13/10/2012

Juke Box : Ann Miller

Ann Miller était chanteuse et danseuse de claquettes. Ici dans Two Tickets to Broadway (Les Coulisses de Broadway, James V. Kern, 1951), elle dévoile ses multiples talents sur l'air "The Worry Bird", avec la complicité admirative de Gloria DeHaven, Janet Leigh & Barbara Lawrence. Bref, avec Ann Miller, faut qu'ça danse aussi !

Oui, cette Ann Miller-là (Mulholland Drive, David Lynch, 2001).

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19/02/2012

My Week With Marilyn

Parce que demain commence aujourd'hui…

MWWM.jpgInnombrables sont les biopics consacrés aux acteurs et actrices. Sans garantie, loin de là, de succès : la mise en abyme est parfois risquée pour les comédiens qui se glissent dans le costume des stars perdues. Et le conte de Noël se transforme en impasse. Alors que l'on annonce Naomi Watts dans le rôle de Marilyn Monroe pour une adaptation du Blonde de Joyce Carol Oates (par Andrew Dominik, L'Assassinat de Jesse James…), Michelle Williams ouvre le bal des peroxydées dans My Week With Marilyn. Nommée aux Oscars où elle affrontera Meryl Streep en Margareth Tatcher, un autre genre de beauté, Williams, venue du Secret de Brokeback Mountain en passant par Shutter Island, accède au statut de tête d'affiche. Peut-être un tremplin pour la gloire, ou un plongeon dans l'inconnu.
Il reste qu'il aura fallu attendre quelque cinquante ans pour que le cinéma ose toucher au mythe Monroe (même si Simon Curtis, le metteur en scène, vient de la télévision).

14/01/2012

J. Edgar

1-POSTER-J-EDGAR.jpgOrdre. Indiscrétion. Jaquette. Trois mots-clés définissant la personnalité de J. Edgar Hoover, selon le biopic superbement écrit par Dustin Lance Blanck (Harvey Milk) et mis en scène avec son aisance habituelle par Clint Eastwood, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle-titre.

Le film emboîte deux époques pour retracer la carrière d’un homme entièrement dévolue au souci – rapidement une obsession – de la sécurité intérieure des Etats-Unis d’Amérique : en 1972, le créateur du FBI, bientôt parvenu au terme de sa vie, dicte à des rédacteurs interchangeables, en vue de l’écriture de son autobiographie, ses commencements professionnels. En 1919, un attentat manqué contre l’attorney général Palmer, auprès duquel il sert, le détermine à engager une croisade contre les bolcheviques. Une fois ce danger écarté au prix de premières entorses à la loi, il élargira sa cible au crime organisé, puis à toute forme de mise en péril de la société.

Hoover est un homme de classement. Il crée des méthodes, met en place des fichiers, organise des actions. Cette qualité fera de ce conservateur dans l’âme un des inventeurs des techniques judiciaires modernes. Il est nommé directeur du Bureau des Investigations à seulement vingt-neuf ans. Longtemps contesté, il n’aura de cesse de conforter ses positions en constituant des dossiers confidentiels sur les personnalités les plus en vue, à commencer par celles qui détiennent ou sont susceptibles, à terme, de détenir le pouvoir. Parmi les hauts faits d’armes de cet homme qui en porta peu : l’arrestation du kidnappeur et meurtrier de l’enfant de Charles Lindbergh (Josh Lucas), obtenue grâce à l’efficience de ses méthodes. Invincible durant quarante-huit ans, Hoover mourra à la tête de l’organisation de renseignements la plus puissante du monde.

j. edgar,clint eastwood,leonardi dicaprio,armie hammer,naomi watts,josh lucas,judi dench,dustin lance blackL’ordre suppose la préexistence d’un désordre. À la version officielle dictée par l’inventeur des « G-Men » (les agents fédéraux) Dustin Lance Blanck en développe une autre, qui consiste à fouiller dans les propres documents secrets relatifs au « Boss ». Mais ce dernier s’étant chargé de protéger sa vie privée à double tour, seuls restent les bribes a priori anodines, les silences pesants et les non-dits. Là réside tout le talent d’un scénariste de rendre dicible et crédible ce qui révèle de la pure conjecture pour en faire une dramaturgie (l’apothéose est atteinte dans la scène où J. E., stupéfait par la mort de sa mère (Judi Dench), se travestit avant de s’écrouler à terre).

