10/05/2013

Stoker (2013)

stoker,park chan-wook,mia wasikowska,nicole kidman,dermot mulroney,matthew goode,alden ehrenreich,tim burton,alfred hitchcock,joseph cottenDans quel genre j’erre ? En effectuant le grand saut de Corée du Sud en Amérique upper side, Park Chan-wook brouille et rabat les cartes, autant que les codes, abandonnant les rives de l’extrême-violence qu’il avait su brillamment emprunter avec Old Boy ou Thirst, ceci est mon sang pour celles d’une narration apparemment plus classique et sophistiquée. Il est loisible d’égrener les catégories au rang desquelles le film possiblement ressort : le roman de formation, le thriller, le conte néo-gothique, le drame familial, le récit psychotique. C’est dire que l’œuvre est foisonnante, riche en références subtiles et incisives (à Hitchcock notamment) mais aussi en correspondances internes qui n’ont de cesse de faire de la forme un miroir du fond dans lequel s’ébat – et s’abat – la famille Stoker.

stoker,park chan-wook,mia wasikowska,nicole kidman,dermot mulroney,matthew goode,alden ehrenreich,tim burton,alfred hitchcock,joseph cottenRichard Stoker (Dermot Mulroney) est l’absent du film, le cher disparu que nul ne pleure (pas une larme ne sera versée) mais dont la mort par accident, et suspecte, ébranle le fragile équilibre qui architecturait jusqu’ici l’organisation de la vaste demeure qu’il occupait avec sa femme Evelyn (Nicole Kidman) et leur fille India (Mia Wasikowska). Les familles, comme la nature, ont vraisemblablement horreur du vide, et le départ de Richard est aussitôt compensé, dès son enterrement, par l’arrivée de Charles (Matthew Goode), un frère venu de nulle part, et qui, tel l’Oncle Charlie (Joseph Cotten) de L’Ombre d’un doute, dissimule derrière les armes de la séduction un pesant secret et une lourde menace.

stoker,park chan-wook,mia wasikowska,nicole kidman,dermot mulroney,matthew goode,alden ehrenreich,tim burton,alfred hitchcock,joseph cottenIndia, chaussures à minces talons et clé en pendentif autour du cou – telle l’Alice que Mia Wasikowska interpréta pour Tim Burton – erre parmi les espaces démesurées de la maison qui disent la fortune et l’opulence de cette famille puissante, vagabonde dans le parc ou les sous-bois qui l’entoure, s’abandonne à la lecture, au dessin ou à la simple rêverie, à l’affût d’expressions fugaces, de sensations infimes qui lui permettraient de saisir ce qui semble lui échapper à première vue. En cela, elle suit les recommandations de son père, lequel, étrangement, avait bâti les fondations de son éducation sur de longues et patientes séances de chasse, semblant préparer l’enfant, puis l’adolescente à la nécessité que lui imposerait son destin.

stoker,park chan-wook,mia wasikowska,nicole kidman,dermot mulroney,matthew goode,alden ehrenreich,tim burton,alfred hitchcock,joseph cottenDe son côté, Evelyn a vécu ces échappées à deux comme des enlèvements, des arrachements l’excluant à tout jamais d’une complicité et d’un amour qu’elle aurait peut-être eu du mal à donner en retour. Réfugiée dans l’autocélébration d’elle-même (en cela, Nicole Kidman, poupée de grand luxe toujours bottoxée quoi qu’elle en dise et refaite de partout, excelle), elle s’est consacrée à la maîtrise de sa propre silhouette et n’est pas insensible, au mépris de toute étiquette de deuil, à la cour que lui fait le si plaisant Charles. Son beau-frère, il est vrai, est le chic fait homme : il parle et cuisine français, ne porte jamais de ceinture à ses pantalons et coordonne les couleurs de ses vêtements dans des harmonies savoureusement étudiées.

