02/01/2013

Acteurs 2012 très bien vus

melvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessionsmelvil poupaud,laurence anyways,mads mikkelsen,la chasse,royal affair,jean-louis trintignant,amour,michael shannon,take shelter,matthew mcconaughey,killer joe,paperboy,magic mike,tahar rahim,À perdre la raison,michael fassbender,prometheus,jane eyre,piégée,reda kateb,À moi seule,tom hardy,des hommes sans loi,the dark night rises,la taupe,target,jérémie rénier,cloclo,possessions

1. Melvil Poupaud (Laurence Anyways)

2. Mads Mikkelsen (La Chasse, Royal Affair)

3. Jean-Louis Trintignant (Amour)

4. Michael Shannon (Take Shelter)

5. Matthew McConaughey (Killer Joe, Paperboy, Magic Mike)

6. Tahar Rahim (À perdre la raison)

7. Michael Fassbender (Prometheus, Jane Eyre, Piégée)

8. Reda Kateb (À moi seule)

9. Tom Hardy (Des hommes sans loi, The Dark Night Rises, La Taupe, Target)

10. Jérémie Rénier (Cloclo, Possessions)

24/09/2012

The Bourne Legacy (2012)

the bourne legacy, jason bourne, tony gilroy, paul greengrass, jeremie renier, rachel reisz, edward norton, joan allen, matt damonOn connaissait les sequels et les prequels, mais The Bourne Legacy ressortit au rayon des nouveautés, puisqu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une suite au dernier volet de la trilogie Bourne, incarné par Matt Damon, mais d’une action en parallèle. Ainsi, pour faire couture, des scènes du film de Paul Greengrass (2007) sont insérées dans l’opus de Tony Gilroy (scénariste des précédents), au fur et à mesure que s’enchaînent les aventures d’Aaron Cross, un agent tueur « nouvelle génération ». En effet, du programme Treadstone est né le projet Outcome, à la fois différent et totalement similaire… Bref, comment faire du neuf avec du vieux, et surtout de la copie sans le dire. Jérémie Rénier, remarqué dans Jeffrey Dahmer, apprécié dans l’oscarisé Démineurs, peine à faire oublier son illustre modèle. Objet cinématographique hélas trop facilement identifié, The Bourne Legacy, film pop-corn où Rachel Reisz et Edward Norton distillent un peu de leur crédibilité, confirme la panne d’inspiration qui, depuis plusieurs années maintenant, paralyse les studios hollywoodiens, réduits à enchaîner les suites ou à épuiser les franchises (The Amazaing Spiderman, 2012).

19/03/2012

Cloclo

cloclo,florent-emilio siri,jérémie rénier,benoît magimel,marc barbé,monica scattini,sabrina seyvecou,joséphine japy,potiche,françois ozon,poltergay,Éric lavaine,mamma miaHum… peut-on voir un jour 38 Témoins et le suivant Cloclo, aimer l’un et apprécier l’autre sans faire preuve de bipolarisme légèrement névrotique ? Réponse : oui. On peut (même si, quand même, on n’est pas tout à fait dupe de soi-même).

Cloclo, le film tant attendu (?) de Florent-Emilio Siri, est un long long (oui, un peu long, on l’admet) métrage sur tapis roulant non identifié. Pour faire simple, il accumule tous les travers du nanar passé à l’eau de guimauve, puis à peine lessivé à l’eau noire (le parfum de l’idole des jeunes) : car, tenez-vous bien, oui, Cloclo était un horrible gus, névrotique, hystérique, maniaque, colérique, jaloux, abusif, injuste, inconstant avec tout le monde, ses proches en premier, mais pas avec lui-même, etc. Bref, un gars qui force le génie droit dans ses bottes avec ses défauts en bandoulière et gourmette or massif. Cloclo le film n’y va pas par quatre chemins et avec la même accumulation de casseroles : vous voulez du bio(pic) ? en v’là ! C’est franco de port, ça ne s’embarrasse ni de subterfuges ni d’intellectualisme alibi : Claude François avait la gagne. Point final. On débranche les écoutes du cerveau et on se laisse guider.