Le point de départ de ce travail de haute couture est un surnom, Speed, que lui octroient ses collègues de bureau, mais qui s’avère en réalité remonter à l’enfance et jusqu’à sa mère, en résonnance avec un bégaiement que John Edgar réussit à surmonter à force de maîtrise de soi. L’armure qu’il se crée, encouragé par les recommandations pressantes de sa mère à laquelle il voue une admiration sans borne, lui permettra de traverser toutes les oppositions. « La véritable religion s’accroît dans l’adversité », écrivait Chateaubriand. La foi que Hoover porte au bien-fondé de son action l’amènera progressivement à combiner intrinsèquement son sort avec celui des États-Unis, au déni, bien souvent, des présidents et ministres de la justice qu’il représente.

mother.jpgL’enfant qui bégaie se dissimule dans cette ombre envahissante de toute puissance. L’homme qui accumulait les indiscrétions sur les autres ne souhaitait pas que l’on ouvrît la porte du placard où il se terrait lui-même. Il prit soin de s’entourer de deux collaborateurs auxquels le liait, plus qu’une absolue loyauté professionnelle, une totale confiance affective : sa secrétaire particulière Helen Gandy (Naomi Watts), à qui il demanda la main au bout de trois rendez-vous à peine galants, et son numéro 2, Clyde Tolson (Armie Hammer). Ce dernier sera bien plus qu’un confident et sans doute plus qu’un amant, même s’il semble que Hoover ait refoulé toute sa vie l’évidence de son homosexualité. L’époque ne s’y prêtait guère, pas plus que sa position (il n’hésita pas à dévoiler l’homosexualité de certains de ses adversaires), mais encore moins l’aversion qu’avait pour « ceux de la jaquette » sa propre mère. Ni mari, ni amant, ni père, Hoover était avant tout et ne fut qu’un fils, qui s’éteignit comme tel, sans progéniture.

13/11/2010

Fair Game

FG1.jpgPas un instant Doug Liman ne s’écarte de son sujet, complexe, qui s’inspire de faits réels, de premier abord mineurs au regard du contexte dans lequel ils interviennent, mais infiniment révélateurs du cynisme omnipotent au nom duquel furent engagées les hostilités contre l’Irak en 2003 et qui inspira l’administration Bush.

Dans le but d’atteindre l’ex-ambassadeur Joseph Wilson (Sean Penn), l’identité de son épouse Valerie Plame (Naomi Watts), agent secret de la CIA spécialisée dans la contre-prolifération des armes de destruction massive, fut rendue publique, mettant un terme à sa carrière et fragilisant son réseau de contacts à travers le monde. Wilson était l’auteur d’un rapport sur un éventuel trafic de matériau nucléaire entre le Niger et l’Irak, dont le gouvernement escamota les conclusions afin de justifier la guerre contre Saddam Hussein. C’est au moment où le diplomate chercha à rétablir la vérité que le cabinet du vice-président Dick Cheney, décida de « lâcher les chiens », en l’occurrence les journalistes, contre le couple. S’en suivit une « guerre de diversion » intérieure, dans laquelle les médias, consciemment ou non, se firent manipulés, permettant à l’administration d’éviter les questions sur les raisons fondamentales de l’engagement des États-Unis dans cette croisade, mais aussi sur le faux rapport britannique sur lequel se basa son argumentation.

FG2.jpgLa combativité dont fit preuve Joseph Wilson permit à l’affaire de ne pas être étouffée et de révéler au grand jour les mécanismes d’instrumentalisation de l’opinion publique. Doug Liman, réalisateur honnête de La Mémoire dans la peau et de Mr and Mrs Smith, livre ici un thriller ferré de près en caméra subjective, dans la plus pure tradition du cinéma politique américain.

 

11/10/2010

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

V1.jpgD’une manière assez remarquable, Woody Allen a initié assez tardivement, en 2005, à l’âge de soixante-dix ans, une nouvelle séquence de sa carrière, marquant une sorte de rupture avec ce qu’il avait précédemment réalisé, tout en en constituant un évident renouvellement. Parallèlement, il recouvrait avec un succès public (Le Rêve de Cassandra mis à part, pourtant un de ses tout meilleurs films), singulièrement en Europe mais aussi aux États-Unis, qui lui avait relativement fait défaut lors des opus antérieurs. S’il avait pu jusqu’ici sembler à certains tourner en rond et refaire sempiternellement le même film (comme dans Melinda and Melinda où il appliquait le procédé d’une répétition de la même histoire de deux points de vue différents), la série inaugurée avec Match Point, un thriller ambigu, à la fois romantique et cynique, est venue rompre cette impression.

Parmi les ingrédients de la nouvelle potion désormais pratiquée par le cinéaste new-yorkais, la délocalisation des tournages en Europe et sa progressive disparition physique des écrans (à l’exception de Scoop) constituent des éléments déterminants. Pour autant, Woody Allen n’a en rien abandonné ses obsessions habituelles, son talent s’appliquant au fond à broder toujours sur les mêmes canevas sans que le spectateur finalement ne trouve à y redire. Londres ou Barcelone, et demain Paris, changent le cadre de Big Apple, tandis qu’une pléiade d’acteurs du monde entier, sensiblement plus jeunes que la moyenne habituelle de son casting et visiblement heureux d’être là, insufflent une sensation de fraîcheur. Pourtant, c’est le pessimisme qui domine la plupart de ces derniers films (excepté Whatever works, dont l’écriture remonte à plusieurs années). Ni vu ni connu, je t’embrouille, semble dire malicieusement le Grand Splendini de Scoop.

