20/05/2013

The Last Days on Mars (2013)

The Last Days on Mars, de Ruairi Robinson (Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2013)

29/05/2012

Sur la route

cannes 2012,sur la route,walter salles,sam riley,garret hedlund,alan ginsberg,william burroughs,viggo mortensen,kirsten dunst,kristen stewart,elizabeth mossEn 1957, Jack Kerouac parvient à écrire, en trois semaines et sur un très très long rouleau de papier de 36 mètres de long, son grand roman, sa pièce maîtresse, Sur la route, à la fois consécration littéraire et aboutissement d’une expérience humaine : le choc Neal Cassidy. Sous les traits de Sal Paradise (Sam Riley) et Dean Moriarty (Garret Hedlund), le livre fait état des nombreux trajets et des rencontres que firent les deux premiers génies de la Beat Generation, d’un bout à l’autre des États-Unis, de San Francisco à New York, en passant fréquemment par Denver ou plus inopinément par le Mexique, ensemble, à plusieurs (les écrivains Allen Ginsberg et William Burroughs, les petites femmes de Ned/Dean : LuAnne Anderson, Carolyn Robinson), tout le long d’une irrépressible et violente attirance comme seuls deux contraires peuvent l‘éprouver. Il y eut de la fusion et de la destruction entre eux. Cassidy était un démon dans une silhouette d’ange. Kerouac s’en retira, avant d’y brûler à son tour.

cannes 2012,sur la route,walter salles,sam riley,garret hedlund,alan ginsberg,william burroughs,viggo mortensen,kirsten dunst,kristen stewart,elizabeth mossDe cette barbarie créatrice où la mort est omniprésente sous prétexte d’éclats de vie, Walter Salles ne retient rien, sinon le dévergondage au long cours de post-adolescents tapageurs. Il oublie que Cassidy écrivait et inspira Kerouac, fait passer ce dernier pour un gringalet introverti, et jette un voile pudique, sinon moralisateur, sur leur homosexualité, sans doute parce que c’est plus simple. Son film est nourri à l’eau tiède d’un cinéma sans point de vue, destiné à alimenter les soirées-débats de la culture mainstream. Il fait œuvre de pédagogie, il distraie, en un mot il muséifie Kerouac.

28/05/2012

Cosmopolis

cosmopolis,david cronenberg,robert pattinson,juliette binoche,sarah gadon,paul giamatti,mathieu amalric,kevin durandIl a beaucoup été question, dans les commentaires accompagnant la présentation à Cannes de Cosmopolis, d’une dimension politique nouvelle dans le cinéma de Cronenberg. Certes, le pouvoir absolu d’une poignée de golden boys de la finance et des marchés sur le peuple y est  abordé comme jamais, frontalement, puisque Packer, le personnage principal interprété par Robert Pattinson, et que l’on suit de bout en bout au fil de sa lente traversée d'un New York en ébullition (la ville est paralysée en raison d'un déplacement du président américain) à bord d’une limousine blanche, en est l’indigne représentant. C’est oublier cependant que la manière obsessionnelle dont Cronenberg aborde depuis toujours l’aliénation des individus à leur propre corps, la convoitise pour celui d’autrui ou la métamorphose que le corps subit par la volonté seule de l’esprit, bref le corps dans tous ses états (entité, fantasme, puissance et impuissance) est par essence politique.

cosmopolis,david cronenberg,robert pattinson,juliette binoche,sarah gadon,paul giamatti,mathieu amalric,kevin durandDe plus, le cinéaste canadien a engagé, depuis plusieurs années déjà et de nombreux films, un processus de mutation où le corps, jadis objet essentiel de ses préoccupations, est passé au statut d’enveloppe, de réceptacle du cerveau, de la pensée, de l’esprit, pour arriver – via Freud et Jung – à une forme quasi désincarnée, c’est-à-dire normale. Qui de plus normal, en réalité, que l’acteur Robert Pattinson, héros de la série on ne peut plus conventionnelle, sinon conservatrice (d’où son succès planétaire), Twilight ? Cronenberg s’empare de cette gravure de mode, ou du moins rendue telle par la grâce médiatique, pour la rendre à ce qu’elle est : un objet livré à la proie des marchés. Car, sur le thème du « est pris qui croyait prendre », Packer, double futuriste d’un Mark Zuckerberg devenu à moins de trente ans multimilliardaire, pour n’avoir pas anticipé la surévaluation du yuan, se trouve pris dans une spirale boursière irrémédiablement dépréciative.