cloclo,florent-emilio siri,jérémie rénier,benoît magimel,marc barbé,monica scattini,sabrina seyvecou,joséphine japy,potiche,françois ozon,poltergay,Éric lavaine,mamma miaL’argument (comme on écrivait dans Télé 7 jours du temps où nous étions nous-même jeune) : il y a eu les Pharaons, le détroit de Suez et Cloclo. Voilà pour l’Égypte. Le coup de force de Nasser, en 1957, contre les Anglais et les Français qui n’en peuvent que mais, oblige la famille de français François (Aymé, le père – ça ne s’invente pas pour un fils en mal de reconnaissance existentielle qui chantera « Je suis le mal aimé » – était contrôleur de trafic sur le canal) à s’expatrier chez eux. À jamais, la future vedette revivra le trauma du déracinement et la hantise viscérale de l’abandon. Ceci, définitivement et en guise de psychanalyse vite fait bien fait, explique tout cela.

cloclo,florent-emilio siri,jérémie rénier,benoît magimel,marc barbé,monica scattini,sabrina seyvecou,joséphine japy,potiche,françois ozon,poltergay,Éric lavaine,mamma miaEt tout cela, c’est un formidable appétit de revanche, emporté par un tout aussi irrésistible sens du rythme et du succès. Dès son arrivée à Monaco, Claude, qui croit comme un fou à sa réussite à venir, remue ciel et terre, allant jusqu’à endurer la vindicte paternelle, pour parvenir à ses fins. Entreprise, comme on le sait, couronnée de succès au-delà de tout fol espoir.

cloclo,florent-emilio siri,jérémie rénier,benoît magimel,marc barbé,monica scattini,sabrina seyvecou,joséphine japy,potiche,françois ozon,poltergay,Éric lavaine,mamma miaEt le film de Siri de plonger les yeux fermés dans cet océan de délices et de suavités à peine parsemé de légères contrariétés. Souvent, notamment au début (le temps de s’acclimater), on croit frôler la catastrophe vitesse grand V : le scénario comme l’interprétation, les décors, les costumes ou les accessoires accumulent à chaque nouveau plan leur lot de bimbeloterie chic et choc et surtout toc. Jérémie Rénier, sorti tout droit de Potiche, semble camper un héros drag dans un film de queers. Le curseur référentiel entre Éric (qui ?) Lavaine (Poltergay…) et François Ozon s’affole, avant d’exploser littéralement en vol : Cloclo le film ne ressemble définitivement à nul autre. Car Cloclo, outre le fait qu’il offre une reconstitution plaisante des années « âge tendre et tête de bois » côté Podium (on évite ainsi la case Johnny pour accéder tout de suite à la case France Gall – délicieuse Joséphine Japy – version Eurovison : épisode savoureux s’il en est), Cloclo est un film malin.

Et pour cela, il ne faut surtout pas ressembler aux précédents biopics pipoles dont se gargarise depuis quelques années le cinéma français, des lustres – poussiéreux – après les Anglo-Saxons. Moins grosse pâtisserie que La Môme, moins cérébral (malgré Laetitia Casta), que Gainsbourg, moins ni fait ni à (mal) faire que Sagan, moins lourdement politico-machin que Coluche, Cloclo se paye le très très grand luxe d’enfoncer les portes ouvertes d’une biographie sur tapis rouge (avec costumes et slips bleu turquoise du plus bel effet, mais sans Michel Drucker : preuve qu’à défaut de bon goût, le film sait faire preuve de bon sens) en tenant de bout en bout le rythme endiablé du héros survitaminé (au jus de carottes) dont il est magnifiquement le nom.

cloclo,florent-emilio siri,jérémie rénier,benoît magimel,marc barbé,monica scattini,sabrina seyvecou,joséphine japy,potiche,françois ozon,poltergay,Éric lavaine,mamma miaC’est là qu’il convient d’évoquer Cloclo l’acteur. Jérémie Rénier. D’abord, cette très étrange ressemblance, déjà remarquée dans Potiche, alors qu’il était censé rappeler Jacques Perrin chez Demy. Et puis, cette candeur. On sait le comédien belge, issu de la planète Dardenne, prêt à tout, et à vraiment tout : il l’a montré dans le météorite Philibert, que personne heureusement n’a vu, sauf les vicieux, ce qui n’a pas entaché sa carrière. Récemment, il avait pris une petite vingtaine de kilos pour jouer dans l’inégal Possessions. Dans Cloclo, il prend tous les risques sans en oublier un seul, en premier celui du ridicule, entre Mike Myers en Austin Powers et l'ultra-kitch Liberace.

