sucrée. Le vide en vient à terrasser le trop-plein, comme le visage multibotoxé de Sandra the mask Bullock s’impose comme une page désespérément blanche et inexpressive. Trop de notes ne peuvent dissimuler la vacuité. Extrêmement lourd et incroyablement artificiel.

20/02/2012

The Iron Lady…

…ou Comment rater son biopic en 10 leçons !

the iron lady,phyllida lloyd,meryl streep,alexandra roach,jim broadbent,ken loach,steve mcqueen,bobby sands,margaret thatcher1. Choisir un personnage antipathique (Margaret Thatcher) et essayer de faire passer pour du courage son obstination.

2. Tenter de réhabiliter l’individu (qui démantela l’industrie minière – revoir A Question of Leadership, de Ken Loach –, laissa mourir de faim et de mauvais traitements dix indépendantistes de l’IRA dont Bobby Sands – revoir Hunger de Steve McQueen –, ou envoya à l’abattoir près de 300 soldats de sa Gracieuse Majesté pour reprendre pied sur des cailloux inhospitaliers de l’hémisphère sud, les Malouines – ne rien revoir, cela n'intéresse personne) en s’apitoyant sur sa sénilité (mais surtout éviter de faire passer pour de la sénilité précoce les motivations de ses actes).

3. Donc insister sur sa sénilité tardive (elle a donné son cerveau à son pays) en bâtissant tout le film sur des bavardages épuisants échangés avec un gentil fantôme couillon, son feu mari (Jim Broadbent) et vrai réac sous ses allures de pitre.

4. Atteindre, grâce à cet artifice, le degré zéro du dialogue.

5. N’adopter aucun point de vue politique (pas partisan, politique) pour évoquer les choix et les engagements d’un homme politique (car, au fond, Margaret Thatcher n’était pas une femme mais un homme politique, mutation transgenre accomplie dans son culte absolu d'un père ultra-conservateur et au contact d’un milieu à peine moins misogyne qu’elle).

6. Faire un film partisan sous couvert de ne pas faire un film politique.

7. Utiliser le principe du flashback à outrance pour masquer un peu plus la faiblesse du scénario.

the iron lady,phyllida lloyd,meryl streep,alexandra roach,jim broadbent,ken loach,steve mcqueen,bobby sands,margaret thatcher8. Empiler les faits et les événements comme on enfile les perles (conséquence des deux points précédents) ou comme on lit Points de vue, images du monde.

9. Retenir deux actrices que tout oppose, dans le physique et dans l’interprétation, pour jouer la version sortie d’usine (Alexandra Roach, en l’occurrence sortie de l’épicerie paternelle) et la version usagée (Meryl Streep, qui mérite l’oscar de la meilleure permanente). Avantage : cette clarification des âges permet au spectateur épuisé de rattraper « l’histoire » à tout moment (si cette idée lui traverse l'esprit).

10. N’adopter surtout aucun point de vue cinématographique ni artistique, éviter de mettre en scène, rater son cadre et choisir une musique pompeuse avec beaucoup de roulements de tambours, des trompettes et des violons quand c’est triste.

Mama mia ! mais que diable sainte Meryl Streep est-elle allée faire dans cette galère ? Ah oui, empocher un nouvel Oscar. Face à un tel désastre, elle le mérite amplement.

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15/01/2012

Dans la tourmente

dans la tourmente,christophe ruggia,clovis cornillac,mathilde seigner,yvan attal,céline sallette,robert guédiguian,les neiges du kilimandjaroQu’est-il arrivé à Christophe Ruggia ? Les Diables, il y a dix ans, créait la surprise, quand Dans la tourmente suscite aujourd’hui la consternation. Le film marche d’abord péniblement sur les pas du thriller social (conflit entre personnel et direction d’entreprise), avant de bifurquer vers l’option cavale et courses-poursuites (braquage foireux avec mort d’hommes), et finit par sombrer dans l’argutie judiciaro-politique (un ministre des affaires étrangères impliqué dans un trafic d’armes). Entre les trois se pose moins une question de moyens que des problèmes de scénario et de choix artistique.