cosmopolis,david cronenberg,robert pattinson,juliette binoche,sarah gadon,paul giamatti,mathieu amalric,kevin durandPas de panique, cependant, à bord de la limousine blindée qui, à un rythme d’une lenteur parfois funéraire, mène le jeune cador chez son coiffeur. En même temps que le luxueux corbillard effectue sa procession parmi les rues de New York, et que Packer reçoit dans le salon chromé aménagé à l’intérieur du réceptacle insonorisé des individus qui tous travaillent, pour un titre ou pour un autre pour lui, en même temps des happenings et des émeutes à l’extérieur (derrière les vitres fumées ou sur l’écran de télévision) témoignent de la colère montante d'un monde, de tout le reste du monde. En même temps, une menace se précise, mais laquelle ? contre le président, contre le directeur du FMI, contre Packer, qui est, par sa position d’exploitant, lui-même une menace vivante.

D’impeccable man in black au début du film, il perd peu à peu tous ses attributs, cravate, blazer, se défroque, se fait entarter, et parvient à la fin en sueur, en larmes et en sang face à son jugement dernier. Comme si, à la manière d’un Dorian Gray, les atteintes morales finissaient peu à peu, au fur et à mesure que le miroir tombe, à impressionner la toile finalement sensible de ce visage anonyme qui ne reçoit plus la lumière du jour qu’à travers des filtres.

cosmopolis,david cronenberg,robert pattinson,juliette binoche,sarah gadon,paul giamatti,mathieu amalric,kevin durandLe Cosmopolis de Cronenberg fait penser à Existenz – la plongée dans une autre réalité, la confusion des réels – et à L’Armée des douze singes – la montée d’un terrorisme citoyen, ici ce serait « l’armée des douze rats », en phase avec les préoccupations du monde actuel, et donc en distorsion avec le contexte futuriste de l’histoire. En fait, là où Cronenberg innove véritablement, c’est dans la forme. Jamais sans doute, même pas avec Crash, son autre grand film expérimental, il n’était allé aussi loin, au risque de… dérouter ses spectateurs. Adapté de Don DeLillo, le film est une succession de dialogues théoriques menés quasi intégralement dans le huis-clos de la limousine. Les stations du Chemin de Croix où Cronenberg entraîne Pattinson (un café, un salon de coiffure, un logement sordide) offrent des échappées toujours illusoires : à chaque fois, Packer est confronté à un autre lui-même dont, pas à pas, il mesure moins la dissemblance que l'infinie ressemblance. Puisque, comme lui, ce ne sont que des êtres humains, faits de chair, d’os et d’eau. Des hommes de la rue où il finit par descendre. Sans doute, la différence est ailleurs.

27/05/2012

Cannes 2012 : Ai To Makoto, de Takashi Miike

Cannes 2012 : The Sapphires, de Wayne Blair

26/05/2012

Cannes 2012 : Les Étoiles de la Critique

Cannes2012.png

Les critiques…

THOMAS BAUREZ (STUDIO CINE LIVE)
ROMAIN BLONDEAU
(TRANSFUGE)
STEPHANIE LAMOME
(PREMIERE)
ROMAIN LE VERN
(EXCESSIF / TF1 NEWS)
GUILLAUME LOISON
(LE NOUVEL OBSERVATEUR)
ALEX MASSON
(RADIO NOVA)
JEAN-BAPTISTE MORAIN
(LES INROCKS)
PHILIPPE ROUYER
(POSITIF)
JEROME VERMELIN
(METRO)

 

Et les étoiles :

 

T.B.