stoker,park chan-wook,mia wasikowska,nicole kidman,dermot mulroney,matthew goode,alden ehrenreich,tim burton,alfred hitchcock,joseph cottenÉvidemment, cette irruption, aussi gracieuse et policée soit-elle, cache quelque chose. Le soupçon n’a d’ailleurs guère de mal à s’installer, dans la mesure où les faits, les moindres faits, sont approchés depuis le prisme décalé qu’offre India, adolescente introvertie, marginale parmi les camarades de son lycée, car rêveuse et presque hallucinée : a-t-elle vraiment joué du piano à quatre mains aux côtés de son oncle, jusqu’à en obtenir un orgasme, ou n’était-ce qu’un fantasme ? Les scènes entremêlent réel et réalité dans un déploiement soyeux qui n’oppresse cependant pas la montée irrésistible de l’épouvante ou la crudité de la violence. Ce sont les alternances d’un lieu à l’autre, les va-et-vient d’un temps à l’autre, confectionnés dans un montage de haute volée, qui se répondent et construisent, tissent progressivement la trame soyeuse et parfois onirique du drame.

stoker,park chan-wook,mia wasikowska,nicole kidman,dermot mulroney,matthew goode,alden ehrenreich,tim burton,alfred hitchcock,joseph cottenDes visions, des objets, organisent la mécanique permettant à l’intrigue de se former comme un monstre qui génère sa propre enveloppe, puis de se résoudre dès lors qu'India prend la vraie mesure du Mal qui innerve les siens et auquel elle prend elle-même goût (voir la scène onaniste de la douche, un clin d'œil malicieux à Psycho). Ainsi la fine texture des cheveux d’Évelyn devient, sous les coups de brosse de sa fille, une trame abstraite, puis les rangs d’une plantation à proximité de laquelle India et son père allaient chasser. Une autre fois, le sang d’un crime passé viendra jaillir sur ses propres traits tandis qu’elle en prend connaissance. Comme dans la nouvelle d’Henry James, c’est le motif dans le tapis, l’image mémorielle dissimulée aux confins de l’inconscience, qui, révélé, décide soudain du chemin que prendra l’histoire.

20/03/2013

Le Monde fantastique d'Oz (2012)

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Bref, il y a du boulot dans cet Oz nouvelle manière, et c’est la première très bonne surprise qu’éprouve le spectateur paresseusement enfoncé dans son fauteur grand style et qui va au cinéma pour oublier qu’il y va, ce qui est tout de même mieux que de s’adonner à la boisson. Sam Raimi – oui l’homme des Spiderman bien tenus, mais aussi des Evil Dead déjantés, sans compter Mort ou vif, Un plan simple, Intuitions ou la régalade Jusqu’en enfer, un cinéaste à la fois mainstream et exigeant – installe ses pas dans ceux de Victor Fleming, qui réalisa en 1939 l’adaptation la plus célèbre, avec Judy Garland, du roman merveilleux de Lyman Frank Baum. Il s’y installe – introduction en noir et blanc, cadre rétréci et tempête à la clé –, pour mieux s’en séparer en même temps, puisqu’il troque le personnage de Dorothy pour le magicien d’Oz lui-même, prestidigitateur de foire projeté dans un monde fantastique (en effet) dont il devient le héros. En l’espace d’une tornade d’anthologie, l’écran s’étend et la couleur s’éploie.

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31/08/2012

Abraham Lincoln, chasseur de vampires

abraham lincoln,benjamin walker,dominic cooper,tim burton,dark shadows,timur bekmambetov,charles de gaulleIl ne suffisait sans doute pas à Abraham Lincoln d’avoir abrogé l’esclavagisme, d’avoir triomphé des États Confédérés du Sud, d’avoir signé la loi du Homestead Act qui joua un rôle essentiel dans la conquête du Grand Ouest, ni même d’avoir été le premier président républicain de l’histoire des États-Unis (bonus), pour justifier aux yeux des teenagers surinformés du 21° siècle la dénomination de héros. Face aux resucées hyper bodybuildées des surhommes de la compagnie Marvel, pour ne citer que l’écurie la plus convenable, il fallait au Grand Homme de la Nation faire preuve de dons supérieurs, puisés au plus profond de ses propres qualités de bravoure, d’honnêteté et de sens de la justice, et mis au service d’une noble cause qui nous concerne tous depuis l’apparition de Harry Potter et de Buffy : la chasse aux vampires.