cloclo,florent-emilio siri,jérémie rénier,benoît magimel,marc barbé,monica scattini,sabrina seyvecou,joséphine japy,potiche,françois ozon,poltergay,Éric lavaine,mamma miaCar rien ne manque à la panoplie du wonder boy, ni les fards, ni la chirurgie esthétique, ni l’épilation intensive, ni les paillettes, ni les perruques, moumoutes et autres colifichets qui font genre et qui feraient tâche sur n’importe qui d’autre. Or Rénier y croit, dur comme fer, il enfile son bric-à-brac et ses répliques en béton armé avec une spontanéité et une énergie qui feraient froid dans le dos si tout cet attirail, toute cette gesticulation ne donnaient en réalité un peu chaud. Et puis voilà, comme il y va à fond les manettes, on y va royalement avec lui, jusqu’au bout du monde ou au bout de la salle de bains, puisque oui, même dans les success stories, il n’est de meilleure compagnie qui ne se quitte.
De 17 à 39 ans, l’acteur incarne le personnage dans toute sa démesure, sans les mimiques outrageuses à la Sylvie Testud dans le plus que faiblard Sagan, à l’arrache, à la va-comme-je-te-pousse (et plutôt bien en plus), avec les dents, et livre ce que nos cousins d’Amérique appellent tout simplement une performance. On en vient même à préférer la copie à l'original.

cloclo,florent-emilio siri,jérémie rénier,benoît magimel,marc barbé,monica scattini,sabrina seyvecou,joséphine japy,potiche,françois ozon,poltergay,Éric lavaine,mamma miaBref, à l’image de l’acteur, Cloclo le film est définitivement trop, et c’est ce qui en fait son prix (furieusement clinquant). Le dvd rejoindra sous peu Mamma mia sur l’étagère des films irregardables et dont on ne se lasse pourtant absolument absolument absolument pas. Tout simplement parce que, bien filmés, bien scénarisés, bien dialogués, bien chorégraphiés, et (au-delà du) bien interprétés (Rénier, mais aussi Marc Barbé, Monica Scattini, Sabrina Seyvecou, Benoît Magimel), ils font un plaisir fou là où d’habitude ça fait mal.

Bref, pour longtemps encore en Égypte, il y aura eu les Pharaons, le canal de Suez, Nasser, Cloclo et, bien entendu (pour ceux qui suivent), « Alexandrie, Alexandra… »


12/03/2012

Possessions

possessions,éric guirado,jérémie rénier,julie depardieu,alexandra lamy,lucien jean-baptiste,les blessures assassines,jean-pierre denis,la cérémonie,claude chabrolAvant d’être un film, Possessions a été un fait divers retentissant connu sous le titre d’« affaire Flactif », du nom de la famille de promoteurs immobiliers au cœur du drame, ou encore « tuerie du Grand Bornand ». Éric Guirado choisit de retracer l’histoire d’une manière rigoureusement linéaire, épousant le point de vue des futurs criminels, les Hotyat, devenus Bruno et Maryline Caron dans la fiction (Jérémie Rénier et Julie Depardieu).

Ce sont des gens simples, sans guère de futur. À la première occasion, ils quittent le Nord, le manque de perspectives et la grisaille pour la promesse d’une nouvelle vie en Haute-Savoie. Cette promesse a un visage, un chalet flambant neuf que leur loue Patrick Castang (Lucien Jean-Baptiste), un homme d’affaires bien installé qui gère avec son épouse (Alexandra Lamy) la construction et la location de plusieurs résidences de montagne pour touristes huppés. Mais l’image se transforme assez vite en mirage : la construction du chalet prenant du retard, le couple avec enfant est balloté de logements de substitution en provisoire qui s’éternise.

