09/05/2013
Catherine Deneuve, le retour de Potiche
Rayon pas très gay, ni très frais : Potiche Deneuve hostile au mariage pour tous.
Les bourgeois, plus ça devient vieux…
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| Tags : catherine deneuve |
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08/05/2012
The Dictator à François Hollande
François Hollande a un nouvel ami, le général Aladeen (Sacha Baron Cohen), The Dictator du film de Larry Charles sur les écrans en juin.
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01/05/2012
Fête du travail
La Sortie de l'usine Lumière à Lyon, par Louis Lumière (1895).
Le Dernier des Hommes, de Friedrich Wilhelm Murnau (1924), avec Emil Jannings.
Farrebique, de Georges Rouquier (1948).
Rendez-vous sur les quais, de Paul Carpita (1953).
L'Arbre aux sabots, d'Ermanno Olmi (1978).
Norma Rae, de Martin Ritt (1979), avec Sally Field et Beau Bridges.
Passion, de Jean-Luc Godard (1982), avec Michel Piccoli, Isabelle Huppert, Jerzy Radziwilowicz, Hanna Schygulla.
Biquefarre (1983), de Georges Rouquier.
Riff-Raff, de Ken Loach (1990), avec Robert Carlisle.
Ressources humaines, de Laurent Cantet (1999), avec Jalil Lespert.
Rosetta, de Jean-Pierre et Luc Dardenne (1999), avec Émilie Duquenne.
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| Tags : louis lumière, le dernier des hommes, friedrich wilhelm murnau, emil jannings, farrebique, passion, jean-luc godard, isabelle huppert, michel piccoli, hanna schygulla, jerzy radziwilowicz, ermanno olmi, l'arbre aux sabots, norma rae, martin ritt, sally field, beau bridges, biquefarre, georges rouquier, ressources humaines, laurent cantet, jalil lespert, rendez-vous sur les quais, paul carpita, dardenne, émilie duquenne, ken loach, robert carlisle, riff-raff |
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23/03/2012
Pendant ce temps-là, au Pays des Soviets…
… Il n'a échappé à personne que Vladimir Poutime avait été réélu Président.
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20/02/2012
The Iron Lady…
…ou Comment rater son biopic en 10 leçons !
1. Choisir un personnage antipathique (Margaret Thatcher) et essayer de faire passer pour du courage son obstination.
2. Tenter de réhabiliter l’individu (qui démantela l’industrie minière – revoir A Question of Leadership, de Ken Loach –, laissa mourir de faim et de mauvais traitements dix indépendantistes de l’IRA dont Bobby Sands – revoir Hunger de Steve McQueen –, ou envoya à l’abattoir près de 300 soldats de sa Gracieuse Majesté pour reprendre pied sur des cailloux inhospitaliers de l’hémisphère sud, les Malouines – ne rien revoir, cela n'intéresse personne) en s’apitoyant sur sa sénilité (mais surtout éviter de faire passer pour de la sénilité précoce les motivations de ses actes).
3. Donc insister sur sa sénilité tardive (elle a donné son cerveau à son pays) en bâtissant tout le film sur des bavardages épuisants échangés avec un gentil fantôme couillon, son feu mari (Jim Broadbent) et vrai réac sous ses allures de pitre.
4. Atteindre, grâce à cet artifice, le degré zéro du dialogue.
5. N’adopter aucun point de vue politique (pas partisan, politique) pour évoquer les choix et les engagements d’un homme politique (car, au fond, Margaret Thatcher n’était pas une femme mais un homme politique, mutation transgenre accomplie dans son culte absolu d'un père ultra-conservateur et au contact d’un milieu à peine moins misogyne qu’elle).
6. Faire un film partisan sous couvert de ne pas faire un film politique.
7. Utiliser le principe du flashback à outrance pour masquer un peu plus la faiblesse du scénario.
8. Empiler les faits et les événements comme on enfile les perles (conséquence des deux points précédents) ou comme on lit Points de vue, images du monde.
9. Retenir deux actrices que tout oppose, dans le physique et dans l’interprétation, pour jouer la version sortie d’usine (Alexandra Roach, en l’occurrence sortie de l’épicerie paternelle) et la version usagée (Meryl Streep, qui mérite l’oscar de la meilleure permanente). Avantage : cette clarification des âges permet au spectateur épuisé de rattraper « l’histoire » à tout moment (si cette idée lui traverse l'esprit).