Et, surtout, rien n’est véritablement crédible. Surtout pas les motivations profondes qui poussent, du jour au lendemain, Franck (Clovis Cornillac) et Max (Yvan Attal), « amis pour la vie », à passer du statut d’ouvriers en colère à celui de dangereux malfrats. Pas plus que les revirements rocambolesques opérés par Hélène (Mathilde Seigner), l’épouse de Franck, qui ne se préoccupe d’abord que de ses enfants, puis plus du tout, songe à quitter son mari, puis le soutient aveuglément, et a, in fine, une pensée pour les travailleurs qui se sont opposés à la délocalisation de l’usine – sans qu’il ne soit jamais suggéré que l’argent issu du braquage puisse être partagé avec les ouvriers licenciés… un comble !

dans la tourmente,christophe ruggia,clovis cornillac,mathilde seigner,yvan attal,céline sallette,robert guédiguian,les neiges du kilimandjaroCar ce sont ces derniers les grands absents de cette tourmente pour le moins maladroite, dont on ne sait dans quelles sphères politiques elle baigne. Ici, au terrorisme patronal est opposé le terrorisme salarial, mais en choisissant d’inscrire son propos dans le film de genre, Ruggia prend le risque de caricaturer son sujet. Sur le même thème du désespoir qui pousse à commettre des actes irréparables contre les siens, Les Neiges du Kilimandjaro, de Robert Guédiguian, dont l’action se déroulait déjà à Marseille, apportait une proposition autrement plus féconde.

20/12/2011

Mission impossible 4 : Protocole Fantôme

Mission impossible 4 Opération Fantôme, Tom Cruise, jeremy renner, brad birdCadré, filmé, mis en scène et interprété en dessous du niveau de flottaison (seul Jeremy Renner tire à peu près son épingle du jeu), le quatrième opus de la célèbre marque rachetée par l’ex-wonder boy Tom Cruise est surtout très médiocrement écrit. De toute évidence, l’histoire a été troussée vite fait, mal fait durant la grève des scénaristes. Sinon comment expliquer cette incapacité à tenir le fil narratif plus d’un quart d’heure ? au contraire du précédent volet entièrement tendu par la quête d’une énigmatique (et qui le restera) « patte de lapin ». Ici, un code en remplace un autre dans la plus grande indifférence. Le film roule dès les premières images sur tapis roulant, téléguidé selon des poncifs passablement éculés depuis les James Bond des années 1970 et 1980 (affrontement USA-Russie sous couvert de guerre nucléaire pilotée par un savant fou…).

Tout est mis au service de la seule action, qui elle-même ne sert qu’un but : la remise sur orbite de la star autoproduite dont la splendeur a quelque peu pâli ces dernières années. A bientôt cinquante ans, Cruise, dopé à la méthode Coué, s’évertue à lutter contre le temps qui passe à l’aide de chirurgie esthétique, de musculation intensive (et dangereusement hypertrophique) et d’acrobaties plus spectaculaires les unes que les autres. Pourquoi pas, au fond.

Mission impossible 4 Opération Fantôme, Tom Cruise, jeremy renner, brad birdMais si la plupart des situations, et surtout les cascades, sont improbables – cela fait longtemps que le cinéma américain ne fait pas dans la dentelle avec l’invraisemblance de ses héros, fussent-ils simplement espions –, elles sont traitées avec une désinvolture, et même une vulgarité qui frôlent l’irrespect pour le spectateur-gogo. Or celui-ci n’est pas complètement idiot, et s’il est prêt à avaler bon nombre de couleuvres pour garantir le confort que lui apportent ce genre de superproductions potentiellement divertissantes, il souhaite quand même être traité avec des égards, ne serait-ce que ceux dus au tarif de la place de cinéma qu’il vient d’acheter. En magie, on nomme « prestige » l’artifice qui permet à rendre crédible ce qui, de toute évidence, ne peut l’être. Car, pour tout enchantement, il faut un enchanteur mais aussi un enchanté. C’est ce qui nous fait croire, par exemple, à la vérité des comités musicales. Rien de tel avec ce Protocole Fantôme (de Brad qui ? Bird) blafard et crépuslaire qui, à défaut de totalement ennuyer (suivre le trajet d’une mallette robuste et métallique dans un parking de voitures folles qui jouent au flipper peut réveiller, pourquoi pas, des plaisirs pré-pubères), ne séduit jamais. Fantôme, Cruise l’est devenu, qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

13/12/2011

Les Lyonnais

les lyonnais,olivier marchal,gérard lanvin,tcheky kario,étienne chicot,daniel duvalOlivier Marchal a vu Mesrine et Carlos, mais ses années soixante-dix à lui sont indéfectiblement empreintes des polars et films de société de cette époque, dont il s’est visiblement nourri. Il alterne entre ces deux styles sans convaincre, de même qu’il fait évoluer son récit à vingt ou trente années d’intervalle, entre les débuts du gang des Lyonnais et son épilogue, sans choisir. Du coup, le récit ne décolle pas avant une bonne heure et le défaut criant de ressemblance entre les protagonistes jeunes et vieux n’aide pas. Ça se veut neuf, mais c’est du cinéma à papa, fût-il de gauche. À vouloir effleurer cent sujets pour ne retenir qu’une banale histoire d’amitié et de trahison, Marchal rate sa cible, et sur la gamme sentimentale, et sur le plan du film d’action, et sur le registre politique (l’épisode du SAC aurait mérité un traitement moins par-dessus de la jambe).

