16/05/2013
Welcome to New York
Welcome to New York, d'Abel Ferrara, avec Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset.
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18/03/2013
Camille Claudel 1915 (2013)
Au milieu des années 1980, deux projets cinématographiques concurrents se montent autour d’une même figure sortie de l’ombre. À l’époque, on redécouvre en histoire de l’art les petits maîtres du 19°, les artistes maudits et parmi ceux-ci les femmes, écrivaines comme Isabelle Eberhardt, sculpteures comme la sœur de Claudel, Paul, le grand écrivain national français, dont Antoine Vitez crée le monumental Soulier de Satin en 1987 dans la Cour des Papes d’Avignon. Le projet de Chabrol avec Huppert tombe à l’eau, incapable de rivaliser avec le rouleau compresseur de celui porté par Bruno Nuytten, chef opérateur et compagnon d’Isabelle Adjani, qui signe là sa toute première mise en scène. En ce temps-là, rien ne résiste à Adjani, propulsée aux sommets du box-office et de la reconnaissance populaire quatre ans plus tôt avec le caniculaire Été meurtrier. Elle enrôle Depardieu, lui aussi au firmament, et parvient à ses fins : le film, très grand succès, moissonneur de César, est l’occasion pour la diva de démontrer une fois de plus l’immensité de son talent dans l’art d’incarner l’hystérie., rien que l’hystérie, mais toute l’hystérie. Il n’en reste pas moins un navet de la pire espèce, dans la mesure où l’occasion d’approcher au cinéma le cas et la personnalité complexes de Camille Claudel est reportée aux calendes grecques, le temps d’oublier le triomphe qui dissimule le désastre.
Mais nous y sommes, enfin. Au cinéma, et avec Camille Claudel. Bruno Dumont choisit un moment précis, qu’il accole au titre-patronyme de son film – c’est dire s’il n’a pas l’ambition de réaliser un biopic (Camille Claudel 1915 est même un anti-titre, sinon pour une conférence de colloque parrainé par France Culture). Deux ans plus tôt, l’artiste a été internée à l’asile de Ville-Évrard, à Neuilly, juste après le décès de son père. Puis au début de la guerre, elle a été transférée à l’asile d’aliénés de Montdevergues, dans le Vaucluse. Voilà. Et voilà tout. À partir de ce simple postulat, Dumont s’attache à une figure, et à elle seule, une figure en état de disparition, à travers celle d’une actrice, Juliette Binoche, en état d’apparition, qui se livre totalement à la caméra sans ménagement ni concession du réalisateur. Camille Claudel ne travaille plus, écrit peu, elle n’a rien à faire, sinon tuer le temps, se perdre dans ses pensées noueuses. Elle est affreusement malheureuse dans l’infini de son désespoir, furieuse aussi d’être mélangée aux indigents, de ne pouvoir s’exprimer ni d’être entendue mieux que leurs cris, leurs râles, leurs rires épuisants. Elle meurt d’être privée de liberté. Son enfermement lui est intolérable, alors elle gesticule, elle prie, elle supplie, le directeur de l’asile, sa famille, son frère, de l’en sortir. Pareille délivrance n’adviendra pas. Camille Claudel restera trente ans à Montdevergues, elle y mourra en 1943, sans doute de malnutrition et sera ensevelie en fosse commune.
Ce sont quelques jours dans la vie de cette femme intense, qui brûla de passion pour Rodin, et qui s’épuise dans le ressassement de leur rupture, la frayeur de l’abyme où elle depuis est projetée. Elle est hantée par l’idée d’avoir été spoliée (mais ne l’a-t-elle pas été ? Rodin ne lui a-t-il pas menti ; sa famille ne l’a-t-elle pas privée de son art et de sa liberté). La première partie du film expose le visage et le corps de celle qui s’escrime encore à rester Camille Claudel parmi ceux qui sont devenus ses pareils, et auxquelles, à force d’abandon, elle finira en effet par ressembler. L’actrice Binoche est de même entourée de vrais aliénés et d’acteurs non professionnels. Cependant, il n’y a pas de décalage, moins encore de rupture. Certains moments font penser au documentaire La Moindre des choses, de Nicolas Philibert, notamment la répétition d’une scène de Don Juan. Binoche, poursuivant le travail passionnant engagé avec Kiarostami dans Copie Conforme, est à sa place, elle se fout du vedettariat, elle s’abandonne au sort que lui réserve Dumont, comme Camille s’expose innocemment à son frère, mais pour sa perte.