R.B.

S.L. 

RLV 

G. L. 

A.M. 

JBM

P.R. 

J.V.

 
Moonrise Kingdom 

♥♥

♥♥

♥♥♥♥

♥♥♥♥

♥♥♥♥

♥♥

♥♥♥

♥♥♥

♥♥♥

De rouille et d'os

♥♥♥♥

 

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥♥

♥♥♥

♥♥♥♥

x

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥

Après la bataille

♥♥

♥♥

 

♥♥♥

 

Reality

♥♥♥

♥♥

 

 

♥♥

♥♥♥

♥♥

♥♥♥

Paradis: Amour

♥♥♥

 

♥♥♥♥

♥♥♥♥

x

♥♥♥

♥♥♥♥

Des hommes sans loi

♥♥♥

♥♥

♥♥♥

 

♥♥

♥♥

Au-delà des collines

♥♥♥♥

♥♥♥

♥♥♥

♥♥

♥♥

♥♥♥♥

♥♥♥

Amour

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥

♥♥♥

♥♥♥♥♥

La chasse

x 

♥♥

♥♥

 

x

♥♥♥

 

♥♥♥♥♥

Vous n'avez encore rien vu

♥♥♥♥♥

 

♥♥♥

♥♥

 

♥♥♥

♥♥♥♥♥

Like someone in love

♥♥

♥♥

 

♥♥♥

♥♥♥

♥♥♥♥

In Another Country

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥

♥♥

 

♥♥♥♥

 

 

♥♥

Cogan - La mort en douce

♥♥

 

♥♥♥

♥♥

♥♥♥

 

♥♥♥

La part des anges

♥♥♥

 

♥♥♥

 

♥♥♥

 

 

♥♥♥

 ♥♥♥

Sur la route

 

 

 

x

 

 

♥♥

Holy Motors

♥♥♥

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥♥

♥♥♥♥

x

The Paperboy

x

 

♥♥

♥♥♥

 

 

♥♥

Post Tenebras Lux

x

♥♥♥

♥♥♥

x

♥♥

x

x

Cosmopolis

♥♥♥

♥♥♥

 

♥♥

♥♥♥♥

x

♥♥

♥♥♥♥

♥♥♥♥♥

Dans la brume

♥♥

 

 

 

♥♥

 

♥♥

♥♥♥

Mud

♥♥

 

 

♥♥♥

♥♥♥♥

♥♥♥

 

♥♥♥♥

♥♥♥

L'ivresse de l'argent

♥♥

 

♥♥

♥♥♥

x

 

 

♥♥♥

♥♥♥♥

 

Ce qui donne un résulat… un rien chauvin :

1. De rouille et d'os, de Jacques Audiard (France)

2. Amour, de Michale Hanecke (France-Autriche)

    Holy Motors de Leos Carax (France)

4. Mud, de Jeff Nichos (USA)

5. Moonrise Kingdom, de Wes Anderson (USA)

    In Another Country, de Hong Sang-soo (Corée du Sud)

    La Part des anges, de Kenneth Loach (GB)

8. Vous n'avez encore rien vu, d'Alain Resnais (France)

9. Like someone in love, d'Abbas Kiarostami (France)

10. Cosmopolis, de David Cronenberg (Canada-France)

et tout an bas :

20. The Paperboy, de Lee Daniels (USA)

21. Sur la route, de Walter Salles (Brésil-France)

22. Post Tenebras Lux, de Carlos Reygadas (Mexique)

20:23 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cannes 2012 | | | Digg! Digg |  Facebook

Cannes 2012 : Maniac de Franck Khalfoun

Cannes 2012 : Thérèse Desqueyroux, de Claude Miller

 

Dans les Landes, on arrange les mariages pour réunir les terrains et allier les familles. Thérèse Larroque devient Madame Desqueyroux. Mais cette jeune femme aux idées avant-gardistes ne respecte pas les conventions ancrées dans la région.
Pour se libérer du destin qu’on lui impose, elle tentera tout pour vivre pleinement sa vie.