Restent les acteurs et ce que chacun véhicule par sa propre filmographie. Le temps qui passe depuis vingt ou trente ans se mesure sans faux-semblants sur les visages et les corps de ces Lyonnais virils et hors d’âge. Gérard Lanvin (au curieux brushing poivre et sel), dont le gabarit massif et musclé s’impose dès les premières images du film, a laissé derrière lui le jeune commercial naïf et manipulé par Piccoli d’Une affaire d’hommes. Tcheky Kerio, à l’allure fatiguée, en bout de course, était au terme des années 1980 fou amoureux de Pascale Ogier dans Les Nuit de la pleine lune. Désormais lui aussi usé, mille ans dans la (toujours belle) gueule, Daniel Duval fréquentait déjà les milieux interlopes, avec une nervosité sans égale, dans La Débande aux côtés de Miou-Miou. Quant à Étienne Chicot, s’en souvient-on ? il jouait les playboys de plage dans 36 Fillette : méconnaissable, défiguré, il donne dans le film de Marchal en une scène soudainement fabuleuse, quasi mythique, toute l’ampleur d’un talent trop rarement sublimé. Que reste-t-il des Lyonnais ? Leurs vingt ou trente ans.

 

11/12/2010

Les Trois prochains jours

Les-trois-prochains-jours_01.jpgIl fait froid, les déplacements sont comptés. Ces derniers mercredis, rarement autant de films seront sortis en même temps sur les écrans. Les divertissements de Noël pour les enfants sont sur la piste de départ et des comédies françaises de bon ton tentent de se frayer une place. Mis à part le prochain Mike Leigh, tout semble un peu gelé jusqu'à l'an prochain.

Tandis que la fièvre des fêtes monte doucement en puissance malgré les temps de crise, et dans l'impossibilité de trouver le bon créneau horaire pour voir enfin Les Mystères de Lisbonne de Raul Ruiz ou Le Soldat dieu de Koji Wakamatsu, rien ne vaut un bon divertissement US pour se changer les idées, se dit-on.
La bonne bouille de Russel Crowe produit toujours approximativement le même effet : l'assurance, au pire, d'un scénario efficace, pas trop lénifiant, dont l'acteur arrive toujours à tirer le meilleur. De plus, Les Trois prochains jours est adapté d'un bon film français, Pour elle, de Fred Cavayé dont À bout portant est actuellement projeté sur les écrans. Mais, une fois n'est pas coutume, l'adaptation américaine s'avère sensiblement en retrait par rapport à l'original.

3PJ.jpgQuoique les effets soient mesurés, Paul Haggis (adaptateur et metteur en scène, mais le sensible Dans la vallée d'Elah semble loin) surenchérit inutilement dans le spectaculaire des actions et des enchaînements, au risque d'effriter la crédibilité du sujet. Les ficelles sont plus grosses, les flashbacks poussifs et mal filmés, les rôles stéréotypés, la tentation du super héros, avec l'image duquel la surcharge pondérale de Russel Crowe rentre en contradiction lors des passages sportifs, finit de rendre toutes les issues prévisibles, alors que dans Pour elle, le suspens sobrement tendu s'imposait jusqu'au dénouement ultime. D'ailleurs, le changement de titre révèle les intentions de la nouvelle production. Quand Pour elle concentrait l'intérêt du film sur l'amour fou conduisant un époux tranquille (Vincent Lindon/Russel Crowe) à se transformer en justicier solitaire pour sauver sa femme (Diane Kruger/Elisabeth Banks) d'une erreur judiciaire, on y croyait. Au contraire, Les Trois prochains jours se limite à libérer les jours, les heures, puis les secondes d'un compte à rebours convenu dont on finit par oublier et le motif et le mobile.

31/10/2010

The American

Thea1.jpgCouleur locale oblige, l’inévitable course-poursuite de The American se déroule en vespa parmi l’entrelacs de ruelles d’un pittoresque village des Abruzzes.
Tout le film est à l’encan : clichés et petite vitesse. George Clooney y interprète mollement, avec sa classe habituelle, un tueur à gages en fin de partie, obligé de se mettre au vert dans la campagne italienne après un guet-apens manqué en Suède. Il se méfie de son contact Larry, mais insuffisamment et accepte un ultime contrat : fabriquer une arme d’élite qu’il doit livrer à un agent de liaison féminin, apparemment très préoccupée par ses tenues vestimentaires et non dénuée d’une certaine audace capillaire. Quelle est donc la mystérieuse cible que l’amazone blonde doit éliminer ?