abraham lincoln,benjamin walker,dominic cooper,tim burton,dark shadows,timur bekmambetov,charles de gaulleEn effet, cela nous avait échappé, Lincoln (Benjamin Walker) eut à affronter les ténèbres, comme il l’écrit à son meilleur ami Henry (Dominic Cooper), un mort vivant tombé du bon côté de la force. Un épisode méconnu que Tim Burton a contribué à produire, et l’on comprend pourquoi. De Sleepy Hollow, la Légende du cavalier sans tête à Dark Shadows, en passant par Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, pour ne citer que les pierres de touche d’une filmographie elle-même déjà légendaire, Burton aura, plus que tout autre cinéaste, contribué à alimenter et à illustrer la mythologie d’une Amérique en mal d’affranchissement de ses racines européennes. Il puise bien évidemment ses références parmi le vivier du Vieux Continent, mais aussi auprès des écrivains Nathaniel Hawthorne, Edgar Allan Poe ou Washington Irving (inventeur du surnom de Gotham pour désigner la ville de New York, qui sera ensuite repris dans Batman, adapté par Burton), et ne manque pas de s’inspirer de l’esthétique baroco-comique de la Hammer, pionnière en son genre.

abraham lincoln,benjamin walker,dominic cooper,tim burton,dark shadows,timur bekmambetov,charles de gaulleMais voilà, ce n’est pas Tim Burton qui est aux manettes de cet Abraham Lincoln, chasseur de vampires (imagine-t-on un Charles de Gaulle chasseur de farfadets ?), mais l’obscur – quoique remarqué par Roger Corman, le pape de la Hammer (qui n’est pas infaillible) – Timur Bekmambetov. Du reste, il n’y a pas que le metteur en scène qui semble pointer aux abonnés absents de ce blockbuster du pauvre, il manque de tout dans ce biopic frénétique, à commencer par un scénario digne de ce nom et de celui qu'il porte en titre… Tout repose sur une surmultiplication de combats à effets spéciaux forts dans l’effet et faibles dans le spécial. Une recette perdante qui a pour conséquence de provoquer l’hypnose et l’endormissement de l'inconscient spectateur qui se sera déplacé dans les salles, vu que le film est un superbe bide, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique.

26/08/2012

The Flying Saucers and Me (1983)

The Flying Saucers and Me, par Tim Burton.

20/08/2012

The Melancholy Death of Oyster Boy (1997)

The Melancholy Death of Oyster Boy, de Tim Burton, d'après un de ses poèmes (1997).

06/08/2012

Vincent (1982)

Vincent (1982), de Tim Burton.

09:07 Publié dans Lanterne magique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vincent, tim burton, vincent price | | | Digg! Digg |  Facebook

02/08/2012

Piégée

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26/05/2012

Juke Box : Johnny Deep

Johnny Deep et Helena Bonham Carter interprètent "Sweeney Todd Epiphany" dans Sweeney Todd. Le Diabolique Barbier de Fleet Street (2007, d'après la comédie musicale de Stephen Sondheim et Hugh Wheeler), de Tim Burton.

18/05/2012

Dark Shadows

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Plus d’une vingtaine d’années et des millions (milliards !) de dollars après Edward aux mains d’argent, Tim Burton propose Dark Shadows. On mesure le chemin parcouru entre le cinéaste sensationnellement prometteur d’alors et l’artiste (exposition à la Cinémathèque oblige) éminemment accompli d’aujourd’hui. Le pantin mal articulé qui cherchait désespérément son créateur parmi les allées périurbaines de l’Amérique post-vintage a laissé la place à un vampire malgré lui qui tente de déjouer la malédiction de sa déchéance. Derrière les masques de cire, le même acteur, Johnny Deep, soulignant, si besoin était, le fétichisme créatif de Burton.