Paul Claudel (Jean-Luc Vincent) apparaît dans la seconde partie. C’est un mystique, qui a rencontré la foi derrière un pilier de Notre-Dame vingt ans plus tôt. Il est de la même pierre. Seul Dieu le guide et c’est en son nom que le prosélyte maintient sa sœur cadenassée, contre l’avis même du directeur : elle a péché et doit expier, telle est la volonté qu’il interprète de Dieu. Les moments de dépouillement où il apparaît, exceptionnels d’intensité, sont terrifiants. Dumont, qui a déjà abordé l’intégrisme religieux dans Hadewijch, élabore un parallèle entre Paul, prisonnier volontaire de sa propre foi, et le destin de réclusion qu’il réserve à sa sœur au nom de ses préceptes. La clarté qu’il dit le guider ne provoque en réalité qu’obscurité. 1915 : Dumont film les derniers instants de Camille Claudel, avant l’irrémédiable basculement dans le néant de l’Histoire.

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26/12/2012
L'Odyssée de Pi (2012)
Ang Lee est un cinéaste rassurant. Il sait captiver son auditoire grâce à une belle maîtrise lui permettant généralement de tirer le meilleur des effets techniques de plus en plus souvent mis à sa disposition. Metteur en scène accompli, il offre à ses acteurs l’occasion d’effectuer des performances achevées. Mais s’il s’aventure aux limites technologiques pour offrir des spectacles où la poésie le dispute au sens de l’aventure, il demeure cependant bien établi dans un cinéma mainstream où il règne en maître, que ce soit aux Etats-Unis (Brokeback Mountain), en Chine (Lust, Caution) ou maintenant en Inde et au milieu du Pacifique. On reconnaît sa pâte à travers ce mélange subtil, et rarement égalé, d’efficacité et de raffinement, de rigueur et de délicatesse, dont il empreigne chacune de ses œuvres. Cinéaste curieux et cultivé, il est certainement plus qu’un beau faiseur, et cependant il demeure sans doute moins qu’un auteur incontestable car il ne franchit précisément presque jamais ces limites décisives qui forgent parfois la singularité d’un style. On peut déjà s’en satisfaire, on peut aussi légitimement le regretter, mais force est de constater que, depuis ses débuts avec l’original (par le sujet) mais sage (par le traitement) Garçon d'honneur, Ang Lee n’a fait que renforcer cette ligne de conduite.
L’Odyssée de Pi prouve à nouveau sa belle maestria. Adapté du best-seller mondial de Yann Martel, le film retrace la survie, à bord d’un simple canot de sauvetage perdu parmi l’immensité du Pacifique, de Pi (Suraj Sharma), fils d’un directeur de zoo (Adil Hussain), et d’un tigre nommé Richard Parker, alors que le paquebot à bord duquel ils effectuaient la traversée vers les Etats-Unis ait coulé dans les grands fonds marins.
La cohabitation durant plusieurs semaines entre l’apprenti dresseur et la bête sauvage aux abois constitue comme une sorte d’itinéraire de formation pour le garçon, lequel doit non seulement se débrouiller tout seul propulsé dans un milieu inconnu et fréquemment hostile, mais encore survivre aux tentations de son compagnon d’infortune d’en faire son casse-croûte. Le voyage est également l’occasion pour lui (et pour nous donc !) de la découverte d’un autre monde, fait de silences inouïs et de déchaînements apocalyptiques, et même d’une île fabuleuse peuplée d’innombrables suricates, qui s’alimente la nuit des créatures qu’elle a nourries le jour. Certains moments sont de pures merveilles visuelles, que d’aucuns auraient frelatés mais que Lee rend proprement gracieux et féeriques.
Enfin, la prouesse technologique qui consiste à recréer deux heures durant les mouvements d’un tigre de synthèse est particulièrement bluffante. De même que le scénario de David Magee rend passionnant le huis-clos à ciel grand ouvert entre l’homme et l’animal féroce, déployant un formidable livres d’images et de merveilles animées pour lequel l’usage de la 3D paraît amplement justifié. Seul bémol : la partie introductive est inégale, tantôt habile lorsqu’elle expose la personnalité téméraire et rusée de Pi enfant (dont le prénom est un diminutif savoureux de Piscine Molitor), tantôt poussive lorsqu’elle s’accorde au prêchi-prêcha sur la foi, les religions et Dieu auquel Pi âgé croira devoir la vie sauve. On se demande aussi ce que (celui qui fut) Gérard Depardieu fait dans cette galère, tout juste grimé pour tenir le rôle presque auto-parodique d’un vil et immonde cuistot – les Belges apprécieront leur nouvelle recrue. Une tâche, heureusement vite engloutie, dans cet océan de splendeurs et d’étourdissements qu’est L’Odyssée de Pi. Un vrai conte de Noël.