Thea2.jpgSeul Jack/Edward (le mystère ne cesse de planer sur l’identité du bonhomme) semble l’ignorer. Ses principales préoccupations consistent en effet à se faire remarquer de tout le village (« L’Americano ! ») en arpentant inlassablement les venelles tortueuses ou en soupirant devant un café allongé (ou un nespresso). Parfois, il discute avec le perspicace curé local, lui-même détenteur d’un épineux secret. De guerre lasse, il s’amourache d’une piquante prostituée. Seconde nature dans sa profession, il s’en méfie naturellement – trop beau pour être vrai, pense-t-il, dans la mesure où il a flingué froidement, dans les première secondes du film, la femme qu’il aimait –, donnant lieu à une ribambelle de plans et d’expressions convenus sensés semer le doute dans l’esprit, passablement ralenti, du spectateur. Bref, le film ne décolle jamais de ce conformisme de bon aloi. Si Anton Corbijn prend tout le temps d’installer son personnage, c’est en définitive pour ne rien montrer de particulier, sinon des cartes postales de l’Italie ou des poncifs du film de genre. De faux rebondissements en fausses surprises, l’ennui s’installe. Et, cerise sur le gâteau, il pleut tout le temps.

 

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19/09/2010

Happy Few

HF1.jpgHum, hum… L’amour à quatre, c’est bon, mais l’amour à quatre, ça n’a pas que du bon. Telle est l’inéquation renversante que s’applique à démontrer vaillamment Happy Few. À l’image d’un titre qui ne veut pas dire grand chose mais qui sonne bien, le second long métrage d’Antony Cordier (après le convaincant Douches froides) est assez futile et passablement ennuyeux.

Sous des apparences transgressives – échangisme consenti entre un couple de quarantenaires et un autre de trentenaires : on a vu ça cent fois –, il s’avère au mieux convenu, au pire comique. Trois scènes sont particulièrement amusantes. Celle des téléphones mobiles où chaque partenaire d’ébats fait écouter à l’autre les bruits secrets de son environnement immédiat vaut doit se faire mordre les doigts les communiquants d'Air France : d’un côté, une salle de gymnastique où l’on entend des sportifs ahaner ; de l’autre, les cigales et les fourmis, nos amies du jardin, ou le son d’un moteur d’avion dans le ciel, très très haut. Pour la sensualité à fleur d’épiderme, voir la partouze à base de farine de blé complet. Enfin, rayon grosse colère, Roschdy Zem fracasse à coups de hache la table de ping-pong des jours heureux.

N'en jetons plus. Cette histoire qui n’en est pas vraiment une, avec des problèmes qui n’en sont pas vraiment, égoïste (Vincent, Franck, Rachel, Teri mais pas les autres, notamment les enfants au fait !), nombriliste et endogamique, tourne en rond sans savoir comment s’arrêter dès la première demi-heure. Pourtant, c’est bien filmé, pas mal joué (Marina Foïs domine haut la main le casting, tandis que Duvauchelle se contente de son minimalisme coutumier, une marque déposée), ça a presque (sauf les dialogues, cocasses à force de brasser du vent) tout pour fonctionner, mais non, ça ne prend pas. Va savoir ce qui manque ? Du style, peut-être.

 

18/09/2010

Le Dernier Exorcisme

Dex.jpgHum, hum, oui, dans un mouvement de grande faiblesse on est allé voir ça. Rien de déshonorant, il y a toujours pire ailleurs, mais bon…
En réalité, on sait très bien que la mode des « films à caméra subjective destinés à impliquer le spectateur dans le climat d’angoisse terrifiant qui enserre les personnages » (en gros : les blaireaux sur l’écran, ce pourrait être nous) n’a rien donné de vraiment bon, sinon pour les réalisateurs et producteurs malins qui se sont emparés de la chose. De fait, niveau box office, ça marche. Depuis l’ennuyeux Blair Witch Project (et si l’on retire de la catégorie l’excellent District 9, qui était en fait une parodie du genre), seul le premier Rec a rempli sa mission de suspens efficace. Ce sont des sensations primaires, qui renvoient aux montées d’adrénaline des manèges de foires aux plaisirs.

