18/05/2012

Dark Shadows

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Plus d’une vingtaine d’années et des millions (milliards !) de dollars après Edward aux mains d’argent, Tim Burton propose Dark Shadows. On mesure le chemin parcouru entre le cinéaste sensationnellement prometteur d’alors et l’artiste (exposition à la Cinémathèque oblige) éminemment accompli d’aujourd’hui. Le pantin mal articulé qui cherchait désespérément son créateur parmi les allées périurbaines de l’Amérique post-vintage a laissé la place à un vampire malgré lui qui tente de déjouer la malédiction de sa déchéance. Derrière les masques de cire, le même acteur, Johnny Deep, soulignant, si besoin était, le fétichisme créatif de Burton.

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La pâte du cinéaste est reconnaissable entre mille, qu’il transpose ses propres fantasmagories ou qu’il s’inspire des obsessions des autres, tels le Charlie de Road Dahl ou l’Alice de Lewis (Caroll). Son univers tient du merveilleux décliné à l’envi, parfois tendre et cruel, parfois bucolique et crépusculaire, parfois gothique et comique, comme ce nouvel opus.

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Pour être au départ un feuilleton de la télévision américaine de la fin des sixties, Dark Shadows n'en puise pas moins directement ses sources artistiques parmi les œuvres du roman gothique anglais, que Burton transpose génialement, avec une bonne rasade de dérision, au début des années 1970, dans une petite cité portuaire du Maine.
Barnabas Collins (Depp), enfermé contre son gré dans un cercueil durant deux cents ans, revient parmi les siens pour laver l’affront de son honneur perdu en combattant la sorcière Angelique Bouchard (Eva Green). Il se réappropie le château familial où survit tant bien que mal ce qu’il lui reste de descendance, dominé par un trio de femmes : sa lointaine parente Elizabeth Collins Stoddard (Michelle Pfeiffer), le docteur Julia Hoffmann (Helena Bonham Carter) et la gouvernante du rejeton du frère d’Elizabeth, Victoria Winters (Bela Heathcote), en réalité succédané de l’amour jadis perdu de Barnabas. Cette galerie de portraits, auxquels il faut convier la fille d’Elizabeth, Carolyn (Chloe Grace Moretz), s'ajoute au soin accordé aux décors et aux costumes, au nec plus ultra de l’interprétation (Deep et Pfeiffer en tête) qui rendent le film de part en part distrayant, malgré la faiblesse relative de l’intrigue (mais les dialogues font mouche). Chaque plan, chaque scène sont des régals pour les yeux et les oreilles.

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La confrontation entre deux époques, l'une surannée et l'autre vicieusement bourrée de clichés qui mettent en abyme l'idée de modernité, fonctionne à plein régime (la séquence de la veillée hyppie est proprement jubilatoire). Le mythe de l’éternel jeunesse est exploité, comme il se doit, à fort bon escient par les temps qui courent. Et le combat de titans entre vampire, loups-garou, fantômes et sorcière est percutant…
Alors, que manque-t-il ? Précisément rien. Sinon cette simplicité originelle, ce côté génialement bricolé (comme La Belle et la Bête de Cocteau) des premiers temps burtoniens. On sent que le cinéaste est au sommet de son art, qu’il peut économiquement tout se permettre en maîtrisant pleinement ses effets. Dark Shadows est en cela un opéra cinématographique, qui reste largement au-dessus du panier de la meilleure production courante. Mais un peu trop, c’est un peu trop. Et la magie n’opère plus, hélas, comme avant.

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