08:26 Publié dans Films bien vus, Sorties 2012 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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09/04/2012
Mammuth 2
Publicité et cinéma ont parfois, souvent, fait bon ménage, pour le meilleur et pour le pire.
Aujourd'hui… on ne sait pas.
Après avoir participé au meeting de Nicolas Sarkozy, Serge Pilardosse (Gérard Depardieu) a finalement pu récupérer ses points retraite et, du coup, fait un beau mariage. Mais si Catherine Deneuve est prête à tout, le monde ne se refait pas en un jour, et Gégé est toujours amoureux de l'Amour perdu (Isabelle Adjani).
Heureusement, on annonce un projet cinématographique de grande ampleur, Mammuth 3, qui devrait remettre les pendules à l'heure : Depardieu en DSK et Adjani en Anne Sinclair.
20:31 Publié dans Pause réclame | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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05/04/2012
In Memoriam Claude Miller
Claude Miller (1942-2012)
Dites-lui que je l'aime (1977), Dominique Laffin, Gérard Depardieu, Miou-Miou, Claude Piéplu.
19:26 Publié dans Archives des Bons Morceaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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12/11/2010
Potiche
Nombreuses sont les raisons de se réjouir de cet improbable Potiche. En premier lieu, il y avait bien longtemps que Catherine Deneuve n’avait pu endosser un rôle à la hauteur de son talent, soit qu’on lui proposât des personnages secondaires insignifiants (L’Homme qui voulait vivre sa vie, tout récemment) ou malgré tout secondaires (Un conte de Noël), soit qu’on la cantonnât dans des interprétations sans risque (Mères et filles) ou qu’on l’employât dans des productions indignes (Cyprien, Après lui). En vérité, depuis 8 femmes, Catherine Deneuve était un peu rendue, dans le cinéma français, à tenir des rôle de… potiches.
Dans le nouveau film de François Ozon, c’est peu de dire qu’elle explose, concentrant et restituant un potentiel comique insuffisamment exploré jusqu’ici. Deneuve est drôle, sans jamais verser dans le trivial, mais au contraire en exploitant le côté « grand style », dont elle s’est fait par ailleurs une marque de fabrique. Il y avait déjà quelque chose d’involontairement amusant à la voir chez Lars von Trier en ouvrière d’usine (quelle idée !) dans Dancer in the Dark. Ozon, quant à lui, n’y va pas par quatre chemins : il vise dans le mille en lui faisant investir un personnage – qui correspond à l’image de l’actrice, ambassadrice du bon goût et du luxe à la française – de grande bourgeoise totalement à côté de la plaque (elle note ingénument des vers de mirliton en observant s’ébattre les animaux de la forêt durant son footing matinal en combinaison rouge vif) qui devient une icône des classes populaires sans renoncer à ses bijoux, ses toilettes ni à son standing.