10. N’adopter surtout aucun point de vue cinématographique ni artistique, éviter de mettre en scène, rater son cadre et choisir une musique pompeuse avec beaucoup de roulements de tambours, des trompettes et des violons quand c’est triste.
Mama mia ! mais que diable sainte Meryl Streep est-elle allée faire dans cette galère ? Ah oui, empocher un nouvel Oscar. Face à un tel désastre, elle le mérite amplement.




18:24 Publié dans On n'y voit rien, Points de vue, images du monde, Sorties 2012 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : the iron lady, phyllida lloyd, meryl streep, alexandra roach, jim broadbent, ken loach, steve mcqueen, bobby sands, margaret thatcher |
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22/12/2011
Un lamento nord-coréen
C'est pas du cinéma…
Rappelons que le défunt dictateur Kim Jong-il était (nous susurre la biographie officielle) un cinéphile averti, grand amateur, en particulier, de films d'action, avec une prédilection pour James Bond et Jean-Claude Van Damme. Le nec et parfois l'ultra.
Au début, cela amuse, puis cela fait franchement froid dans le dos.
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| Tags : corée du nord, kim jong-il, james bond, jean-claude van damme |
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22/08/2010
Michael Winterbottom
Il n’est pas très bien vu en France de surprendre. Chacun dans sa case. Un cinéaste qui, tel Michael Winterbottom, explore à peu près à chaque film un nouveau genre, « papillonne » (il faut comprendre que ce n’est pas un compliment) pour Le Monde, fait preuve d’un « style passe-partout habilement déguisé en savoir-faire » pour les inénarrables Cahiers du Cinéma ou, ailleurs encore, s’avère « plein d’idées mais sans style », etc. (florilège de critiques accueillant l’excellent Devil inside me).
Il en va ainsi des cinéastes qui se refusent à suivre des lignes bien claires ou des chemins tout tracés, facilement identifiables, qui, plutôt que de décliner inlassablement les mêmes obsessions selon des modes établis, s’affirment dans la diversion et dans la différence (mais, évidemment, cela demande quelques efforts à la critique). Pourquoi pas ? Car il faut être aveugle ou considérer le cinéma comme du travail à la chaîne pour ne pas être frappé par le sens de l’image, l’intelligence du récit et du montage dont fait preuve, dans chacun de ses longs métrages, y compris les moins accomplis, Winterbottom. Il est tout de même assez surprenant de constater que la curiosité est considérée ici, en France, comme un vilain défaut (François Ozon est d’ailleurs logé à la même enseigne, comme ce fut le cas, au choix, pour Barbet Schroeter ou Jonathan Demme), puisqu’il est dénié au réalisateur de s’intéresser aussi bien à une tueuse en série lesbienne (Butterfly Kiss), à la littérature de Thomas Hardy (Jude) au western (Redemption), au mouvement punk (24 Party People), aux réfugiés afghans (In this world), au journaliste Daniel Pearl (Un cœur invaincu), au vide laissé par la disparition d’une mère (Un été italien), pour ne citer que quelques uns de ses très grands films.
Le « circulez, y’a rien à voir » de rigueur, évite par ailleurs aux commentateurs blasés de s’intéresser à l’œuvre, à sa façon, à son articulation, à son cadre, à sa direction d’acteurs, à son mouvement. Il faudra m’expliquer en quoi Christopher Nolan serait plus doué, plus stylé (le style, c’est précisément ce qui ne se voit pas) et moins putassier que Winterbottom. C’est en fait une question de mode et de paresse du regard. L’un flatte nos penchants régressifs, l’autre propose un cinéma adulte, ce qui ne veut pas dire roboratif pour autant… Winterbottom est sans doute un des cinéastes les plus excitants parmi ceux apparus ces quinze dernières années. Son insatiable curiosité fait qu’il a toujours un coup d’avance.