Rien de tel dans Le Dernier Exorcisme, où il ne se passe pas grand chose. Pas grand chose à signaler non plus, sinon que le long métrage de Daniel Stamm se croit encore plus malin que les autres : son personnage principal est en effet un pasteur évangéliste (Patrick Fabian, un acteur tv insupportable) sans la foi mais pragmatique (puisque ça marche, pourquoi s’en priver ?), qui fait son job comme un vendeur de téléachat, parce qu’il est tombé dedans quand il était petit. Sur un prétexte idiot, il convie une équipe de documentaristes paresseux (leur rôle se borne à tenir la caméra et la perche son) à un vrai faux exorcisme, dont il veut démonter le mensonge en révélant sa propre duplicité. Mouais… un peu tiré par les cheveux, le truc, mais bon… Sauf que tel est pris qui croyait prendre. Mélangez une bonne dose de vampirisme, une pincée de viol, un soupçon d’inceste, sans doute des relents de consanguinité, une bonne quantité de dérèglement hormonal, autant de dérangement psychiatrique et une fricassée de communauté satanique, vous obtiendrez un bouillon de culture mainstrean sans grande saveur et passablement indigeste. De quoi donner le goût de revoir les premiers Exorciste de Friedkin et Boorman.

09/09/2010

Cellule 211

Celle.jpgJuan Oliver (Alberto Amman) est un maton débutant qui, par un concours de circonstances idiot, se trouve incarcéré au milieu de détenus alors que ceux-ci entament une mutinerie. Pour éviter d’être pris en otage, il se fait passer pour l’un d’eux, ne tardant pas à gagner la confiance de leur leader, le muy viril Malamadre (Luis Tosar). L’argument, qui aurait pu donner lieu à un développement intéressant sur la dissimulation façon Infiltrés (puisque d’autres taupes se nichent parmi les prisonniers comme parmi les agents pénitentiaires), est cependant mis au service d’une basique surenchère exponentielle (oui, cela existe) dans la violence. Toute tentative de rhétorique est systématiquement tuée dans l’œuf au bénéfice d’un recours gratuit à l’action hystérique et testostéronée (oui, cela existe). Le metteur en scène (Daniel Monzón) et ses scénaristes ont vu Oz mais n’en ont retenu que l’exacerbation des positions.
Sans doute le prétexte était-il de montrer comment le système carcéral engendre des criminels, mais on n’ose imaginer qu’il ait pu s’agir de dénoncer réellement les conditions de détention. Ou bien – ce qui est fort plausible – baigne-t-on en plein cynisme, car l'unique enjeu du film consiste à en ficher plein la vue avec des situations toutes plus caricaturales les unes que les autres (tout y est : les clans, le portable dissimulé, la drogue, l’homosexualité, les familles des détenus, le pleutre directeur de prison, les atermoiements du gouvernement, un méchant maton va-t’en-guerre, seule manque la scène de douches à oilpé), pour remporter le maximum de blé à la sortie. L’exercice a été vraisemblablement réussi haut la main au regard du nombre d’entrées obtenue par cette production espagnole. Mais que le film ait pu faire la razzia à la dernière cérémonie des Goya laisse pantois.

08/09/2010

Salt

salt.jpgSalt est à ranger bien au fond dans le bas du panier de la production hollywoodienne. La mise en scène est un copié-collé raté de ce qui se fait de plus standard dans le film d'action, avec le tunnel inévitable de la course-poursuite. Seule originalité, le type qui fait des cascades sans se chopper la moindre courbature est une fille. Le scénario, qui dans les furtifs meilleurs moments fait penser au Manchurian Candidate, n'est pas digne d'une rédaction de collégien. D'emblée, on sait qu'Angelina Jolie, star internationale, ne peut tenir le rôle d'une méchante (or tout le film repose sur cette seule ambiguïté). Reste donc à trouver le bad guy : c'est là que l'on se souvient de la vedette – mais pas une star, cela tombe bien – qui a joué la "taupe malgré lui" dans Un crime dans la tête, le remake du film de John Frankenheimer. Mais c'est bien sûr !… Ensuite, on regarde sa montre. Mais on peut aussi sortir de la salle sans regret, tout en se promettant de ne surtout pas aller voir la suite, même en cas de profond désœuvrement (et même si cela fait parfois du bien de voir des nanars).