Nous sommes en 1977, trois ans après l’accession de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République, et un an avant La Zizanie, qui voyait s’affronter aux élections municipales le couple formé par Louis de Funès et Annie Girardot. Mais, contrairement au film de Claude Zidi (dialogué par Pascal Jardin), Suzanne Pujol (Catherine Deneuve donc) ne s’attaque pas directement à son époux, Robert Pujol (Fabrice Lucchini), caricature du patron de droite atrabilaire et despote – qu’Ozon transforme habilement en précurseur du sarkozysme. Elle profite d’une indisponibilité physique de celui-ci, victime d’un accident cardio-vasculaire, pour accéder, d’abord à son corps défendant, aux plus hautes fonctions de l’usine familiale de fabrication de parapluies dont elle a héritée par son père. S’inspirant du paternalisme dont ce dernier usa et abusa pour maintenir la paix sociale, « même en 36 ! », au sein de l’entreprise, elle signe aussitôt des compromis avec les syndicats et en profite pour moderniser le fonctionnement et la production, épaulée en cela par l’ex-secrétaire – et maîtresse – de son mari (Karin Viard, terriblement « gaine 18 heures de Playtex ») et par son fils, le sensible Laurent (Jérémie Rénier) qui met des couleurs dans les ombrelles. Cantonnée toute sa vie au rôle de faire-valoir, elle se révèle ainsi une femme d’initiatives, bien en phase avec le modèle du féminisme « responsable » porté à l’époque par Simone Veil. IVG, divorce, libération sexuelle, politique ne sont plus des gros mots pour Suzanne Pujol. Bien au contraire, elle s'en empare peu à peu avec une gourmandise naturelle pour déjouer les plans de la misogynie dominante, qu’elle soit assumée (son mari) ou dissimulée sous le vernis épais de la revendication (le député-maire communiste, Gérard Depardieu). À sa manière, pondérée et naïve, elle opère sa propre révolution, de velours, en faveur d’un matriarcat (c’est elle qui le dit) tempéré, sur l’air du « aimons-nous les uns les autres », annonciateur, cette fois-ci, des appels à la fraternité de Ségolène Royal…
S’il résiste tant bien que mal à la tentation de la comédie musicale qui avait fait le succès de 8 femmes, François Ozon succombe en revanche délibérément à l’influence de Jacques Demy, pour mieux en réinterpréter les codes. Catherine Deneuve, bien sûr, est une Demoiselle de Rochefort en puissance (le flash-back sur la robe en organdi ne laisse planer le moindre doute), qui n’est pas indifférente aux charmes du camionneur, qui va de ville en ville comme un forain, interprété par Sergi Lopez. Jérémie Rénier ressemble comme deux gouttes d’eau (sur pierre brûlante) au beau militaire Jacques Perrin, visiblement de retour de perm' à Nantes. Quant aux coiffures, aux costumes et aux décors (un César d’office pour chacun), ils puisent ostensiblement dans l’esthétique des années soixante-dix à laquelle L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune émargea. Sans parler des parapluies, délocalisés de Cherbourg à Sainte-Gudule, dans le Nord textile et ouvrier. Quant au Monsieur Dame des Demoiselles…, il trouve sa résolution dans l’échange des genres auquel se complaît Potiche en faisant porter le pantalon à la femme du patron, qui finit sur le canapé en dorlotant ses petits-enfants…
Ozon s’approprie la pièce de boulevard de Barillet et Grédy, autant que ces prestigieuses références, avec voracité et férocité, dépassant ainsi le stade du clin d’œil entendu pour accéder à une véritable re-création, augmentée, amplifiée et fortement actualisée. Car, au fond, il reste encore beaucoup à faire, de nos jours, et sur l’égalité hommes-femmes, comme sur la gestion des pouvoirs. Sa critique des rapports de force entre classes dominantes et dominées est à cet égard jouissive et redoutable, tant pour les uns que pour les autres. Pour cela il utilise un humour qui repose sur des exagérations prodigieuses (« Pujol = Hitler… C’est un peu fort, non ? »), lancées tels des scuds au milieu de scènes dont le ressort comique repose sur un décalage à la fois constant et crédible de la réalité. Une réalité à la fois possible et avérée, qui repose tant sur les souvenirs que l’on peut en avoir ou l’image que l’on s’en fait, que sur des documents d’actualité, qui, rétrospectivement, font un peu froid dans le dos. Sans jamais se départir du ton corrosif dans lequel il excelle ni verser dans la vulgarité où nombre de ses pairs de la satire à la française se fourvoient habituellement, le metteur en scène (et scénariste et dialoguiste) offre ainsi un cruel et percutant retour sur image de la société actuelle.
Il confirme enfin et surtout qu’il est un très grand directeur d’acteurs (tous excellents, y compris Judith Godrèche, qui joue la fille « de droite » et faussement libérée des Pujol), un créateur d’une rare inventivité dans le paysage cinématographique national, capable d’enchaîner les petits productions et les gros budgets, les drames et les comédies, avec une aisance, une maîtrise et une réussite assez inégalées désormais.
12:37 Publié dans Films très bien vus, Rayon Gay, Sorties 2010 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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22/09/2010
L'Autre Dumas
Après Le Cou de la girafe et L’Empreinte de l’ange, Saffy Nebou poursuit son exploration du thème du mensonge, en s’attaquant cette fois à une adaptation historique qui met en scène, non plus des anonymes, mais un des écrivains les plus célèbres et les plus lus de la littérature française, Alexandre Dumas. En 1848, alors que la monarchie de Louis-Philippe chancelle, l’auteur, déjà au firmament de sa gloire, des Trois mousquetaires et de La Reine Margot travaille en même temps à l’adaptation théâtrale du Comte de Monte-Cristo et à son prochain succès, Le Vicomte de Bragelonne ou L’Homme au masque de fer. Telle est du moins la version officielle de sa biographie. Car, ainsi que l’indique le titre du film, c’est à un « autre Dumas » que Saffy Nebou et son scénariste Gilles Taurand s’intéressent : Auguste Maquet, qui fut l’un des ses nègres de plume.