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03/08/2010
French Cancan
On se moque généralement de l’Italie de Berlusconi mais, ces derniers temps, la France ne sent pas très bon de la bouche. Des contrôles fiscaux vont être diligentés auprès des Gens du voyage (mais pas chez Liliane Bettencourt, sans domicile vraiment fixe – du moins à sa propre connaissance – entre la Suisse et l’île d’Arros), la moitié des Roms vont être reconduits à la frontière manu militari (du moins le dit-on), les parents de délinquants pourront écoper de deux ans de prison et les criminels se verront déchoir de la nationalité française (lesquels ? les naturalisés ou les fils d'étrangers ? ou les petits-fils ? ou les arrière-petits-fils ?). Pendant ce temps, le ministre Woerth se demande toujours en quoi il a fauté (« Je vous jure, Madame, s’évertuait à répéter en toute bonne foi Marie-Thérèse dans La Vie est un long fleuve tranquille, j’ai point couché ! »). Les pauvres trinquent et les riches aussi, mais pas dans le même sens du terme. Bref, ce n’est plus sombrer dans l’outrance que de considérer que ça sent son Vichy (pas le Célestin, l’autre) à plein nez.
French Cancan est le deuxième film que Jean Renoir réalise en France, après quinze ans d’exil volontaire aux États-Unis. Ce cinéaste engagé, proche des milieux communistes, mais humaniste avant tout, a quitté l’Europe en 1940. Le sujet s’inspire de la création du Moulin Rouge, salle de spectacles parisienne construite en 1889 au pied de Montmartre et dont la grande réussite s’appuie notamment sur la réinterprétation d’une danse, le chahut-cancan, popularisée dans les cabarets au début du 19° siècle, transformée pour le grand public et les touristes en french cancan, avec le succès que l’on sait. Dans le film, Henri Danglard (Jean Gabin) est l’initiateur de cette métamorphose. Déjà propriétaire d’une salle à Montmartre, le Paravent chinois, mais criblé de dettes et visiblement las de l’existence qu’il mène au sein du petit groupe de grands bourgeois désœuvrés et cyniques qui le suivent partout, il s’entiche d’une jeune blanchisseuse découverte un soir dans un bastringue.
C’est une très belle scène où la communauté des parvenus vient se mêler à celle du peuple : le décalage vestimentaire n’est guère perceptible aux yeux du spectateur contemporain. Néanmoins, la gêne se ressent, et pas seulement à travers les attitudes et les réflexions que ne manquent pas de proférer les mondains. Dans l’ambiance de fête, s’insinue un décalage imperceptible mais prégnant, dont on ne sait à ce moment-là s’il va ronger, envenimer ou délivrer les protagonistes. Quelque chose qui suggère, mais avec moins de violence, l’irruption du danseur masqué dans le premier épisode du Plaisir de Marcel Ophuls (réalisé trois ans plus tôt seulement, en 1952). Ici aussi, les masques vont tomber, révélant les vrais visages, soulageant les cœurs, annonçant les drames. La danse en son palais a ce pouvoir de libérer et de mettre à nu, en dehors de tout langage vraiment construit. Et, de ce point de vue, le french cancan, dans sa furie presque hystérique, n’est pas sans rappeler l’état second de la transe.
À partir de cette scène, toutes les conformités relationnelles se dénouent pour en formuler d’autres. Danglard s’entiche de Nini (Françoise Arnoul), la petite blanchisseuse, dont l’ardeur et la jeunesse lui redonnent l’inspiration alors que ses affaires vont mal. Nini délaisse son prétendant, Paulo, qui est boulanger, issu du même milieu qu’elle, tandis que Danglard se sépare de sa maîtresse, la Belle Abbesse (Maria Felix), la vedette du Paravent Chinois, qui se fait par ailleurs entretenir par le baron Adrien Walter. Nini est également courtisée par un prince oriental romantique (Gianni Esposito), mais son cœur appartient à Danglard qui, quoique nettement plus âgé qu’elle, revendique haut et fort sa propre liberté.
Ces péripéties sentimentales constituent la trame d’un récit dont la toile de fond est constituée par les vicissitudes financières qui tantôt accablent, tantôt secourent le promoteur opiniâtre mais pragmatique du Moulin Rouge (inutile de préciser que, dans ce rôle, Jean Gabin est parfait, tendre et ferme, presque cabotin). La « comédie musicale » (outre les numéros de french cancan, Philippe Clay y fait notamment sa première apparition cinématographique avec plusieurs interprétations chantées et drolatiques) est entièrement tournée en studios (les décors sont de Max Douy, un des plus grands décorateurs français), ce qui ajoute à la dimension de fable cruelle. Car si les retournements de situation sont nombreux, si les caprices de Nini et les colères de la Belle Abbesse relèvent du vaudeville, si le sujet même du film est mené sur le ton d’une élégante success story, si, enfin, tout l’ensemble est porté par l’élan vital du french cancan, le film demeure en filigrane un conte amer.