V2.jpgLa magie, les sciences occultes figurent au rang des sources d’inspiration du cinéaste comme un viatique providentiel pour des personnages en quête, sinon d’auteur, du moins de réponse face au désordre qui agite leur propre existence. Ainsi Mia Farrow, dans Alice (1990), tombait-elle sous le joug d’un mystérieux médecin chinois, après qu’elle eût croisé dans la rue un séduisant jeune homme brun. Dans Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, la prédiction est le principe narratif qui s’applique à la description d’un tsunami sentimental venant brouiller les cartes du destin d’un petit groupe d’individus. Comme un pavé dans la mare produisant des ondes concentriques à la surface de l’eau, l’élément troublant qui vient en rompre l’harmonie de façade prend son origine dans la décision d’Alfie (Anthony Hopkins), un fringant senior, de s’accorder une seconde jeunesse. Pour cela, il rompt avec son épouse Helena (Gemma Jones), à laquelle l’unissent plusieurs décennies de vie commune. Sous le choc, celle-ci sombre dans l’inconscience après avoir avalé un flacon de comprimés, suit une analyse ratée et finit par tomber sous l’emprise d’une voyante au prénom faussement prédestiné, Cristal. Dès lors, Helena ne s’exprime et n’agit que par la voix de Cristal. Elle partage le récit de ses investigations dans le monde des esprits avec sa fille Sally (Naomi Watts) dont elle subvient occasionnellement aux besoins, le mari de Sally, Roy (Josh Brolin) ayant abandonné toute idée de travail pour se consacrer à l’écriture de son nouveau roman… Alors qu’Helena croit rencontrer l’âme sœur auprès d’un libraire d’ésotérisme, Alfie fait sensation en épousant une ancienne cover-girl, Roy séduit la jeune et ravissante musicologue qu’il observe depuis sa fenêtre et Sally se sent attirée par le directeur de galerie qui l’emploie (Antonio Banderas)… Les cartes, habilement, se redistribuent.

V3.jpgSous un vernis de comédie légère, ce chassé-croisé qui n’obéit qu’aux lois de l’attraction est en réalité une captivante variation sur la création et la mort, le « bel et sombre inconnu » du titre. Woody Allen aurait pu, comme dans Melinda and Melinda, en proposer une seconde lecture dramatique en reprenant exactement les mêmes situations. Le démon de midi qui saisit Alfie intervient en réaction à la sensation qui l’accable de ne plus exister aux côtés d’une femme trop âgée pour lui rendre ce qu’il lui reproche d’avoir perdu, un fils. Le bon sens de Cristal voit tout de suite à travers Helena qu’elle porte le poids d’une responsabilité écrasante : la séparation, initialement subie comme une trahison, va en fait contribuer à l’en libérer. Au passage, elle aura transité par un état intermédiaire, frôlant la mort lors de sa tentative de suicide, qui la rend perméable aux influences cosmogoniques de toutes sortes. Sous ses allures inconséquentes, elle est pourtant la seule à chercher un sens à sa vie. Certains  se consacrent à la religion, d’autres aux divinations. D’autres encore n’ont foi qu’en un rationalisme obstiné, croyant pouvoir maîtriser leur propre destin, et donc leur propre mort. Alfie ne se fie qu’en son pouvoir procréateur (ragaillardi par quelques Prozac), prenant pour argent comptant la séduction qu’il exerce sur la « charmante Charmaine ». Son obsession narcissique du fils, d’un double lui-même, l’aveugle et finira par le plonger dans un gouffre de dévastation. À sa manière, Roy est possédé par une même certitude de toute puissance : d’un côté, il impose violemment et sans explication sa domination à sa femme en lui refusant la possibilité d’enfanter ; de l’autre, il contourne sa propre impuissance créatrice – sanctionnée par le refus de son éditeur – en commettant sans scrupule un acte crapuleux sensé lui apporter la reconnaissance qui lui semble due, mais qui se retournera contre lui.

V4.jpgSally, enfin, subit : privée d’enfant par son mari, d’amour par son patron et d’argent par sa mère, ni épouse ni maîtresse ni fille, humiliée de toutes parts, que lui reste-t-il ?

Un cadavre de petit garçon, l’esprit d’une femme jadis éperdument aimée, un écrivain dans le comas obscurcissent le ciel de cette cruelle comédie humaine. La plupart des protagonistes s’activent vainement pour en ignorer le présage. Seule Helena s’évertue à les relier à sa vie. Elle est hystérique et grotesque, parle à tort et à travers, se fait embobiner par une infernale voyante, mais elle ne s’arrête jamais de chercher, dusse-t-elle pour cela endosser l’armure de Jeanne d’Arc.

On a beau se débattre pour échapper à la mort, semble dire Woody Allen, c’est toujours elle qui règle l’addition. Tout le reste est illusion.