31/07/2010

Millénium 3. La Reine dans le palais des courants d'air

M3.jpgPar quel bout prendre ce troisième Millénium ? Difficile de se prononcer sur l'adaptation quand on n'a pas lu la trilogie de Stieg Larrson. L'histoire retient un peu plus l'attention que dans le précédent opus, qui faisait avaler quelques belles couleuvres. Un point commun entre ces deux épisodes toutefois, et de taille : ils ont tous deux été dirigés par Daniel Alfredson. D'où cette pâle conformité esthétique et rythmique, d'où cette impression de ne pas être vraiment concerné par ce qui se déroule sur l'écran, malgré un scénario assez complexe qui mêle politique, enquête policière, viol (mais pas inceste), drame familial, vie d'un journal vue de l'intérieur, tensions psychologiques, chantage, tueur en série psychopathe, aliénation mentale, procès (à huis clos), corruption de hauts fonctionnaires, affaire d'État… N'en jetez plus.

Le premier volet, confié à Niels Arden Oplev, révélait des ambitions autrement plus élevées que cette fidélité bornée à l'œuvre d'origine et ce vernis télévisuel et visiblement fauché qui sent la soupe tiède. Étrange parcours que celle de cette trilogie cinématographique, que les Suédois ont voulu se préserver. Pourquoi avoir changé de metteur en scène en cours de route ? De fait, la distribution des deux derniers volets s'en est ressentie, les films sortant dans l'indifférence la plus totale et récoltant échec sur échec, alors que la France compte, après la Suède, le plus grand nombre de lecteurs de Millénium (toujours pas sorti en livre de poche, c'est dire que l'affaire est rentable). Au final, il en résulte de la bouillie pour petit écran que même la complexité de l'histoire ne parvient pas à faire tenir. Manque à tout cela un certain savoir faire (ne serait-ce qu'au niveau de la production), comme quand Josée Dayan adaptait (mais directement pour la télé) Fred Vargas. Le film de genre, traditionnellement sous-estimé, nécessite un vrai talant pour être crédible, à moins de viser le pastiche.
Bref, il ne reste plus qu'à attendre la version annoncée de David Fincher pour tenter de se convaincre de lire les best-sellers de Larrson et, peut-être, d'en percer l'énigme des titres.

28/07/2010

Sagan

Sagan1.jpgJe n’avais pas du tout aimé le Sagan au cinéma, mal fait, mal fini, de toute évidence constitué de morceaux décollés de la version longue et mal recollés. Autour de moi, les avis étaient partagés, surtout concernant la matrice télé en deux épisodes. Le personnage de Françoise Sagan n’étant pas antipathique, j’en avais nourri un vague (très vague, très très vague) remords. Les hasards de l’été m'ont mis sur le chemin du dvd collector (et pourquoi pas redux ?). En cette période de forte chaleur, de grillades et de vin rosé servi frappé, ce type de divertissement paraît approprié : un biopic bien de chez nous, sans enjeu psychologisant quelconque, une sorte d’Année des méduses sans play boy ni nymphette, mais avec Françoise Verny et Jacques Chazot en prime, dans le ton et en même temps à peine décalé. Quelque chose d'incoséquent et dont on n’a même pas honte…

D’emblée, il ressort que la version télé tient un peu mieux la route (sans mauvais jeu de mot) et confirme mon opinion de son ersatz cinématographique qui n’aurait jamais dû voir le jour. C’est clairement du petit écran : reconstitution à point, emboîtage de scènes, dialogues passables, respect de la chronologie, acteurs service minimum (lire plus bas ceci dit), tout y est. Il y a du soin, reconnaissons-le (de la qualité française, comme on disait autrefois). Et autant de clichés à la clé. Sagan n’était pas une révolutionnaire, sa « petite musique » la poursuit donc très logiquement au-delà de la tombe. Ni plus, ni moins.

Sagan3.jpgMéritait-elle néanmoins tant de paresse artistique et de tiédeur intellectuelle ? Diane Kurys a choisi l’option minimale du diaporama alerte, pimenté de bons mots comme on persillade la viande chez Rohmer. La comparaison s’arrête là. Il n’y a pas de quoi être outragé (j’avoue quand même n’avoir pu aller au bout des 2 x 90 mn, ça s’étire, ça s’étire et on finit par s’endormir : finalement, il faisait trop chaud, même la nuit tombée). Pas de quoi non plus être satisfait.
Parlons des acteurs par exemple. Il y a ceux, telle Adjani, qui, sans direction sombrent invariablement dans leurs travers (en l’occurrence le surjeu). Et il y a les metteurs en scène qui ne savent pas diriger. Kurys en fait partie. Dans Coup de foudre, son seul bon film, Huppert, Miou-Miou, Cluzet et Marchand lui menaient la dragée haute, elle n’y a vu que du feu. Dans Sagan, tout le monde a renoncé, ou n’a pas pu. Testud est emprisonnée dans son imitation mécanique de l’écrivaine. Palmade est définitivement mauvais. Galliene est à la peine. Dombasle, c’est bien connu, depuis Pauline à la plage (Rohmer déjà), n’a qu’une seule corde à son arc et en abuse : c’est dire qu’elle ne joue pas (de la même manière qu’elle ne chante pas, tout ça c’est marketing et poudre de perlimpinpin).