Les classes se mélangent, certes, mais l’espace d’un soir. Le lendemain, les conventions l’emportent généralement sur les illusions de la veille. Danglard et Nini doivent lutter pour préserver leur relation, occasionnant à leur tour l’affliction de leur entourage : Paulo souffre de dépit amoureux et le prince oriental, qui tente de mettre fin à ses jours, demande à l’objet de ses désirs de lui accorder de « faux espoirs ». L’argent se négocie, se supplie, oblige à se trahir parfois soi-même.
Mais surtout, par-delà le beau discours de Danglard sur la morale du spectacle, le métier et la satisfaction du public qui seule doit guider l’artiste, c’est la figure de Mimi Prunelle qui hante le récit. Le fantôme de cette ancienne danseuse de cancan devenue indigente, qui régna sur le tout-Paris, croise à deux reprises le chemin de Nini. Comme la sinistre préfiguration de son propre avenir, à l’image de celui de La Goulue, gloire du Moulin-Rouge, qui sombra dans l’alcoolisme et la misère (en revanche, Nini-patte-en-l’air épousa un bon bourgeois et se retira dans le sud de la France). Comme Jane Avril également, un des modèles préférés de Toulouse-Lautrec. Les références, explicites ou implicites, à la peinture de Degas et d’Auguste Renoir, qui fréquentèrent et peignirent également les milieux du music-hall, ne cessent d’ailleurs de guider le parti pris artistique du film.
La Goulue, vers 1910.
Mais tous ces ingrédients se dissolvent dans l’explosion visuelle et sonore que constitue, dans l'éblouissant quart d’heure final, l’ouverture tant attendue du Moulin Rouge. Tous les personnages du film s’y retrouvent, les uns côté coulisses, les autres côté salle, attendant impatiemment le clou du spectacle. Derniers soubresauts, ultimes tensions. L’émotion est à son comble quand Esther George (Anna Amendola) entonne l’admirable « Complainte de la butte » (en fait, c’est Cora Vaucaire qui chante) : « Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux. / Les ailes des moulins protègent les amoureux. » Puis, c’est comme dans une recette de cuisine, tout s'enchaîne : conservez l’émotion et battez frénétiquement avec 24 danseuses endiablées. Et rappelez-vous les belles paroles de Danglard : « Tout pour le public. » Vous obtenez non seulement un french cancan, mais un chef-d'œuvre en prime.
On préfère cette France-là, celle de Renoir, généreuse, décomplexée, gracieuse et avenante, qui donne mille fois plutôt qu’elle reprend, à celle de Sarkozy. Et la célèbre musique de Georges Van Parys ferait un bien bel hymne national, sur lequel Myriam Soumaré trouverait certainement l’impeccable déhanchement de circonstance.
16:29 Publié dans Films bien vus, Nuits blanches, Points de vue, images du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : french cancan, jean renoir, jean gabin, moulin rouge, georges van parys, françoise arnoul |
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18/04/2010
Pour Bertrand Tavernier
La sélection du prochain festival de Cannes, rendez-vous international des professionnels et des cinéphiles, du glam et de l'intello, était annoncée en fin de semaine dernière dans les médias. Quoique encore incomplète, la liste était amplement commentée, exercice d'autant plus amusant que l'immense majorité des titres annoncés n'ont fort naturellement pu être vus par les journalistes. Cela n'empêche de "donner le ton" ou "la tendance", de mettre en appétit comme un gastronome devant des plats exotiques encore inconnus à son palais. Je me souviens de mon excitation, dans mes jeunes années, lorsque s'esquissait sur les lettres d'imprimerie, des titres et des noms de metteurs en scène, parfois accompagnés de brefs résumés, qui allaient brosser le paysager de la cinématographie mondiale pour les quelques jours du festival de mai. Comme une promesse du pays des merveilles. L'âge venant, mon enthousiasme a faibli, pas mon intérêt car l'importance de Cannes demeure, plus que jamais, au-delà même du monde du cinéma bien entendu, puisqu'il est question d'art, de pensée, de société, de politique, sous des expressions variées, parfois innovantes, peut-être dérangeantes, généralement captivantes, y compris dans les défauts et les déceptions. La sélection et le palmarès de l'année dernière, jusque dans leurs inévitables défauts, l'ont montré.