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La pâte du cinéaste est reconnaissable entre mille, qu’il transpose ses propres fantasmagories ou qu’il s’inspire des obsessions des autres, tels le Charlie de Road Dahl ou l’Alice de Lewis (Caroll). Son univers tient du merveilleux décliné à l’envi, parfois tendre et cruel, parfois bucolique et crépusculaire, parfois gothique et comique, comme ce nouvel opus.

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Pour être au départ un feuilleton de la télévision américaine de la fin des sixties, Dark Shadows n'en puise pas moins directement ses sources artistiques parmi les œuvres du roman gothique anglais, que Burton transpose génialement, avec une bonne rasade de dérision, au début des années 1970, dans une petite cité portuaire du Maine.
Barnabas Collins (Depp), enfermé contre son gré dans un cercueil durant deux cents ans, revient parmi les siens pour laver l’affront de son honneur perdu en combattant la sorcière Angelique Bouchard (Eva Green). Il se réappropie le château familial où survit tant bien que mal ce qu’il lui reste de descendance, dominé par un trio de femmes : sa lointaine parente Elizabeth Collins Stoddard (Michelle Pfeiffer), le docteur Julia Hoffmann (Helena Bonham Carter) et la gouvernante du rejeton du frère d’Elizabeth, Victoria Winters (Bela Heathcote), en réalité succédané de l’amour jadis perdu de Barnabas. Cette galerie de portraits, auxquels il faut convier la fille d’Elizabeth, Carolyn (Chloe Grace Moretz), s'ajoute au soin accordé aux décors et aux costumes, au nec plus ultra de l’interprétation (Deep et Pfeiffer en tête) qui rendent le film de part en part distrayant, malgré la faiblesse relative de l’intrigue (mais les dialogues font mouche). Chaque plan, chaque scène sont des régals pour les yeux et les oreilles.

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La confrontation entre deux époques, l'une surannée et l'autre vicieusement bourrée de clichés qui mettent en abyme l'idée de modernité, fonctionne à plein régime (la séquence de la veillée hyppie est proprement jubilatoire). Le mythe de l’éternel jeunesse est exploité, comme il se doit, à fort bon escient par les temps qui courent. Et le combat de titans entre vampire, loups-garou, fantômes et sorcière est percutant…
Alors, que manque-t-il ? Précisément rien. Sinon cette simplicité originelle, ce côté génialement bricolé (comme La Belle et la Bête de Cocteau) des premiers temps burtoniens. On sent que le cinéaste est au sommet de son art, qu’il peut économiquement tout se permettre en maîtrisant pleinement ses effets. Dark Shadows est en cela un opéra cinématographique, qui reste largement au-dessus du panier de la meilleure production courante. Mais un peu trop, c’est un peu trop. Et la magie n’opère plus, hélas, comme avant.

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25/03/2012

Dark Shadows

Parce que demain commence aujourd'hui…

Tandis que rétrospective et exposition battent leur plein à la Cinémathèque Française

…le nouveau film de Tim Burton, Dark Shadows, avec l'indispensable Johnny Deep, est annoncé prochainement (16 mai) sur un écran près de chez vous.

26/03/2010

Alice au pays des merveilles

alice.pngTim Burton revient à ses débuts en retrouvant les studios Disney. On ne devrait que s'en réjouir. Pourtant, son Alice n'est pas aussi envoûtante qu'annoncée. Trop de notes, comme disait l'empereur. Certes, le spectacle demeure exceptionnel pour les yeux mais trop de perfection, trop d'effets spéciaux, jusqu'à la 3D… mettent sous cloche la magie burtonienne et étouffent l'émotion. Et encore jusqu'à l'histoire, curieusement revisitée, qui suit les standards hollywoodiens du moment (de la comédie faussement romantique au néo-fantaisy paresseux de l'action). Il manque à cette Alice la fragilité d'Edward, le drôlerie de Mars Attacks! et la noirceur de Sweeney Todd. Sinon, tout y est…