Le parti pris de traiter sous une forme quelque peu épique et romancée le segment de la collaboration entre les deux hommes au moment de la Monarchie de Juillet et qui correspond, pour Maquet, à une période de doutes et de tensions, donne au film un ton léger qui le rapproche délibérément de la comédie. Ce choix, plutôt inattendu pour un sujet aussi « sérieux » que la création (et la propriété !) littéraire, tout comme la reconstitution historique soignée tirent cet Autre Dumas du piège de la production de prestige à la française. Une mise en scène habile et des dialogues vifs permettent également aux acteurs de développer une gamme de jeu moderne et convaincante, Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde en tête, sans oublier les compagnes des deux écrivains (les autres oubliées de l’histoire des lettres), interprétées avec saveur par Dominique Blanc et Catherine Mouchet.
Gilles Taurand s’ingénie dans son scénario à mêler le vrai et le faux, s’appuyant sur ce motif pour développer toute une gamme de subterfuges sur l’identité des personnages, lesquels produisent les quiproquos qui permettent à la petite histoire, celle qui agite l’antichambre de la création, de rejoindre la grande, celle qui attire les compliments et les honneurs. La répartition des rôles entre l’obscur Maquet et le brillant Dumas est celle qui régit le partage du talent et du génie et qui fait que l’un est enterré au père Lachaise et l’autre au Panthéon, en dépit de leur complicité d’écriture. Cette amère parabole valait bien un (bon) film.
09:34 Publié dans Pilotage automatique, Sorties 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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26/04/2010
Mammuth
Serge Pilardosse part à la retraite après dix ans de bons et loyaux services – jamais de maladie, jamais de sale gueule – à débiter des carcasses de porcs dans un abattoir. Mais comme il lui manque des trimestres pour toucher un revenu acceptable et se reposer enfin, il enfourche sa Mammut (d’où le surnom du gaillard), une vieille moto des années 70, et sillonne les routes de France à la recherche de certains de ses anciens employeurs. Laissant à demeure son épouse Catherine (Yolande Moreau), caissière en supermarché qui un jour lui a sauvé la vie en l’empêchant d’acheter le couteau avec lequel il pensait se supprimer – rencontre qui signa leur pacte d’amour –, il effectue un voyage dans le temps vers Royan, le territoire des origines, guidé par un ange ensanglanté jusque sur le lieu du drame qui lui fit perdre, à l'âge de seize ans, son tout premier amour. D’une muse l’autre, en quelque sorte.
Ce road-movie dans la France qui travaille plus pour gagner moins donne l’occasion aux réalisateurs Bruno Delépine et Gustave Kervern, de dresser une galerie de portraits assez drôles et poignants, issus de leur inépuisable Groland où l’on peut avoir grand cœur et user de coups bas. Et puis, comme l’écrit une jumelle de la Lola de Jacques Demy sur la vitre d’une fenêtre d’hôtel après avoir détroussé Pilardosse, « nous, on n’en aura pas de retraite ». Ce n’est pas parce qu’on est pauvres ou désavantagés qu’on n’est pas mesquins.
La plupart des dialogues et des répliques sont à l’unisson, parfaitement servis par des acteurs, professionnels ou non, comme au bon temps des Deschiens. Mais c’est évidemment Gérard Depardieu qui prend tout, si bien que le film n’existerait tout simplement pas sans lui. Il donne tout aussi, à commencer par son corps, immensément lourd, et ses traits vieillis, abîmés, que l’on a du mal à rapprocher de ceux qui nous firent rêver dans 1900 ou La Meilleure Façon de marcher. Entre-temps, l’acteur est passé par Obélix, dont il a gardé la dégaine, l’embonpoint et la chevelure gauloise. Il se donne aussi, laissant de côté ses tics et mimiques désormais coutumières, le jeu mécanique qu’il offre dans la plupart de ses films depuis une bonne dizaine d’années. Il joue à nouveau, ce qui en soit est une bonne nouvelle, même s’il joue au con.
08:15 Publié dans Films bien vus, Sorties 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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