Mais qu'est-ce qui pousse les commentateurs de travaux non finis à prendre pour critère de l'exégèse qu'ils sont sensés soumettre leurs propres à priori ? Ma bibliothèque ne s'enrichit d'aucun livre consacré à Bertrand Tavernier, et nombre de ses films manquent à ma collection de vhs et de dvd, enfin je ne suis pas un inconditionnel absolu. Il compte cependant parmi les auteurs les plus passionnants du cinéma actuel, et pas seulement français, sa récente incursion dans le bayou de James Lee Burke donne une preuve superbe de son talent et de son sens du renouvellement. Il est "auteur" dans le sens où il crée, depuis les années soixante-dix, une œuvre qui trouve sa cohérence dans un choix de sujets extrêmement variés, toujours envisagés avec un sens de l'image et de la narration parfaitement maîtrisés. C'est cette maîtrise que d'aucuns trouveront sans doute classique : ceux-là mêmes qui préfèrent les effets maniérés, les images volés ou, au contraire (on n'est pas à l'abri d'un paradoxe près), les longs, très longs, très très longs plans séquences… où se perd le sens. Tavernier ne perd jamais rien en route et, que l'on aime ou que l'on n'aime pas certains de ses films, on ne peut lui nier ce statut d'auteur. Dès lors, toute nouvelle de ses œuvres mérite considération, à plus forte raison si on ne l'a pas vue. Or, que lit-on sous la plume des facétieux Bruno Icher et Gérard Lefort dans les pages de Libération du 16 avril dernier : "Ce qui rend d'autant plus mystérieuse la présence de cinéastes pour le moins académiques dans la compétition officielle ; à savoir Tavernier (La Princesse de Montpensier) et Mikhalkov (Soleil trompeur 2 – et on n'a même pas vu le 1…). Bref, c'est gentil d'être venu. Mais que font-ils dans un festival qui proclame être le dernier carré de la cinéphilie et de la découverte d'auteurs ?" Concluant étrangement cet enterrement en grandes pompes : "On n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise."
Franchement, on en vient à préférer Icher et Lefort en commentatrices de télé locale plus vraies que vraies sur les terrasses cannoises ensoillées et la mise en plis approximative, plutôt qu'en scrogneugneux du Muppet's Show. Mais il est attristant de voir assumer autant d'incurie, de mauvaise foi et d'impéritie dans un journal qui se proclame être le dernier carré de la critique culturelle. La filmographie de Tavernier plaide pourtant en sa faveur qui, de Que la fête commence à L.627, ou de Coup de Torchon à Dans la brume électrique, en passant par L'Appât ou Laissez-passer, n'a jamais cessé de chercher, d'aborder de nouvelles formes et de nouveaux territoires, avec une curiosité insatiable et une puissance d'énergie qui font défaut à nombre de jeunes cinéastes d'aujourd'hui.
Et pourquoi alors ne pas affubler de ce statut d'académisme l'inestimable Mike Leigh, Abbas Kiarostami ou Takeshi Kitano (qui n'ont guère brillé durant la dernière décennie), s'il s'agit d'une simple question d'âge ? Ou qu'est-ce qu'ont de plus novateurs Xavier Beauvois, Rachid Bouchareb ou Apichatpong Weeraseetakul (précieux cinéastes au demeurant) ? Ce serait intéressant de le savoir (mais nous ne le saurons pas et l'on peut d'ores et déjà faire les paris sur la teneur de l'opinion de Libé, où les aveugles sont rois, pour La Princesse de Montpensier en mai prochain). En réalité, Tavernier est une proie bien facile par les temps qui courent, précisément parce qu'il ne cède à aucune sirène qui le détournerait du sens qu'il s'est forgé du cinéma, en explorant son histoire et en apportant ses propres contributions, toutes plus stimulantes les unes que les autres, jusques et y compris celles que l'on aime moins. Il n'a jamais été apprécié par la vieille école des laudateurs de la Nouvelle Vague ni des imitateurs qu'ils ont engendrés. À ce propos, il est savoureux de lire la critique de Michel Ciment, dans le tout dernier Positif, du Dictionnaire amoureux du cinéma (bourré d'erreurs) de Jean Tulard, qu'il rectifie définitivement en "Jean tue l'art".
Heureusement, il reste les films, et tous ceux que nous n'avons pas vus.
10:58 Publié dans Points de vue, images du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : bertrand tavernier, dans la brume électrique, l627, coup de torchon, que la fête commence, isabelle huppert, philippe noiret, libération, gérard lefort, bruno icher |
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