Le dernier film de Claude Miller, adapté du roman de François Mauriac.

Cannes 2012 : Hemingway and Gellhorn, de Philip Kaufman

Cannes 2012 : Dans la brume, de Sergei Loznisa

25/05/2012

Cannes 2012 : Cosmopolis, de David Cronenberg

Cannes 2012 : L'Ivresse de l'argent, de Im Sang-soo


24/05/2012

Cannes 2012 : Io e Te, de Bernardo Bertolucci

Cannes 2012 : Post Tenebras Lux, de Carlos Reygadas

Cannes 2012 : The Paperboy, de Lee Daniels

23/05/2012

Cannes 2012 : Sur la route, de Walter Salles

Cannes 2012 : Killing Them Softly, d'Andrew Dominik

22/05/2012

Cannes 2012 : Holy Motors, de Leos Carax

21:17 Publié dans Demain commence aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : leos carax, holy motors, cannes 2012 | | | Digg! Digg |  Facebook

Cannes 2012 : In Another Country, de Hong Sang-soo

Cannes 2012 : Vous n'avez encore rien vu, d'Alain Resnais

21/05/2012

Cannes 2012 : La Part des Anges, de Ken Loach

Cannes 2012 : Like Someone in Love, d'Abbas Kiarostami

15:08 Publié dans Demain commence aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : abbas kiarostami, cannes 2012 | | | Digg! Digg |  Facebook

20/05/2012

De rouille et d'os

20087993.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-20120423_115854.jpgCe sont ses jambes qu’il découvre en premier, lors d’une des nombreuses scènes de violence qui viennent frapper à coups incisifs et réguliers le diamant noir de leur histoire – pour, à chaque fois un peu plus, contre toute attente, les rapprocher.  Elle est à terre, à moitié ivre ; lui, videur de boîte de nuit, la domine de toute sa stature colossale et l’enlève, déjà, dans ses bras, malgré son poignet abîmé. Auparavant, on se sera lentement attardé, de très près, sur le visage tendre d’un enfant assoupi. D’entrée, les motifs essentiels du récit sont livrés.

Stéphanie (Marion Cotillard) élève des orques et fait le show dans un Marineland grosse cavalerie de la Côte d’Azur. Ali (Mathias Schoenaerts) vient du Nord avec Sam, son fils de cinq ans, pour l’éloigner des arcanes d’un trafic de drogue dans lequel sa mère l’avait initié. Ali prend ses quartiers chez sa sœur Anna (Corinne Masiero), caissière dans un supermarché, et son beau-frère, transporteur, et trouve un emploi dans une compagnie de sécurité. Boxeur amateur et passionné de sports de combat, il participe à des rixes à mains nues où tous les coups sont permis et qui font l’objet de paris.

MC.jpgVictime d’un accident lors d’une démonstration avec les orques, Stéphanie est amputée de ses deux jambes. Sa vie passe de la lumière à l’ombre. Seule dans l’appartement que lui paie l’assurance, elle téléphone à ce garçon serviable qui l’avait ramenée chez elle lors de l’incident de la boîte de nuit. Lui ne s’embarrasse pas de préjugés et se propose immédiatement de lui venir en aide, mais sans le dire, en le faisant. Tout porte à croire qu’Ali n’est qu’une masse musculaire en action, quasiment irréfléchie, qui agit en fonction de ses impulsions, bonnes ou mauvaises. Il donne de la délicatesse à Stéphanie, qui prend, se prend au jeu de cette animalité qu'elle croit peut-être pouvoir dompter comme elle avait apprivoisé les orques, de la brutalité aux autres. Lui-même ne se ménage pas.