possessions,éric guirado,jérémie rénier,julie depardieu,alexandra lamy,lucien jean-baptiste,les blessures assassines,jean-pierre denis,la cérémonie,claude chabrolDeux styles, deux manières de vie ne tardent pas à s’opposer. Ceux qui ont tout (de l’argent) et ceux qui n’ont rien, sinon leurs yeux pour pleurer. En cela, le film est potentiellement politique, même si les deux couples rencontrent, chacun à sa mesure, des ennuis d’argent qui les conduisent au surendettement et aux actes illicites. Les tensions s’enveniment, nourrissant frustrations et rancœurs chez ceux qui n’ont pas la vie facile, jusqu’à commettre l’acte irréparable, accompli dans un état d’irresponsabilité assez sidérant.

possessions,éric guirado,jérémie rénier,julie depardieu,alexandra lamy,lucien jean-baptiste,les blessures assassines,jean-pierre denis,la cérémonie,claude chabrolGuirado tient correctement la barre de son film, servi par une interprétation plus que convaincante de Jérémie Rénier et Julie Depardieu. Pourtant, il peine à sortir de la stricte représentation du fait divers, malgré quelques tentatives oniriques. Son refus de l’exhibition sensationnelle se conçoit également, mais à demeurer sur la ligne de courtoisie de la violence, il abandonne ses personnages sur le seuil de la possession (au propre comme au figuré) qui les dévore et qui en fait des personnages dramatiques. De ce fait, le film n’a pas la force, la rigueur ni l’ampleur des Blessures assassines de Jean-Pierre Denis ou de La Cérémonie de Claude Chabrol où la lutte des classes prenait force de tragédie et d’universalité.

12/11/2010

Potiche

Potiche1.jpgNombreuses sont les raisons de se réjouir de cet improbable Potiche. En premier lieu, il y avait bien longtemps que Catherine Deneuve n’avait pu endosser un rôle à la hauteur de son talent, soit qu’on lui proposât des personnages secondaires insignifiants (L’Homme qui voulait vivre sa vie, tout récemment) ou malgré tout secondaires (Un conte de Noël), soit qu’on la cantonnât dans des interprétations sans risque (Mères et filles) ou qu’on l’employât dans des productions indignes (Cyprien, Après lui). En vérité, depuis 8 femmes, Catherine Deneuve était un peu rendue, dans le cinéma français, à tenir des rôle de… potiches.

Dans le nouveau film de François Ozon, c’est peu de dire qu’elle explose, concentrant et restituant un potentiel comique insuffisamment exploré jusqu’ici. Deneuve est drôle, sans jamais verser dans le trivial, mais au contraire en exploitant le côté « grand style », dont elle s’est fait par ailleurs une marque de fabrique. Il y avait déjà quelque chose d’involontairement amusant à la voir chez Lars von Trier en ouvrière d’usine (quelle idée !) dans Dancer in the Dark. Ozon, quant à lui, n’y va pas par quatre chemins : il vise dans le mille en lui faisant investir un personnage – qui correspond à l’image de l’actrice, ambassadrice du bon goût et du luxe à la française – de grande bourgeoise totalement à côté de la plaque (elle note ingénument des vers de mirliton en observant s’ébattre les animaux de la forêt durant son footing matinal en combinaison rouge vif) qui devient une icône des classes populaires sans renoncer à ses bijoux, ses toilettes ni à son standing.