Sagan2.jpgSeule Jeanne Balibar sort remarquablement du lot. Sans doute a-t-elle décidé de rire de ce naufrage plutôt que de sombrer avec le reste de l’équipage. À la fois classe, drôle, intelligente, haut perchée et sourire de petite souris, sublime et envoûtante, et la seconde d'après à la limite du trivial, elle déploie une variété généreuse et réjouissante de nuances. Elle gagne là ses galons pour Absolutly Fabulous. Quand elle apparaît, on sent le souffle d’intelligence et de pétillance qui a dû animer ce petit groupe de snobinards désabusés constitué autour de Sagan de Peggy Roche, Chazot, Bernard Franck, Florence Malraux… Quand elle disparaît, il n’y a plus rien. C’est évident, Sagan meurt avec elle, son grand amour, le reste, la fin médiocre et vulgaire (merci Dombasle), on s’en moque. Balibar a tout compris. La fête est finie.

25/07/2010

Inception

existenz-affiche_5367_7167.jpgDavid Cronenberg pourrait légitimement demander des droits d'auteur pour Inception. Mais comme Christopher Nolan est malin, il a pris soin de dissimuler eXistenZ dans un savant verbiage qui rend le sujet plus complexe qu'il n'y paraît. D'ailleurs, en permanence le spectateur se croit à la remorque d'un film qui ajoute à la cascade de substrats techniques et para-machinchose un rythme généralement survitaminé et un apparat visuel à forte dose d'effets spéciaux qui lui en bouchent un coin (celui qui reste). Si le tout n'était mis en œuvre avec une évidente maestria (à laquelle participe l'interprétation impeccable de la star masculine), il ne serait pas injuste de dénoncer une opération d'enfumage manifeste. Ou comment la réthorique fait sens.

Car, au fond, de quoi s'agit-il sinon de broder sur un thème vieux comme le monde, celui de l'interprétation des rêves et, partant, de l'influence réciproque entre imaginaire et pensée, entre illusion et idée, entre chimère et réalité. En 1999, Cronenberg en a conçu un film pionnier et désormais culte, accordant au jeu – qui dépassait alors le stade du divertissement pour accéder au rang de phénomène culturel –, une place centrale, puisque la créatrice Allegra Geller inventait un dispositif, baptisé eXistenZ, directement connecté au système nerveux du pratiquant. Endormi, celui-ci accédait à une réalité trouble où se mêlaient des paramètres issus de son subconscient mêlés à ceux des autres joueurs auxquels il était relié physiquement à l'aide d'un pode sensible à la masturbation. Le pode, qui avait tout l'air d'une sorte de membre reproducteur, pouvait néanmoins être endommagé et produire des infections susceptibles de corrompre la partie mais aussi la santé, voire engager le pronostic vital, du participant. D'"infection" à "inception", il n'y a qu'une lettre et qu'un pas.

19476654.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100713_043910.jpgLes similitudes entre les deux processus sont flagrantes, à la différence toutefois que Nolan évite toute corruption d'ordre physique, laissant donc à Cronenberg son obsession du corps-stigmate. Partant, il cantonne son propos à un jeu de constructions mécaniques, ou d'emboîtements de rêves, certes de haut vol mais qui en limite les enjeux. On est et on reste dans le divertissement astucieux et, paradoxe, alors que les principaux protagonistes d'Inception sont des architectes brillants qui ont le loisir et le pouvoir d'inventer l'architecture de leurs rêves, ils se bornent à dupliquer ou compliquer des styles existants. Il n'y a jamais, nulle part, l'ombre d'une création un peu innovante. Loin des Surréalistes, on le voit, loin du "chercheur dort" de Cocteau aussi.

NB : Il est également assez troublant de retrouver Leonardo DiCaprio dans un rôle assez proche du Teddy Daniels de Shutter Island, dont l'esprit était déjà abandonné entre deux réalités au cœur desquelles, comme ici, se trouvait le personnage de sa femme.