MS1.jpgL’une des forces du film est d’éviter le sentimentalisme. Pour cela, on ne sait rien des antécédents des deux personnages principaux : ils sont vierges, délestés. Ce qui leur arrive, à l'un, puis à l'autre, est suffisamment lourd, sidérant. Audiard s’épargne la psychologie souvent pesante du cinéma français pour aller à l’essentiel. De fait, sur le papier, l’argument du film n’a rien d’original : boy meets girl. La fille a un handicap ? on a vu des centaines de broderies similaires, plus ou moins réussies. Non, ce qui intéresse Audiard, c’est la force des sentiments incarnée par l'impétuosité des corps, qu’ils s’accouplent ou qu’ils se combattent, qu’ils soient maltraités ou consolés. Dans le langage du film, ils remplacent quasiment les mots. Ces derniers, rares, prennent à leur tour une intensité décuplée, comme dans la séquence qui voit Anna affronter son frère.

Les corps, les mots. Mais aussi les images et les sons. Audiard, tout en respectant la chronologie du récit, donne à voir et à entendre d’une façon parfois presque expérimentale. Comme ses personnages, il pousse le traitement des matériaux artistiques à quelques limites, créant des dérivations ou des appels d’air qui permettent à l'inspiration et au trouble de trouver leur place.

MCMS.jpgŒuvrant ainsi sans excès ni effets, la mise en scène, ardente, génère une dimension supplémentaire, elle tire Anna, Ali et tous ceux qui leurs sont proches vers le haut, sans pour autant effacer qui ils sont, c’est-à-dire des êtres pétris de contradictions (notamment politiques pour Ali), faits de chair et de sang, de rouille et d’os, ni d’où ils viennent. Le film est ainsi un film de son temps, en prise directe avec un réel où le plus fort écrase le plus faible, et aussi un film hors du temps. Aucun autre cinéaste n’est en mesure, en France, de déployer autant de lucidité, de maîtrise et, finalement, de puissance.

Cannes 2012 : Dracula 3D, de Dario Argento

15:05 Publié dans Demain commence aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dracula, dario argento, cannes 2012 | | | Digg! Digg |  Facebook

19/05/2012

Cannes 2012 : Reality, de Matteo Garrone

21:40 Publié dans Demain commence aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : matteo garrone, reality, cannes 2012 | | | Digg! Digg |  Facebook

Moonrise Kingdom

moonrise-2.pngJ’avoue n’avoir jamais été complètement impressionné par Wes Anderson. La Famille Tenenbaum (pas vu Rushmore ni Bootle Rocket) était une variation méticuleuse, et donc intéressante pour son côté obsessionnel, d’une névrose familiale. Le traitement, au cordeau, dans le détail, dans la fibre du détail, augurait d’un style incisif en même temps que précieusement vétilleux qui ne s’est jamais démenti. Mais, au-delà de la façon et du dérèglement collectif ? La Vie aquatique, séduisant en surface, ce qui est le moins pour un film ayant pour sujet les profondeurs (marines et psychiques), se limitait à un artifice visuel et à un leitmotiv (les variations lusophones de Bowie) épuisé avant terme. A bord du Dardjeeling Limited se limitait à un gimmick nihiliste (sous couvert de dépression suicidaire d’Owen Wilson sans doute) et aboutissait, comme de bien entendu, à une impasse.

Bonne nouvelle ! Wes Anderson a trouvé une échappatoire et une suite progressive à Tenenbaum avec cet inattendu et revigorant Moonrise Kingdom qui l’élève quasiment au rang de tels Todd Solondz ou David O. Russell, générationnellement proches, et pourfendeurs subjacents de l’american way of life, qui est devenu, depuis déjà quelques décennies, l’universal way of life.