Potiche4.jpgNous sommes en 1977, trois ans après l’accession de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République, et un an avant La Zizanie, qui voyait s’affronter aux élections municipales le couple formé par Louis de Funès et Annie Girardot. Mais, contrairement au film de Claude Zidi (dialogué par Pascal Jardin), Suzanne Pujol (Catherine Deneuve donc) ne s’attaque pas directement à son époux, Robert Pujol (Fabrice Lucchini), caricature du patron de droite atrabilaire et despote – qu’Ozon transforme habilement en précurseur du sarkozysme. Elle profite d’une indisponibilité physique de celui-ci, victime d’un accident cardio-vasculaire, pour accéder, d’abord à son corps défendant, aux plus hautes fonctions de l’usine familiale de fabrication de parapluies dont elle a héritée par son père. S’inspirant du paternalisme dont ce dernier usa et abusa pour maintenir la paix sociale, « même en 36 ! », au sein de l’entreprise, elle signe aussitôt des compromis avec les syndicats et en profite pour moderniser le fonctionnement et la production, épaulée en cela par l’ex-secrétaire – et maîtresse – de son mari (Karin Viard, terriblement « gaine 18 heures de Playtex ») et par son fils, le sensible Laurent (Jérémie Rénier) qui met des couleurs dans les ombrelles. Cantonnée toute sa vie au rôle de faire-valoir, elle se révèle ainsi une femme d’initiatives, bien en phase avec le modèle du féminisme « responsable » porté à l’époque par Simone Veil. IVG, divorce, libération sexuelle, politique ne sont plus des gros mots pour Suzanne Pujol. Bien au contraire, elle s'en empare peu à peu avec une gourmandise naturelle pour déjouer les plans de la misogynie dominante, qu’elle soit assumée (son mari) ou dissimulée sous le vernis épais de la revendication (le député-maire communiste, Gérard Depardieu). À sa manière, pondérée et naïve, elle opère sa propre révolution, de velours, en faveur d’un matriarcat (c’est elle qui le dit) tempéré, sur l’air du « aimons-nous les uns les autres », annonciateur, cette fois-ci, des appels à la fraternité de Ségolène Royal…

Potiche3.jpgS’il résiste tant bien que mal à la tentation de la comédie musicale qui avait fait le succès de 8 femmes, François Ozon succombe en revanche délibérément à l’influence de Jacques Demy, pour mieux en réinterpréter les codes. Catherine Deneuve, bien sûr, est une Demoiselle de Rochefort en puissance (le flash-back sur la robe en organdi ne laisse planer le moindre doute), qui n’est pas indifférente aux charmes du camionneur, qui va de ville en ville comme un forain, interprété par Sergi Lopez. Jérémie Rénier ressemble comme deux gouttes d’eau (sur pierre brûlante) au beau militaire Jacques Perrin, visiblement de retour de perm' à Nantes. Quant aux coiffures, aux costumes et aux décors (un César d’office pour chacun), ils puisent ostensiblement dans l’esthétique des années soixante-dix à laquelle L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune émargea. Sans parler des parapluies, délocalisés de Cherbourg à Sainte-Gudule, dans le Nord textile et ouvrier. Quant au Monsieur Dame des Demoiselles…, il trouve sa résolution dans l’échange des genres auquel se complaît Potiche en faisant porter le pantalon à la femme du patron, qui finit sur le canapé en dorlotant ses petits-enfants…

Potiche2.jpgOzon s’approprie la pièce de boulevard de Barillet et Grédy, autant que ces prestigieuses références, avec voracité et férocité, dépassant ainsi le stade du clin d’œil entendu pour accéder à une véritable re-création, augmentée, amplifiée et fortement actualisée. Car, au fond, il reste encore beaucoup à faire, de nos jours, et sur l’égalité hommes-femmes, comme sur la gestion des pouvoirs. Sa critique des rapports de force entre classes dominantes et dominées est à cet égard jouissive et redoutable, tant pour les uns que pour les autres. Pour cela il utilise un humour qui repose sur des exagérations prodigieuses (« Pujol = Hitler… C’est un peu fort, non ? »), lancées tels des scuds au milieu de scènes dont le ressort comique repose sur un décalage à la fois constant et crédible de la réalité. Une réalité à la fois possible et avérée, qui repose tant sur les souvenirs que l’on peut en avoir ou l’image que l’on s’en fait, que sur des documents d’actualité, qui, rétrospectivement, font un peu froid dans le dos. Sans jamais se départir du ton corrosif dans lequel il excelle ni verser dans la vulgarité où nombre de ses pairs de la satire à la française se fourvoient habituellement, le metteur en scène (et scénariste et dialoguiste) offre ainsi un cruel et percutant retour sur image de la société actuelle.

Il confirme enfin et surtout qu’il est un très grand directeur d’acteurs (tous excellents, y compris Judith Godrèche, qui joue la fille « de droite » et faussement libérée des Pujol), un créateur d’une rare inventivité dans le paysage cinématographique national, capable d’enchaîner les petits productions et les gros budgets, les drames et les comédies, avec une aisance, une maîtrise et une réussite assez inégalées désormais.