10/04/2010

Le Choc des Titans

ChocTitans.pngCertes, la version de Desmond Devis, en 1981, n'était pas vraiment un chef-d'œuvre, mais elle véhiculait un charme enfantin assez entêtant, quand Le Choc des Titans 2010 reste au stade du produit bas de gamme. Alors que la trilogie du Seigneur des anneaux a assuré en grandes pompes le revival de l'heroïc fantasy, ou même que le péplum a récemment retrouvé ses lettres de noblesse (Agora, Gladiator), le film de Leterrier ne tient même pas la comparaison avec 300, allant jusqu'à faire regretter le bon vieux temps des interminables Conan. Bref, il ne ressemble à rien, en pire. Filmé avec le coude (la signature reconnue du metteur en scène du Transporteur), il accumule les scènes déjà vues cent fois ailleurs et le plus souvent en mieux, si bien qu'il ne génère à aucun instant la moindre once de suspens (sans compter que toutes les saillies humouristiques, de toute évidence inspirées d'Asterix, tombent piteusement à plat).
Mais l'indifférence trouve en chemin une redoutable concurrence, puisque les créateurs de ce film se sont donné pour mission de rendre tout laid. À ce titre, les scènes de l'Olympe sont particulièrement gratinées, affublées d'une esthétique manga de supermarché (rendez-nous Zardoz !). Les monstres ont l'air tout droit sortis d'une boîte de Playmobil gore, avec mention spéciale pour les Djinns et les horrrrrribles Sorcières imaginés par le fils caché de Philippe Druillet et Leonor Fini. Liam Neeson fait les gros yeux, Ralph Fiennes fait les très très gros yeux (normal, c'est Hadès), Mads Mikkelsen tire la gueule, et Sam Worthington, comme à son habitude, s'ennuie. Bête, méchant et vilain. Mauvais trip.

02/04/2010

Soul Kitchen

SoulKitchen1.pngSoul Kitchen est un resto installé dans un ancien entrepôt de la périphérie de Hambourg. Zinos Kazantzakis en est le propriétaire, gérant et cuisinier : il sert une cuisine sans saveur à une clientèle populaire qui se satisfait de menus poissons panés-bière. À leur image, le mobilier a été chiné chez Emmaüs.
D'emblée, tout bascule quand la fiancée de Zinos, une journaliste issue de la bonne bourgeoisie locale, entreprend de quitter l'Allemagne pour devenir reporter à Shangaï. Tandis que Zinos réfléchit à la possibilité de la rejoindre, d'autres destins viennent inscrire leur nom sur l'ardoise du menu de Soul Kitchen : le frère Kazantakis (Moritz Bleitrbeu), qui sort de prison sans vraiment le désir de retrouver une vie équilibrée (c'est un indécrottable parieur et voleur à la petite semaine) ; un chef brillant mais rosse interprété par Biro Unel (acteur fériche de Fatih Akin), récemment viré par son employeur pour incompatibilité radicale d'humeur ; une jeune serveuse aux faux airs d'Anna Karina qui squatte un loft de luxe sur les bords de l'Elbe, et un vieillard irascible qui loue (à l'œil) une partie contiguë au restaurant pour retaper son bateau. Tout ce gentil petit monde évolue au gré des atermoiements de Zinos (y vais-je ? n'y vais-je pas ?) et des embrouilles financières qui pèsent sur le restaurant.

SoulKitchen2.pngOn ne sait d'ailleurs pas trop bien où veut aller le metteur en scène qui, sans rater sa première expérience de comédie, notamment grâce à un talent confirmé de mise en scène, ne convainc guère… Les gentils ont des têtes de gentils, les méchants ont des têtes de méchants, et l'on devine sans peine assez vite comment tout cela finira. Alors quoi ? S'agit-il d'une critique en creux de la transformation immobilière et sociale de l'Allemagne, les quartiers populaires devenant la proie des prédateurs fonciers ? Une salve contre l'argent-roi ? Une réflexion sur le désarroi de la génération des trentenaires (et au passage une étude de la boboïsation des sociétés occidentales) ? Un plaidoyer en faveur de la Nouvelle cuisine ? Une charge contre les canons habituels de la mode (coupes de cheveux, ligne vestimentaire, refus du régime) ? Tout simplement un portrait de groupe avec filles pâles ? Rien n'est vraiment sûr, et rien, non plus, n'est tout à fait déplaisant dans Soul Kitchen. Même l'humour allemand, réputé inexportable outre-Rhin (et vice versa ?), s'avère supportable, à l'exception, peut-être, de la séance d'extase collective sous effets aphrodisiaques que, depuis au moins Le Parfum (qui semblait déjà archaïque), on pensait ne plus avoir à subir. Reste que, Fatih Akin ne serait pas aux manettes, on prêterait sans doute moins d'attention à cet aimable, mais tiède (quand Head-On et De l'autre côté étaient brûlants) Soul Kitchen.