10/03/2013
La Maison dans l'ombre (1952)
La Maison dans l’ombre (1952), de Nicholas Ray, se singularise par sa structure même : deux enquêtes criminelles sans rapport l’une avec l’autre, sinon la présence d’un inspecteur de police urbaine, dont les pratiques sont jugées trop violentes par ses supérieurs. Ceux-ci l’envoient prêter main forte, loin de là, en Alaska, à des collègues qui traquent l’assassin d’une gamine. Un seul homme, deux lieux, deux temps : les bas-fonds d’une grande ville américaine, traque nocturne, petits loubards et filles faciles ; une campagne enneigée, poursuites au grand jour, famille désemparée et petite communauté soudée. À la profondeur de la nuit succède soudain, et magnifiquement, l’épaisseur de la masse neigeuse, deux « matières » contre lesquelles le protagoniste se débat.
Jim Wilson (Robert Ryan) est irascible et solitaire. Brillant inspecteur de police qui parvient, grâce à des méthodes peu orthodoxes, à attraper les meurtriers de deux policiers, il porte en lui une sourde et noire rancœur qui indispose jusqu’à ses coéquipiers. Cette force centrifuge qui le nourrit, en même temps qu’elle le détruit de l’intérieur, le fait sortir de ses gongs à la moindre occasion : il vainc ses adversaires, comme il se terrasse lui-même.
Puis il est transporté dans un tout autre environnement, confronté à la détresse des Brent et surtout à l’explosion de rage du père frappé dans sa propre chair (Ward Bond). Walter Brend est la réplique sublimée de sa propre ivresse colérique, face à laquelle, en observateur muet mais scrupuleux, il va conserver son sang-froid pour tenter d’éviter jusqu’au bout le lynchage du suspect. Les deux hommes chassent le présumé bourreau devenu proie avec une identique détermination : leurs silhouettes se confondent dans la neige. Et cependant leurs itinéraires divergent, l’un agissant au nom de la vengeance, l’autre de la justice. Sur la route de leur folle investigation, ils échouent dans une maison coquette, celle de Mary, belle jeune femme aveugle (Ida Lupino), dont le jeune frère a disparu. L’habitation plongée dans une semi-pénombre est le lieu du basculement ultime pour Jim, qui tombe sous le charme de Mary. Un subtil jeu de lumières accompagne alors les gestes manqués des protagonistes désorientés : il forme le cadre mouvant en clair-obscur, presque théâtral, configurant l’imperceptible rapprochement des deux êtres que tout oppose. Il voit mais ne comprend pas ; elle est plongée dans la nuit mais a la conscience du destin qui les rattrape. Pour la protéger, il tente de percer le secret qu’elle dissimule. Tout aussi bien, en cherchant à la sauver du passé qui l’enserre, il tente de se soustraire à la menace indicible à laquelle il semble être promis.
Film noir qui devient film vérité, la force de La Maison dans l'ombre, soutenu par une composition superbe de Bernard Herrmann, est d’exposer les faits, sans jamais en explorer les arcanes. Les explications ne font qu’affleurer. Des ombres menaçantes enserrent les protagonistes ou les dévastent ; seule la puissance de l’amour et du pardon peut les tirer du piège dans lequel, chasseurs et victimes, indifféremment jusqu’à se confondre, sont tenus.
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25/09/2012
Bande originale : Fahrenheit 451
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30/08/2012
Bande originale : L'Aventure de Mme Muir
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28/06/2012
Bande originale : Vertigo
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30/05/2012
Hangover Square
Hangover Square est un film américain de John Brahm, sorti en 1945 (d'après un roman de Patrick Hamilton). Laird Cregar y interprète un compositeur du 19° siècle finissant, George Harvey Bone, victime d’absences, durant lesquelles il semble qu’il commette des crimes sadiques. Des sons stridents le plongent dans un état second, son subconscient prend alors le dessus. Une sorte de Jeckyll et Hyde, mais sans passage par la case potion magique. L’affable et talentueux Bone en vient à fréquenter les beugles, boit plus qu’il ne devrait, se change en personnage irascible à la moindre résistance.
Le jour, il fréquente essentiellement un prestigieux chef d’orchestre Henry Chapman (Alan Napier) et sa fille Barbara (Faye Marlowe) qui, visiblement, en pince pour lui. Tous deux l’encouragent à composer le concerto qui lui ouvrira définitivement des portes de la notoriété. Reconnaissance et promesse d’amour conjugal à la clé. La nuit, il s’entiche d’une affriolante chanteuse de cabaret, Netta Longdon (Linda Darnell) qui le manipule pour obtenir des chansons à succès. Entre morale et normalité d’un côté, vice et luxure de l’autre, Bone, aussi fin artistiquement qu’il est lourd (tantôt pataud, tantôt puissant) physiquement, ne peut choisir. Au cœur de ce dilemme et de l’enquête policière (très subalterne), un médecin de Scotland Yard, Allan Middleton (interprété avec toujours autant de classe par George Sanders).
On le voit, les ficelles sont un peu grosses, même si toute ébauche psychanalytique est évitée. Le film de Brahm navigue lui-même entre conventions et audaces. Conventions : le partage existentiel entre le Bien et le Mal, le personnage de Barbara contenue un statut stéréotypé d’amoureuse transie, et celui de Netta, manipulatrice sans envergure. Audace : la musique de Bernard Herrmann, qui s’approprie avec virtuosité les codes des compositions d’avant-garde du début du 20° siècle, tout en s’inscrivant dans les canons du cinéma hollywoodien. Il transforme ainsi en concerto crépusculaire la pièce maîtresse censée consacrer le musicien. Audace également : la description sans fard du Londres de la nuit, ou encore la scène assez sidérante où Bone porte au bûcher le corps d’une de ses victimes, lors du Guy Fawkes Day, fête populaire durant laquelle on brûle des pantins. On mesure là (l’utilisation du feu est un élément essentiel de la psychose de Bone)… la démesure du meurtrier, l’abyme dans lequel il s’est égaré et le rang d’objet auquel il relègue ses victimes.
Ce fut la dernière apparition au cinéma de Cregar (déjà présent dans la version de Jack l’éventreur signée de Brahm, aux côtés de George Sanders et Merle Oberon), mort d’une crise cardiaque, à seulement trente-et-un ans, avant la sortie officielle du film.

08:39 Publié dans Juke Box, Nuits blanches, Psycho killers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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Bernard Herrmann - Prelude from the Motion Picture Fahrenheit 451 (François Truffaut, 1966)




Bernard Herrmann - Prelude : Music From the Motion Picture L'Aventure de Mme Muir (The Ghost and Mrs Muir), by Joseph Mankiewicz (1947)
Bernard Herrmann - The Nightmare : Music From the Motion Picture Vertigo (by Alfred Hitchcock)