Photogroupe.jpg

Pour cela, Anderson revient aux bases de l’apprentissage civilisationnel, c’est-à-dire, non l’ENA, mais le scoutisme. Certes, il y a du paramilitaire dans le mouvement inventé par Baden Powell, et en même temps le terme de boyscout désigne un garçon serviable et guère cynique. Figure à peine ambivalente qu’incarne avec une délectation retenue Edward Norton dans la peau du chef – juste ce qu’il faut attardé – Ward de la brigade des Kakis. Il nous servira de modèle et de repère durant tout le film.

images.list.co.uk_8c41-fp-0.jpgLa petite troupe d’éclaireurs campe tranquillement – nous sommes en 1965 – sur un versant de New Penzance Island, au large de la Nouvelle-Angleterre quand la disparition d’un des leurs, le terrible et incontrôlable Sam Shakusky (Jared Gilman), vient bousculer leur paisible existence. De même, à quelques encablures de là, Suzy Bishop (Kara Hayward), qui vit avec ses trois petits frères et ses parents, un couple d’avocats discordants, dans une maison isolé près d’un phare, prend le large. Mystère. Mystère vite résolu car ces deux-là, moins de vingt-cinq ans au total, se ressemblent et tout naturellement s’assemblent pour vivre une aventure en amoureux solitaire de quelques jours. Dans leurs bagages, tout le matériel de survie nécessaire, des livres d’aventure et un pick-up pour écouter Françoise Hardy. Bien évidemment, la petite communauté de l’île, le scout master Ward, les parents Bishop (Frances McDormand, Bill Murray), le capitaine Sharp (Bruce Willis) de la police locale et la représentante des services sociaux (Tilda Swinton) ne l’entendent pas de cette manière et se mettent à la recherche des jeunes fugitifs.

AN2748841MOONRISE-KINGDOM-4.jpgSam est orphelin, mal dans sa peau et se sent incompris, Suzy se trouve elle aussi différente et négligée par ses parents. Il porte des lunettes de vue, elle ne se sépare jamais de ses jumelles. À eux deux, il voient loin. En contrechamps, le monde des adultes, fait de raison et de déraison, n’a rien de bien attirant : les Bishop font lit à part, la femme a une liaison platonique avec le triste Sharp, Ward prône l’organisation pour les autres mais laisse filer un à un tous ses scouts. Il y a quelque chose de désabusé dans le royaume des grands… Sam et Suzy choisissent alors d’inventer leur propre dominion sur une plage jusqu’ici inexplorée, qu’ils baptisent de « clair de lune ». Sans doute l’auront-ils bien mérité car, à la débrouillardise, à la curiosité, à la soif de comprendre les autres en même temps qu’eux-mêmes, s’ajoute une détermination à toute épreuve comme on n’en fait plus que dans les romans à l’eau de rose. C’est le triomphe des sentiments sur la rationalité, la permanence de l’espoir dans l’éternel recommencement.

wesandersonmoonrisekingdom.jpg

moonrise-kingdom.jpg

Évidemment, Anderson truffe son histoire d’ornements décoratifs et narratifs délicats et minutieux qui rendent cette aventure à nulle autre pareille. Loin d’étouffer ses protagonistes, il leur offre au contraire un cadre cocasse et enchanteur, mouvant et émouvant. Ce conte faussement enfantin, qui se fiche de la morale mais se préoccupe du moral des troupes, met en branle des sentiments et des conjectures, des cartes et des boussole, des desseins et des règles qui, tels les instruments d’un orchestre sur une composition de Britten, s’avancent isolés pour finir par concorder. C'est le temps de l'amour, le temps des copains et de l'aventure…


Cannes 2012 : La Chasse, de Thomas Vinterberg

18/05/2012

Cannes 2012 : Lawless, de John Hillcoat

Cannes 2012 : Après la bataille, de Youri Nasrallah

17/05/2012

Cannes 2012 : Amour, de Mickael Haneke

Parce que demain commence aujourd'hui…

Mickael Haneke, Palme d'Or pour Le Ruban Blanc, présente en sélection officielle du Festival de Cannes Amour, qui réunit Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, et donne l'occasion à Isabelle Huppert de sa troisième collaboration avec le metteur en scène autrichien.